CPI rejette la demande d’utilisation du tagalog au procès de Duterte

La Cour pénale internationale a rejeté une demande visant à utiliser le tagalog lors des déclarations liminaires du procès de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, qui s’ouvrira le 30 novembre 2026 à La Haya, selon les précisions apportées par les juges lors de la dernière conférence de mise en état.

Les juges de la Cour pénale internationale ont tranché sur une question linguistique délicate à l’approche des audiences. Lors de la cinquième et dernière conférence de mise en état, la présidente de la Chambre de première instancia III, la juge Joanna Korner, a écarté la requête présentée par les représentants légaux des victimes pour s’exprimer en tagalog au tout début du procès.

LIVESTREAM: ICC’s 5th status conference on Rodrigo Duterte’s case [Second Session]

L’Office du conseil public pour les victimes avait plaidé pour l’utilisation de cette langue nationale philippine pendant une quinzaine ou une vingtaine de minutes. L’objectif était de permettre aux victimes assistant à distance depuis les Philippines de tisser un lien plus direct avec le récit de leurs expériences présenté à la barre.

Paolina Massidda a déclaré que « pour eux, il est également important d’écouter la manière dont nous transmettons à la Chambre ce qu’ils nous ont raconté et leurs expériences, et ils s’identifient et se connectent beaucoup plus si cela est fait en tagalog », selon Philstar.

CPI rejette la demande d'utilisation du tagalog au procès de Duterte
Photo : ABS-CBN

Le Statut de Rome et les langues de travail à la Haya

La demande n’a toutefois pas convaincu la juridiction internationale. La magistrate présidante a rappelé que le texte fondateur de la cour fixe l’anglais et le français comme seules langues officielles de travail, et qu’une dérogation nécessite des motifs tout à fait exceptionnels.

La juge Joanna Korner a indiqué selon ABS-CBN : « Le Statut, le Statut de Rome, est tout à fait clair. Les langues de travail de la cour sont l’anglais et le français. Jusqu’à présent, tout le monde a accepté cela. Mais soudain, dis-je, il semble y avoir cette mode de demander l’utilisation de l’une des langues qui ne sont pas celles de la cour. »

LIVESTREAM: ICC’s 5th status conference on Rodrigo Duterte’s case [First Session]

La chambre a également souligné que le tagalog ne reflète pas nécessairement la diversité linguistique de l’ensemble des victimes touchées par les événements, et que l’introduction d’autres parlers alourdirait considérablement la gestion et les finances de la procédure. Joanna Korner a fait valoir que « l’un des problèmes est qu’à partir du moment où nous commençons à faire cela et que des demandes arrivent, cela devient beaucoup plus compliqué et beaucoup plus cher », tout en précisant que le greffe examinerait la possibilité de publier des traductions ou des transcriptions en tagalog sur le site internet de l’institution.

Le calendrier des audiences et la logistique du procès

Prévu pour débuter le 30 novembre 2026 à La Haya, ce procès historique examinera trois chefs d’accusation de crimes contre l’humanité incluant des meurtres et des tentatives de meurtre. Ces charges englobent la période allant du 1er novembre 2011 au 16 mars 2019, couvrant à la fois les faits attribués à l’époque de son mandat de maire à Davao City et ceux liés à la politique de lutte antidrogue menée lorsqu’il occupait la présidence du pays.

ICC Rejects Tagalog Opening Statements in Former President Duterte Trial | News Central | AC1F

Pour s’adapter à la santé de l’accusé de 81 ans ainsi qu’aux impératifs médicaux, la chambre a réduit le volume journalier des audiences. Les débats se tiendront du lundi selon un découpage strict de quatre sessions quotidiennes : de 10h00 à 11h00, de 11h30 à 12h30, de 13h30 à 14h30, puis de 15h00 à 16h00, heure locale des Pays-Bas.

De son côté, la défense, menée par l’avocat Peter Haynes, a obtenu l’autorisation de dispenser l’ancien chef d’État de comparaître lors de cette dernière réunion préparatoire, bien qu’il ait assisté en personne aux troisième et quatrième conférences de mise en état. L’accusé est placé en détention sous la garde de la cour depuis son arrestation par les autorités philippines en mars 2025.

CPI rejette la demande d'utilisation du tagalog au procès de Duterte
Photo : The Manila Times

L’épreuve du tri des pièces et la protection des témoins

La préparation logistique se heurte également à des volumes documentaires massifs. Les juges ont incité l’accusation à élaguer sa liste initiale d’éléments de preuve, qui frôle les 20 000 pièces. Les conseils de la défense ont relevé que ce dossier volumineux rassemble des éléments ne provenant pas de témoins, tirés en partie d’un vaste registre de la police nationale concernant des décès officiels recensés lors d’opérations répressives.

L’accusation prévoit de faire entendre 29 témoins par liaison vidéo, ce qui nécessitera des ajustements horaires pour pallier le décalage entre l’Europe et l’archipel philippin. Alors que la phase probatoire s’apprête à se lancer sous la conduite des juges Joanna Korner, Keebong Paek et Nicolas Guillou, les retransmissions publiques des audiences seront assurées sur les plateformes numériques de la cour avec un léger différé de trente minutes.

Hiling ng Prosekusyon na gumamit ng Tagalog sa opening statement ng trial ni Duterte, tinanggihan

Sur le même sujet