Michel Aoun visé par une réquisition d’inculpation pour le port de Beyrouth

Un procureur libanais a requis l’inculpation de l’ancien président Michel Aoun pour son rôle dans l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth survenue le 4 août 2020. Selon les informations judiciaires, le parquet estime que l’ancien chef de l’État disposait d’une connaissance préalable du stock de nitrate d’ammonium.

Le procureur auprès de la Cour de cassation du Liban

L’enquête sur la catastrophe du port de Beyrouth vient de franchir un cap judiciaire majeur. Le drame a fait plus de 220 morts et 6 500 blessés, dévastant des quartiers entiers de la capitale libanaise lors de l’une des plus grandes explosions non nucléaires de l’histoire. Le procureur auprès de la Cour de cassation du Liban a demandé au juge chargé de cette affaire, Tarek Bitar, d’« engager des poursuites contre (l’ancien) président Aoun, dans la mesure où il avait une connaissance préalable de la présence de nitrate d’ammonium au port et du danger qu’elle représentait, sans avoir pris les mesures nécessaires ni saisi le Conseil supérieur de la Défense », a dit une source judiciaire qui a requis l’anonymat.

Les accusations du parquet et la responsabilité pénale reposent sur le niveau d’information qu’avait le sommet de l’État avant la déflagration. Le procureur Mohammad Saab a soumis son rapport mardi au juge Tarek Bitar, après qu’une source judiciaire a déclaré en mars que le juge Tarek Bitar avait achevé son enquête et transmis le dossier au parquet pour examen. Cette étude de fond exhaustive de 260 pages, signée par le procureur Mohammad Saab qui a signé la veille sa rédaction finale, dresse la liste des responsabilités pour l’ensemble des personnes mises en cause. L’accusation reproche directement à l’ancien président d’avoir eu connaissance de la présence des 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées de manière anarchique depuis des années, en dépit d’avertissements répétés adressés aux plus hauts responsables. Selon les autorités libanaises, la déflagration a été provoquée par un incendie dans un entrepôt.

Le procureur général adjoint Mohammad Saab a fait part de cette démarche après s’être rendu à l’office du juge Tarek Bitar, où il a tenu une réunion d’une heure entière pour lui remettre le dossier après l’achèvement de sa mission et en discuter le contenu ainsi que les demandes formulées. Selon des sources informées, la saisine du magistrat cherche à déterminer si l’ancien chef de l’État a agi conformément aux exigences de sa fonction pour écarter le péril avant que la catastrophe ne se produise, sachant qu’il avait reçu un rapport détaillé sur la présence de ces matières et le risque de leur explosion sans soumettre l’affaire au Conseil supérieur de la Défense bien que ses réunions se tinssent au palais présidentiel sous sa présidence. Les investigations englobent à présent la responsabilité de plus de 70 personnes mises en cause, parmi lesquelles des responsables politiques actuels et anciens, des personnes morales issues de sociétés, des responsables des services de sécurité et de l’armée, ainsi que des magistrats, des députés, des ministres et des fonctionnaires.

Le Hezbollah

Un dossier judiciaire longtemps bloqué par les querelles politiques, devenu un symbole de l’impunité au Liban, la relance de l’instruction marque une rupture nette avec la période précédente. Le dossier était enlisé depuis 2023 en raison de multiples batailles juridiques et politiques. Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, avait notamment mené une campagne pour réclamer le dessaisissement du juge Tarek Bitar, combinée à des dizaines de recours judiciaires l’ayant visé pour l’écarter du dossier.

Ce blocage s’est disloqué à la faveur d’un changement de pouvoir politique au Liban et de l’entrée en fonction du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam. Le magistrat a repris ses investigations en 2025 au lendemain de la guerre de 2023-2024 entre Israël et le Hezbollah, un conflit qui a affaibli ce dernier et permis la levée de plusieurs obstacles juridiques entravant le travail du juge Tarek Bitar, notamment l’interdiction de voyager qui le visait.

Débats constitutionnels et prochaines étapes procédurales

Débats constitutionnels et prochaines étapes procédurales : l’implication d’un ancien président de la République soulève des interrogations juridiques et constitutionnelles complexes concernant le mécanisme de poursuite du chef de l’État. Bien que la position présidentielle s’accompagne d’une immunité liée au poste, les sources indiquent que cette protection ne fait pas obstacle à sa mise en cause pour des crimes pénaux, tout en posant la question de l’autorité compétente pour le juger et des procédures à suivre devant les instances judiciaires et constitutionnelles concernées. L’instruction aborde également les questions et interrogations ayant précédé, accompagné et suivi la catastrophe survenue le 4 août 2020.

توجيه اتهام للرئيس السابق ميشال عون في قضية انفجار مرفأ بيروت – نشرة اليوم
Michel Aoun visé par une réquisition d'inculpation pour le port de Beyrouth
Photo: leprogres.fr

Le juge Tarek Bitar examine désormais la volumineuse étude transmise par le parquet, qui constitue l’étape la plus marquante avant la délivrance du document d’accusation attendu avant la fin de l’année en cours, bien qu’il conserve sa pleine liberté et ne soit pas lié par les demandes de l’accusation publique, pouvant les adopter en tout ou en partie ou s’en écarter. Les poursuites relèvent de la compétence du juge Tarek Bitar, qui devrait se prononcer dans les semaines à venir.

توجيه اتهام للرئيس السابق ميشال عون في قضية انفجار مرفأ بيروت

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