Mauritanie : Le Changement Climatique Modifie la Répartition des Poissons

Le riche écosystème marin de la Mauritanie, pilier historique de l’économie et de la sécurité alimentaire, subit de plein fouet les pressions combinées de la surpêche et du changement climatique. Selon des études scientifiques publiées entre 2024 et 2026, l’élévation des températures de l’océan Atlantique et l’altération des courants profonds modifient durablement la distribution des stocks de poissons.

Au large des côtes mauritaniennes, là où les courants marins froids croisent les eaux chaudes, se trouve l’une des zones de pêche les plus productives de la planète.

Durant des décennies, cet environnement a soutenu l’économie du pays en fournissant des milliers d’emplois, des devises étrangères et de solides garanties pour la sécurité alimentaire locale et régionale. Aujourd’hui, ce trésor bleu fait face à des secousses climatiques majeures qui redessinent la carte des espèces pélagiques.

L’impact des mutations climatiques sur la sardinelle et les stocks de surface

Une étude parue en 2024 dans la revue Scientific Reports démontre que les dérèglements climatiques pèsent lourdement sur la répartition des petits pélagiques le long du littoral s’étendant du Sénégal au Maroc. Les chercheurs se sont appuyés sur 2 363 opérations de chalutage scientifique, près de 170000 kilomètres de prospections acoustiques et deux décennies de données environnementales.

Les résultats placent la sardinelle ronde au premier rang des espèces touchées. Sa limite d’expansion septentrionale a progressé d’environ 181 kilomètres par décennie depuis 1995. Parallèlement, sa biomasse au nord du Cap Blanc a bondi, passant de 38% à 65% entre 1995 et 2015.

Dans le même temps, les scientifiques ont relevé une hausse locale de la température de surface de la mer évaluée à 0,4 degré Celsius par décennie. Cette anomalie thermique perturbe la dynamique de la résurgence des eaux profondes, qui constitue pourtant le moteur de la productivité halieutique régionale.

L’interaction critique entre le réchauffement des eaux et la surpêche

Du côté de Nouadhibou, Mahfoud Ould Sidi, chercheur à l’Institut supérieur des sciences de la mer et à l’Académie navale, analyse ces mutations en insistant sur le rôle de la pression humaine. Selon lui, les modifications climatiques n’agissent pas en vase clos.

Les changements climatiques ne travaillent pas en isolant l’activité humaine, mais interagissent avec elle d’une manière qui rend les stocks de poissons plus vulnérables. Mahfoud Ould Sidi, chercheur à l’Institut supérieur des sciences de la mer et à l’Académie navale de Nouadhibou

D’après ce chercheur, la migration de la sardinelle et d’autres poissons vers des eaux plus fraîches ne signifie pas nécessairement une baisse globale de leurs effectifs, mais plutôt une modification de leurs zones d’habitat et de leurs calendriers de migration. Dès lors, les modes d’évaluation des stocks exigent une révision profonde. Les quantités capturées ne suffisent plus à elles seules à refléter la réalité de la ressource, puisque l’effort de pêche, les capacités des flottes industrielles et la demande commerciale s’ent mêlent.

Ould Sidi met également en garde contre les dérèglements de la résurgence marine. Une force d’élévation trop faible prive l’écosystème de nutriments indispensables, tandis qu’une poussée excessive expulse l’eau fertile trop loin au large avant qu’elle ne profite à la chaîne trophique. Cette instabilité contraint les flottes de pêche, en particulier la pêche artisanale, à naviguer sur de plus longues distances pour atteindre les bancs de poissons, alourdissant les coûts et menaçant la chaîne d’approvisionnement.

Acidification des océans et vulnérabilité des espèces benthiques

Les menaces ne se limitent pas à la surface de l’Atlantique. L’ingénieur et expert environnemental Ali Salem Salek souligne que les eaux territoriales mauritaniennes encaissent des chocs écologiques multiples. Les espèces benthiques et les mollusques font face à une baisse des niveaux d’oxygène dans les couches profondes des eaux.

Carte de la Mauritanie : Géographie, Déserts du Sahara et Côte Atlantique

À cela s’ajoute une acidification accrue des océans, provoquée par l’absorption massive de dioxyde de carbone. Ce phénomène détériore la capacité des mollusques et des crustacés à former leurs structures calcaires, tout en brouillant les repères migratoires et reproductifs de certains poissons.

Une étude complémentaire publiée en 2026 par la revue Marine Environmental Research vient confirmer ces urgences. Elle indique que la variabilité de la température de surface, la fluctuation de la productivité marine et l’intensité de la pêche dictent désormais l’état des stocks de sardines entre le Maroc et la Mauritanie, érigeant l’intégration des indicateurs écologiques en impératif absolu pour la gestion des pêcheries.

Les défis économiques et la nécessité d’une gestion adaptative

Les enjeux pour la Mauritanie s’avèrent considérables. Ils alimentent l’industrie de transformation et constituent le gros des exportations halieutiques.

Pour parer aux risques pesant sur les revenus des pêcheurs traditionnels et sur la stabilité des marchés, les experts recommandent la mise en place d’une gestion adaptative des pêches. Cela implique de renforcer la surveillance scientifique, d’indexer les quotas de capture sur des indicateurs environnementaux précis, de réévaluer les périodes de repos biologique et d’amplifier la coopération régionale afin d’endiguer la pêche illégale et de préserver les ressources partagées.

Mauritanie | Les pêcheurs Imraguen menacés par le changement climatique

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