Des astronomes identifient deux étoiles d’un système binaire ayant explosé en supernovas

Des astronomes ont identifié les vestiges de deux étoiles massives d’un même système binaire ayant toutes deux explosé en supernovas dans la constellation des Gémeaux. Situés à environ 6 000 années-lumière, les débris de la nébuleuse Méduse (IC 443) et du rémanent G189.6+3.3 marquent la première observation d’un tel événement, selon une étude publiée dans Nature Communications.

L’espace est jonché de cadavres stellaires, mais trouver un couple est une rareté absolue. Si plus de la moitié des étoiles de la galaxie possèdent un compagnon, les astronomes n’avaient jamais détecté de paire de supernovas ayant laissé des traces observables. Cette situation change avec la découverte d’un lien probable entre la nébuleuse Méduse, également appelée IC 443, et un voisin beaucoup plus discret, le rémanent G189.6+3.3.

Le rôle du télescope Fermi dans la détection de G189.6+3.3

La nébuleuse Méduse est l’un des objets les plus étudiés de la Voie lactée, notamment en raison de sa forte émission de rayons gamma. Cette luminosité a longtemps masqué la présence de G189.6+3.3, un rémanent repéré dès 1994 par la mission ROSAT mais dont la nature restait incertaine faute de contours radio nets. Pour percer ce voile, l’équipe dirigée par Miltiadis Michailidis, chercheur postdoctoral à l’université de Stanford, a analysé 16 ans de données provenant du télescope spatial Fermi de la NASA.

Le télescope Fermi ne se contente pas de prendre des clichés ; il accumule les données sur des années pour distinguer des signaux faibles du bruit de fond. Cette approche a permis de confirmer que G189.6+3.3 émet ses propres rayons gamma et accélère des particules à des énergies colossales, prouvant qu’il s’agit bien d’un rémanent de supernova. L’analyse spectrale a révélé une caractéristique inhabituelle : des zones distinctes produisent des rayons gamma via des processus différents. Au nord, des protons à haute vitesse frappent du gaz dense, tandis qu’au sud, l’émission provient principalement d’électrons énergétiques.

« En utilisant 16 ans de données du télescope spatial à rayons gamma Fermi de la NASA, notre analyse a révélé des rayons gamma associés à un rémanent de supernova qui était caché dans l’éclat de son voisin, la nébuleuse Méduse, l’un des rémanents de supernova émetteurs de rayons gamma les plus brillants connus. » Miltiadis Michailidis, chercheur postdoctoral à l’université de Stanford

Une chronologie de destruction : 20 000 à 110 000 ans d’écart

Le scénario reconstitué par les chercheurs décrit une danse gravitationnelle tragique. Deux étoiles massives, pesant respectivement entre 30 et 40 masses solaires pour la plus lourde et entre 25 et 35 pour la seconde, sont nées ensemble. La plus massive a explosé en premier, créant le rémanent G189.6+3.3. Cette première explosion a non seulement perturbé le système, mais a littéralement projeté sa compagne à travers l’espace.

Overlapping Nebulae Are First Evidence Of Binary System Where Both Stars Went Supernova
Photo: Iflscience

La seconde étoile a voyagé seule pendant des millénaires avant de subir le même sort. Selon les estimations, l’intervalle entre les deux explosions se situe entre 20 000 et 110 000 ans. À l’échelle d’une vie humaine, c’est un gouffre ; à l’échelle stellaire, c’est presque simultané, les étoiles massives vivant plusieurs millions d’années.

  • Première explosion : Formation de G189.6+3.3 et éjection de l’étoile compagnon.
  • Phase d’errance : Voyage de la seconde étoile pendant 20 000 à 110 000 ans.
  • Seconde explosion : Formation d’IC 443 (la nébuleuse Méduse), survenue il y a environ 8 000 à 9 000 ans.

Le filament de gaz : la preuve d’une origine commune

L’hypothèse d’un système binaire repose sur un détail visuel crucial : un filament brillant de gaz hydrogène situé sur le bord nord de G189.6+3.3. Ce filament marque l’endroit où l’onde de choc du rémanent a frappé un nuage moléculaire, le même nuage contre lequel IC 443 pousse actuellement. Cette interaction physique prouve que les deux objets se trouvent à la même distance de la Terre, soit environ 5 900 à 6 000 années-lumière.

Photo: Thebrighterside

Certains pourraient arguer qu’il s’agit d’un simple alignement fortuit dans le ciel. L’existence d’un lien physique via le nuage de gaz renforce l’idée que ces deux explosions sont les fantômes d’un couple stellaire.

« Ce système offre une rare opportunité de reconstruire l’histoire évolutive complète d’une binaire massive — de la naissance et de l’interaction de deux étoiles massives, en passant par les deux explosions de supernovas, jusqu’aux rémanents qu’elles ont laissés derrière elles. » Miltiadis Michailidis, chercheur postdoctoral à l’université de Stanford

Les zones d’ombre : le mystère des objets compacts

Malgré la précision des données, tout n’est pas résolu.

Photo: Techno Science

Cette découverte permet désormais de confronter les modèles théoriques et les simulations numériques à la réalité observationnelle. Elle offre des contraintes directes sur la manière dont la présence d’un compagnon binaire modifie l’évolution des étoiles massives, l’une des questions majeures de l’astrophysique stellaire.

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