Washington ne verra pas, du moins pour l’instant, les premières pelleteuses s’attaquer au sol de la capitale. La juge fédérale Tanya Chutkan a ordonné, ce 6 novembre, la suspension immédiate du projet d’arc de triomphe monumental voulu par Donald Trump. Cette décision, qui bloque tout chantier pour une période de 14 jours, intervient quelques heures à peine après que la Commission nationale de planification de la capitale (NCPC) a donné son feu vert.
Un coup d’arrêt judiciaire
L’ordonnance de la juge Chutkan répond aux requêtes déposées le samedi 31 octobre par les États de Virginie et du District de Columbia. Elle a également joint à cette procédure une plainte initiale portée par un historien de l’architecture et un groupe de vétérans de la guerre du Vietnam. Alors que le ministère de la Justice s’apprêtait à lancer les travaux de fondation cette semaine, le tribunal a choisi de mettre le projet sous tutelle légale.
La magistrate a justifié sa sévérité par la nature même du dossier. « La probabilité absolue qu’une loi vieille de cent ans contienne une autorisation, inconnue de toutes les administrations précédentes, de construire un arc de 76 mètres de haut sur un emplacement éminent de la capitale du pays, montre à quel point (le gouvernement) doit forcer les choses pour justifier ce projet », a-t-elle écrit, selon l’agence Reuters. Elle a pointé du doigt les nuisances sonores, les excavations massives et les perturbations durables du trafic routier qu’entraînerait ce chantier, estimé à environ trois ans.
“I am pleased to announce that TODAY my Administration officially filed the presentation and plans to the highly respected Commission of Fine Arts for what will be the GREATEST and MOST BEAUTIFUL Triumphal Arch, anywhere in the World. This will be a wonderful addition to the… pic.twitter.com/2CkiLuvn9z
— https://x.com/WhiteHouse/status/2042726447769325603
Une commission sous influence
La décision de la NCPC, validée tard dans la soirée du jeudi 5 novembre par huit voix contre quatre, illustre la fracture politique entourant l’édifice. Si les opposants, majoritairement des représentants de la capitale, ont auditionné près d’une centaine de voix critiques, les membres favorables au projet sont des proches de l’administration Trump. Mark Paoletta, président de la commission nommé par le chef de l’État, a défendu cette vision lors de l’audience : « Le président Trump en tant que président et bâtisseur de premier plan comprend qu’il est important pour notre identité nationale de montrer qui nous sommes à travers des monuments grandioses ».
L’ombre d’un mastodonte doré
Au-delà de la bataille juridique, ce sont les spécificités techniques du projet qui inquiètent les élus locaux. Le design prévoit des éléments décoratifs en or, incluant une statue de 18 mètres au sommet évoquant une figure ailée inspirée de la Statue de la Liberté. Le membre du Congrès Don Beyer, représentant de la Virginie, a dénoncé les risques logistiques et sécuritaires : « Il va encombrer le trafic pendant de longues années, aura un impact sur l’aéroport voisin et présente des menaces encore plus graves pour la sécurité publique que cette commission a refusé de reconnaître et de traiter ».
President Donald Trump wants to build an arch, and he wants it to be the biggest in the world. But even as he suggests he'll sign an executive order for its construction, the project is facing pushback and will likely hit legal hurdles before it can proceed. CNN's Betsy Klein… pic.twitter.com/6FCi4lWGiM
— https://x.com/CNN/status/2021437941386535343
La construction complète est projetée sur une durée de 33 à 39 mois, avec une phase aérienne prévue au plus tôt pour mai 2027. Ce projet s’inscrit dans une volonté plus large du président de transformer l’identité visuelle de la capitale fédérale.
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