La justice française a condamné deux créateurs de contenu à des peines de prison avec sursis et à des amendes pour des faits de violence et d’humiliation répétés en direct sur la plateforme Kick à l’encontre de Raphaël Graven, décédé en août 2025.
Près d’un an après la mort de Raphaël Graven, connu en ligne sous le nom de Jean Pormanove, le tribunal correctionnel de Nice a rendu son jugement concernant les abus subis par cet homme de 46 ans lors de diffusions en direct sur Internet. Les deux instigateurs de ces retransmissions, Owen Cenazandotti, alias « Naruto », et Safine Hamadi, alias « Safine », ont écopé respectivement de deux ans et de dix-huit mois de prison avec sursis, selon les informations rapportées par la presse internationale et les agences de presse.
Les sanctions financières et les interdictions prononcées par le tribunal de Nice
En plus de leurs peines de prison avec sursis, les deux hommes se sont vu infliger des sanctions pécuniaires et des restrictions d’activité numérique. Owen Cenazandotti a été condamné à verser une amende de 15 000 euros, tandis que Safine Hamadi devra s’acquitter d’une somme de 5 000 euros (5 775 dollars), d’après les précisions apportées par la défense. Le tribunal a également prononcé à leur encontre une interdiction totale de publier des messages ou des vidéos sur les réseaux sociaux pendant une durée de six mois.
La justice n’a toutefois pas retenu les accusations d’homicide involontaire ni celle d’abus de faiblesse psychologique à l’encontre des prévenus. Les procureurs ont indiqué que les causes probables du décès de la victime, survenu alors que celle-ci et ses agresseurs dormaient, étaient liées à un état de santé fragile et à des problèmes cardiaques. Les expertises médico-légales n’ayant pas permis d’établir de lien direct entre un tiers et la mort de Raphaël Graven intervenue le 18 août 2025, le volet concernant le décès a été clos par les juges d’instruction.
Un programme d’une violence extrême diffusé sur la plateforme Kick
Pendant plusieurs années, entre 2021 et 2025, les deux condamnés avaient fait de la maltraitance physique et verbale le cœur de leur émission sur la plateforme de streaming australienne Kick, concurrente de Twitch. Ce programme ininterrompu d’une durée de douze jours mettait en scène des humiliations et des coups portés aux victimes, des pratiques que les prévenus ont qualifiées de scénarisées et prétendument consenties. Les procureurs ont estimé que ces diffusions avaient rapporté environ 265 000 euros (306 000 dollars) à Raphaël Graven sur la période.
La procureure Maud Marty a qualifié les agissements des prévenus de système de maltrato humano, soulignant que la violence constituait l’élément central d’un concept qui attirait des spectateurs chaque soir en France.
Les réactions de la défense et les enquêtes visant la plateforme
Durant les audiences qui se sont tenues en juillet, les arguments des prévenus ont oscillé entre la minimisation des faits et la prise de conscience. Owen Cenazandotti a soutenu qu’il s’agissait d’une aventure divertissante sans en percevoir le côté négatif. De son côté, Safine Hamadi a exprimé ses regrets lors du procès, une position relayée par son conseil.

« La condamnation est principalement symbolique. Nous sommes satisfaits de la décision. Mon client a reconnu sa responsabilité et admis qu’une partie du contenu diffusé était inacceptable et ne pouvait faire l’objet d’aucun consentement ni d’aucun scénario. » Tom Michel, avocat de Safine Hamadi

La mort de Raphaël Graven a provoqué une vive émotion en France, mettant en lumière l’absence de modération et le vide réglementaire de certaines plateformes de diffusion en direct. À la suite de ce drame, l’autorité de régulation audiovisuelle et numérique Arcom ainsi que le parquet de Paris ont ouvert des investigations pour examiner la responsabilité de la plateforme Kick, dont le représentant légal dans l’Union européenne n’a pas répondu aux sollicitations des médias.
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