Les populations de vautours au Nigeria s’effondrent sous l’effet du braconnage et de la baisse des habitats, plongeant ces charognards essentiels vers l’extinction. Face à la crise, des résidents d’Awka-Etiti et des praticiens de la médecine traditionnelle adoptent des alternatives végétales pour réduire la demande en parties d’animaux, tandis que les autorités renforcent les contrôles aux frontières.
Autrefois omniprésents dans le ciel nigérian, les vautours font face à une menace existentielle. Le pays comptait autrefois sept espèces de vautours, mais des enquêtes récentes n’en recensent plus que deux, selon les informations rapportées par l’organisation de conservation Mongabay : le vautour charognard, classé en danger critique d’extinction, et le palmiste africain.
Le rôle crucial des vautours dans les écosystèmes nigérians
Souvent associés à la mort et à la décadence, ces rapaces remplissent pourtant une fonction sanitaire irremplaçable. Leurs acides gastriques puissants leur permettent de consommer des carcasses infectées en quelques heures, bloquant ainsi la propagation de maladies redoutables comme l’anthrax et la rage. Sans eux, les écosystèmes perdent un rempart naturel contre la prolifération bactérienne.
Le commerce illégal et la médecine traditionnelle font flamber les prix
La pression sur ces espèces provient en grande partie de la chasse liée aux croyances spirituelles et aux pratiques de médecine traditionnelle, ainsi qu’au vaudou.
Cette demande accrue a fait exploser la valeur des oiseaux sur les marchés clandestins. Alors qu’un adulte se vendait autrefois entre 25 000 et 30 000 nairas (soit environ 18 à 22 dollars ou 13 à 16 livres sterling), son prix atteint désormais 200 000 nairas (environ 145 dollars ou 107 livres sterling) par spécimen, d’après les chiffres communiqués par Stella Egbe. Les œufs et les nids sont également pris pour cible, ce qui compromet le renouvellement d’une population qui ne produit qu’un seul poussin tous les un ou deux ans.
L’alternative des plantes médicinales et l’engagement des praticiens
Pour enrayer ce déclin, des organisations comme la NCF dialoguent avec les praticiens de la médecine traditionnelle afin de promouvoir des substituts végétaux. Chief Samson Ola Soyoye, vice-président de l’Association nationale des praticiens de la médecine traditionnelle du Nigeria, souligne l’ancienneté de l’usage des parties d’animaux avant de plaider pour le changement :
Mon point de vue est de chercher des plantes alternatives au lieu des vautours. Chief Samson Ola Soyoye, vice-président de l’Association nationale des praticiens de la médecine traditionnelle du Nigeria

Plus de 20 plantes différentes remplacent désormais les parties de vautours dans certaines régions. Toutefois, cette transition soulève de nouveaux défis écologiques, car plusieurs de ces végétaux font l’objet d’une exploitation intensive. L’acajou d’Afrique, répertorié comme vulnérable sur la liste rouge de l’UICN, et l’arbre violet, fragilisé par la surestimation des récoltes, illustrent la nécessité d’encadrer ces usages. La NCF prévoit ainsi de cultiver des espèces de plantes médicinales menacées au sein de zones protégées.
Résistance communautaire et efforts de protection à Awka-Etiti
Dans la ville d’Awka-Etiti, au sud-est du pays, la protection des vautours s’appuie sur des traditions locales positives. La bourgade abrite une forêt sacrée dédiée à la divinité Nguma, où les habitants s’abstiennent de chasser les oiseaux et leur offrent des sacrifices d’animaux frais. Chukwuemeka Igwe, surnommé le « roi des vautours » pour son travail de bénévole auprès de la NCF, témoigne de cet attachement culturel :
Les vautours manquants sont presque de retour. Si vous allez au marché maintenant, vous voyez des vautours. À un moment donné, ils avaient disparu, mais maintenant ils reviennent. Chukwuemeka Igwe, bénévole de la Nigeria Conservation Foundation
Les disparités régionales influencent l’efficacité de ces mesures. Selon Michael Manja Williams, doctorant à l’Université Joseph Sarwuan Tarka, les normes culturelles du sud et de l’est du Nigeria interdisent généralement de tuer les oiseaux, ce qui facilite la conservation. En revanche, dans le nord et l’ouest, certaines croyances associent leur présence à de mauvais augures, maintenant une demande soutenue pour leurs parties.
Répression douanière et perspectives pour le plan d’action régional
Du côté des pouvoirs publics, le Service des douanes nigérian intensifie la lutte contre le trafic transfrontalier. Abdullahi Maiwada, porte-parole des douanes, insiste sur l’importance de combiner la répression et la sensibilisation des communautés locales.

Nous faisons tout notre possible pour faire en sorte que la contrebande d’articles, y compris les vautours, y compris les ânes, et d’autres espèces hors du pays soit réduite au strict minimum. Abdullahi Maiwada, porte-parole du Service des douanes nigérian
Ces questions figureront en bonne place lors de la prochaine réunion des chercheurs ouest-africains à Abuja, qui examineront le Plan d’action pour la conservation des vautours en Afrique de l’Ouest, rédigé en 2022. Sept espèces de vautours africains demeurent classées comme en danger ou en danger critique d’extinction par BirdLife International.
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