L’Afrique du Sud réclame à l’Éthiopie, au Malawi et au Nigeria le remboursement de 292 millions de rands pour financer ses opérations de rapatriement et d’expulsion. Cette facture marque une escalade diplomatique dans la crise migratoire que traverse Pretoria, alors que plus de 82 000 ressortissants étrangers ont été traités par les centres officiels.
Une facture de 292 millions de rands exigée par Pretoria
Le gouvernement sud-africain a officiellement demandé à l’Éthiopie, au Malawi et au Nigeria de rembourser les frais engagés pour les opérations de déportation et de rapatriement menées lors des récentes manifestations contre l’immigration clandestine. Cette décision fait suite à une audition parlementaire durant laquelle le département de l’Intérieur sud-africain a indiqué qu’il avait dépassé son budget approuvé de cinq fois pour maintenir ses opérations en marche.
D’après les registres officiels de l’Intérieur, environ 82 000 à 83 000 migrants ont été traités par le Centre de rapatriement de Lindela à Johannesbourg. La note globale pour couvrir ces transferts s’élève à 292 millions de rands.
Livhuwani Tommy Makhode, directeur général de l’Intérieur, a déclaré qu’ils n’avaient pas budgétisé cette somme et qu’à ce jour, les dépenses s’élevaient à 292 millions de rands.
Jusqu’à présent, aucun des gouvernements des pays concernés n’a répondu à cette demande de remboursement formulée par l’Afrique du Sud, selon les informations relayées par les sources diplomatiques.
Tensions diplomatiques et répercussions continentales
Au-delà de la question financière, la politique de fermeté menée par l’Afrique du Sud ravive des tensions profondes à l’échelle du continent africain. Le Nigeria a accusé l’Afrique du Sud de n’avoir pas protégé les Nigérians légalement documentés qui ont été ciblés dans le cadre d’attaques xénophobes.
La crise dépasse largement ce triangle diplomatique. Le Ghana a soulevé des inquiétudes auprès de l’Union africaine au sujet des violences commises contre ses citoyens et des dégâts causés aux entreprises appartenant à des Ghanéens. De son côté, le Mozambique a également exigé des actions après des attaques visant des ressortissants mozambicains.
L’émergence du mouvement March and March, qui appelle à l’expulsion massive des migrants sans papiers d’ici le 30 juin 2026, la croissance des violences anti-immigrants et les rapatriements de ressortissants étrangers par plusieurs gouvernements africains ont placé l’immigration au cœur du débat national. Le mouvement de protestation anti-immigrant soutient qu’il réagit à la hausse du chômage, à la détérioration des services publics et à une insécurité grandissante. Face à ces tensions, le président Cyril Ramaphosa s’est adressé à la nation pour annoncer une série de nouvelles mesures visant à stopper l’immigration clandestine. Les nouveaux plans prévoient une action plus dure contre les employeurs embauchant des migrants sans papiers, des tribunaux d’immigration dédiés pour accélérer les expulsions, une sécurité frontalière renforcée, un registre de population biométrique et des mesures plus sévères.
Réformes judiciaires et régularisations en suspens
La Cour constitutionnelle a statué que les ressortissants étrangers dont les demandes d’asile ont été rejetées ne peuvent pas soumettre de nouvelles demandes. La cour a indiqué que permettre des demandes répétées illimitées sans une législation appropriée en place pourrait créer un « cercle sans fin », empêchant les expulsions et provoquant un chaos administratif.
Dans le même temps, des milliers de Zimbabwéens qui devaient être expulsés à l’expiration de leurs permis de résidence en décembre se sont vu accorder un délai de grâce de six mois pour régulariser leur séjour. Dans une déclaration publiée le 2 septembre, le ministre sud-africain de l’Intérieur, Aaron Motsoaledi, a indiqué que le Comité consultatif départemental (DAC) avait décidé de donner aux Zimbabwéens concernés une nouvelle chance, en notant que seuls quelques-uns avaient soumis des demandes de renouvellement de leurs permis.

Le département a également pointé du doigt les pratiques de certains acteurs internationaux. L’Afrique du Sud a accusé les États-Unis d’employer des ressortissants kényans sans permis de travail valide dans une installation traitant des demandes de réfugiés pour les Sud-Africains blancs. Sept Kényans ont été arrêtés après que des rapports de renseignement ont révélé que des personnes « étaient entrées récemment en Afrique du Sud avec des visas touristiques et avaient pris illégalement un emploi » sur place.
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