Hong Kong : Le procès de figures pro-démocratie marque l’érosion des libertés civiles
HONG KONG – Le procès de trois anciens dirigeants d’un groupe hongkongais pro-démocratie, accusés d’incitation à la subversion en vertu d’une loi controversée sur la sécurité nationale, s’ouvre jeudi, un événement perçu comme un nouveau coup porté aux libertés civiles dans l’ancienne colonie britannique. Chow Hang-tung, Lee Cheuk-yan et Albert Ho, figures de proue de l’Alliance en soutien aux mouvements démocratiques patriotiques de Chine, encourent jusqu’à dix ans de prison.
Le procès intervient cinq ans après l’imposition par Pékin d’une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, en réponse aux vastes manifestations pro-démocratie de 2019. Cette loi a été largement critiquée pour avoir étouffé la dissidence et érodé l’autonomie de Hong Kong, garantie par le principe « un pays, deux systèmes » lors de la rétrocession à la Chine en 1997.
L’Alliance, pendant des décennies, organisait une veillée annuelle commémorant les victimes de la répression de Tiananmen en 1989. Cette veillée, qui attirait autrefois des dizaines de milliers de personnes, est devenue un symbole de la résistance à l’influence croissante de Pékin. Elle a été interdite en 2020 sous prétexte de restrictions sanitaires liées à la pandémie de COVID-19, mais les observateurs y voient une volonté politique de supprimer toute commémoration publique de cet événement sensible pour le gouvernement chinois.
“La disparition de la seule commémoration à grande échelle de la répression de 1989 à l’intérieur de la Chine est un symptôme de la détérioration des libertés civiles de style occidental, que Pékin s’était engagée à maintenir pendant 50 ans”, a déclaré Tang Ngok-kwan, ancien membre de l’Alliance, à l’Associated Press en janvier.
Les accusations portées contre Chow, Lee et Ho datent de septembre 2021. L’Alliance a voté pour son autodissolution quelques semaines après que ses dirigeants aient été inculpés. Le gouvernement hongkongais affirme que les actions de la police sont fondées sur des preuves et conformes à la loi.
Le procès devrait durer 75 jours. Albert Ho, l’un des accusés, a indiqué par l’intermédiaire de son avocat qu’il envisage de plaider coupable, ce qui pourrait lui valoir une réduction de peine. Chow Hang-tung, avocate de formation, a tenté de faire rejeter son acte d’accusation, arguant que les procureurs n’avaient pas suffisamment précisé les allégations portées contre elle, mais sa demande a été rejetée en novembre dernier.
L’affaire s’inscrit dans un contexte plus large de répression des voix dissidentes à Hong Kong. Jimmy Lai, un magnat des médias pro-démocratie, a été condamné en décembre à une peine pouvant aller jusqu’à la prison à vie pour collusion avec des forces étrangères. D’autres groupes de la société civile ont également été contraints de fermer leurs portes.
Le sort de Chow, Lee et Ho est suivi de près par la communauté internationale. Les États-Unis, l’Union européenne et d’autres pays ont exprimé leur inquiétude quant à l’érosion des libertés civiles à Hong Kong et ont appelé à la libération des prisonniers politiques.
Malgré les risques, Chow Hang-tung a continué à exprimer son engagement envers les idéaux démocratiques, même depuis sa cellule. Dans un message publié sur Patreon le 5 janvier, elle a déclaré : “Je crois toujours fermement que l’esprit humain perdure. Ensemble, nous continuerons à sourire jusqu’à la fin.”
Le procès de ces figures pro-démocratie représente un moment crucial pour l’avenir de Hong Kong et pour la défense des libertés civiles dans le monde. Il met en lumière les défis auxquels sont confrontés ceux qui osent s’opposer à l’autoritarisme et souligne l’importance de la solidarité internationale pour soutenir la démocratie et les droits de l’homme.
