MONDE
Narges Mohammadi : l’état de santé de la lauréate du prix Nobel s’aggrave brutalement en prison
ZANJAN, Iran — La situation sanitaire de Narges Mohammadi, figure de proue des droits humains en Iran et lauréate du prix Nobel de la paix 2023, a franchi un seuil critique ce vendredi 1er mai 2026. La détenue a été transférée en urgence vers un centre hospitalier du nord-ouest du pays après ce que sa fondation qualifie de détérioration catastrophique
de son état.
Selon les informations communiquées par la Fondation Narges Mohammadi, la militante a été victime de deux pertes de connaissance totales et d’une crise cardiaque sévère au sein de la prison de Zanjan. Ce transfert médical, décrit comme une nécessité inévitable
, intervient alors que les médecins pénitentiaires ont admis que son état ne pouvait plus être stabilisé sur place.
Un tableau clinique alarmant
Admise en unité de soins intensifs cardiologiques, l’état de Mohammadi demeure instable. Son avocat, Me Mostafa Nili, a rapporté que sa tension artérielle continue de fluctuer sévèrement
.
Ce crash sanitaire ne semble pas être un événement isolé, mais l’aboutissement d’un processus d’érosion physique. Ses représentants légaux avaient déjà alerté l’opinion internationale sur un probable infarctus survenu fin mars, alors que la détenue apparaissait pâle, émaciée et incapable de marcher sans l’aide d’une infirmière.
« Ce transfert a été effectué comme une nécessité inévitable après que les médecins de la prison ont déterminé que son état ne pouvait être géré sur place, malgré des recommandations médicales permanentes pour qu’elle soit traitée par son équipe spécialisée à Téhéran. » Fondation Narges Mohammadi
140 jours de « négligence systématique »
Le dossier médical de Narges Mohammadi est devenu, pour ses soutiens, le symbole d’une arme de pression politique. La fondation dénonce 140 jours de négligence médicale systématique
depuis son arrestation le 12 décembre dernier.

Chirinne Ardakani, sa représentante légale en France, a souligné que la militante s’était vu refuser à plusieurs reprises le transfert vers un hôpital ou la possibilité de consulter son cardiologue traitant. Ce manque de soins s’ajoute à un passif médical lourd : Mohammadi a déjà subi plusieurs crises cardiaques et une chirurgie d’urgence en 2022, sans compter l’ablation d’une lésion osseuse suspectée d’être cancéreuse fin 2024.
Un cycle de répression judiciaire
L’aggravation de sa santé s’inscrit dans un contexte de judiciarisation accrue. Déjà condamnée à 13 ans et neuf mois de prison pour « collusion contre la sécurité de l’État » et « propagande », Narges Mohammadi a vu sa peine s’alourdir en février 2026. Un tribunal révolutionnaire de Mashhad lui a infligé sept années et six mois de prison supplémentaires.
L’arrestation de décembre 2025, survenue lors d’une cérémonie funéraire, aurait été marquée par des violences physiques. Me Mostafa Nili a indiqué via X.com que sa cliente avait subi des coups sévères à la tête
, entraînant des vertiges et une vision double.
L’enjeu international
Au-delà de son cas individuel, la survie de Narges Mohammadi cristallise les tensions entre Téhéran et la communauté internationale. Le Comité Nobel norvégien s’est dit profondément choqué
par les rapports de mauvais traitements infligés à la lauréate.

Pour les observateurs, Mohammadi n’est pas seulement une prisonnière politique, mais le visage de la résistance des femmes iraniennes depuis la mort de Mahsa Amini en 2022. Son combat contre la peine de mort et pour la fin du port obligatoire du voile en a fait une icône mondiale, rendant chaque bulletin de santé diffusé depuis Zanjan comme un indicateur de la pression exercée par le régime sur ses dissidents.
Alors qu’un responsable médical à Zanjan a recommandé une suspension de peine d’un mois pour traitement, le dossier a été renvoyé au procureur de Téhéran, laissant la militante dans une incertitude juridique et médicale totale.
