Éthiopie : une étude révèle une résistance croissante aux traitements du paludisme

Une vaste étude de surveillance génomique menée en Éthiopie entre 2020 et 2022, combinée à des données collectées jusqu’en 2023, révèle une persistance alarmante des résistances aux anciens traitements de la malaria ainsi que l’émergence préoccupante de mutations génétiques associées à la résistance à l’artémisinine dans certains pays d’Afrique de l’Est.

La lutte contre le paludisme en Afrique fait face à de nouvelles menaces complexes. D’après une étude menée par une équipe internationale de chercheurs, la résistance partielle à l’artémisinine, composant critique des traitements de première ligne, se propage de manière régionale. Les résultats de ces travaux ont été publiés dans le Journal of Infectious Diseases, documentant une situation sanitaire délicate sur le continent où se concentrent la grande majorité des cas et des décès dus à la maladie.

La persistance des mutations liées aux anciens traitements en Éthiopie

En Éthiopie, la surveillance génomique menée sur des échantillons de Plasmodium falciparum collectés entre 2019 et 2023 met en lumière un phénomène marquant. Bien que le traitement associant sulfadoxine-pyriméthamine ait été abandonné il y a plus de deux décennies, les mutations génétiques conférant une résistance à ces antifolates restent très répandues dans le pays. L’analyse des gènes Pfcrt, Pfdhps, Pfmdr1, Pfdhfr et Pfk13 montre que les variations génétiques continuent d’influencer l’efficacité des molécules.

L’intensité de la transmission du paludisme varie considérablement d’un district à l’autre en Éthiopie. L’indice annuel de parasites mesuré entre 2020 et 2022 s’étage ainsi de 1,0 à Fedis jusqu’à 124,0 à Salamago. Cette diversité épidémiologique a permis aux chercheurs d’observer la distribution des marqueurs de résistance dans des contextes de transmission très contrastés, allant de zones à très faible risque à des régions à haut risque selon la stratification du ministère éthiopien de la Santé.

La propagation régionale de la résistance à l’artémisinine en Afrique de l’Est

Si la résistance partielle à l’artémisinine sévit largement dans la sous-région du Grand Mekong en Asie du Sud-Est, sa détection récente au Rwanda, en Tanzanie et en Ouganda inquiète la communauté scientifique. Une équipe dirigée par des chercheurs de l’University of North Carolina a séquencé 5 202 échantillons prélevés entre mai 2022 et janvier 2024 dans l’archipel semi-autonome de Zanzibar et sur le territoire continental de la Tanzanie.

Les analyses ont identifié des mutations sur le gène kelch13 (K13), directement connectées à cette résistance partielle qui retarde l’élimination du parasite. Fait notable, la comparaison avec d’autres génomes malariens africains indique que ces mutations sont distinctes de celles observées en Asie, suggérant qu’elles ont pris naissance en Afrique avant de se propager de la Tanzanie vers Zanzibar.

Les risques pour l’efficacité des thérapies combinées

Les thérapies combinées à base d’artémisinine constituent actuellement le traitement le plus efficace contre le paludisme à Plasmodium falciparum. Leur rôle a été déterminant pour réduire la mortalité mondiale liée à la maladie. Néanmoins, l’émergence et la diffusion de la résistance menacent directement la longévité de ces protocoles thérapeutiques sur un continent qui supporte la grande majorité des cas et des décès mondiaux.

Éthiopie : une étude révèle une résistance croissante aux traitements du paludisme
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Photo: Nature

Les auteurs de l’étude ont souligné, par l’intermédiaire du Center for Infectious Disease Research and Policy, que l’émergence de la résistance à l’artémisinine est préoccupante pour la longévité des thérapies combinées à base d’artémisinine en Afrique, tout en précisant qu’à ce jour, l’efficacité reste généralement élevée malgré la présence de mutations K13, mais que l’importation continue et la propagation accrue de ces mutations de résistance pourraient menacer l’efficacité des thérapies combinées à base d’artémisinine à Zanzibar.

Face à cette menace évolutive, les scientifiques insistent sur la nécessité de maintenir une surveillance moléculaire continue pour pister les mutations du gène K13 et d’autres marqueurs de résistance. Cette veille sanitaire constitue le meilleur système d’alerte précoce pour prévenir une éventuelle défaillance des traitements combinés dans la région.

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