L’Europe et les pays baltiques s’attendent à traverser cet hiver une crise énergétique susceptible de se développer plus rapidement qu’en 2022, selon les avertissements formulés par le groupe AJ Power, par la voix de son dirigeant Roberts Samtiņš, qui a indiqué à l’agence LETA que cette situation est favorisée par plusieurs facteurs concomitants comprenant la tension géopolitique, la situation sur les marchés des ressources énergétiques et les prévisions météorologiques. L’agence LETA précise que les prix ont été influencés par des facteurs tels que le niveau historiquement bas des réserves, la situation dans le détroit d’Hormuz, la concurrence avec l’Asie, un risque de rupture du vortex polaire et les vulnérabilités de l’infrastructure balte.
Des réserves de gaz au plus bas depuis treize ans
À la fin du mois d’octobre, les installations de stockage de gaz naturel en Europe étaient remplies à 75 %, un niveau inférieur de 15 points de pourcentage à la moyenne des cinq années précédentes et le plus bas enregistré depuis le début des relevés en 2011, d’après les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) relayées par les sources. L’AIE signale que ce niveau est également inférieur à l’objectif minimal de 80 % fixé par l’Union européenne, marquant le plus bas niveau depuis plus de dix ans. En Allemagne, pays doté de la plus grande capacité de stockage de l’Union européenne, le taux de remplissage atteignait seulement 62 % selon AJ Power, tandis que TVNET et d’autres sources évoquent une moyenne de 61 %, un chiffre inférieur à l’objectif légal de 70 % fixé pour le 1er novembre. D’après la presse et les données de l’AIE, les prélèvements de gaz ont d’ailleurs déjà débuté en Autriche, en République tchèque, en Slovaquie, en France et en Belgique.
Cette situation s’explique par plusieurs facteurs, notamment le fait que les usines de liquéfaction de gaz naturel dans les pays du Golfe ont été endommagées dans la guerre entre les États-Unis et l’Iran, et que le transit par le détroit d’Hormuz demeure pratiquement fermé selon les précisions d’AJ Power. Par ailleurs, les stocks affichaient déjà un niveau faible au printemps après la fin de la saison de chauffage, les pays ayant initialement tardé à relancer les achats dans l’espoir d’obtenir un recul des prix. L’AIE ajoute que les volumes injectés dans les stockages cette saison ont été inférieurs d’environ 4 % à la moyenne des cinq dernières années, un retard que les achats accrus d’août, de septembre et d’octobre n’ont pas permis de compenser.

La flambée des prix sur le marché de gros de l’énergie
Face à ces tensions, la cotation du gaz naturel sur le marché de référence néerlandais Title Transfer Facility (TTF) a dépassé les 100 euros par mégawattheure fin octobre, une première depuis la crise de 2022, atteignant plus précisément 100,37 euros ou 100,45 euros selon les relevés de bourses. Le commissaire européen à l’Énergie et au Logement, Dans Jørgensen, a pris la parole lors d’une conférence de presse dans la capitale belge, Bruxelles, avant la réunion du Conseil des ministres des Transports, des Télécommunications et de l’Énergie de l’Union européenne, pour mettre en garde contre les répercussions négatives des prix élevés de l’énergie pour les citoyens et les entreprises, soulignant que les prix du pétrole brut et des produits pétroliers ont considérablement augmenté dans le monde entier de la même manière qu’après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, ce qui alourdit les factures et maintient des tensions durables sur le marché du diesel.
« Le marché le ressent déjà. Le prix du gaz naturel sur la bourse TTF (“Title Transfer Facility”) a augmenté de près d’un cinquième en deux semaines, passant d’environ 88 à 103 euros par MWh. C’est le niveau le plus élevé depuis près de quatre ans », a déclaré Roberts Samtiņš d’AJ Power.
Roberts Samtiņš, AJ Power
Le groupe AJ Power souligne également que l’Europe est en concurrence avec l’Asie pour chaque cargaison de GNL, le Japon, la Corée du Sud et la Chine étant des acheteurs solvables, et que des périodes prolongées sans vent risquent d’accroître la demande de gaz pour la production d’électricité, ce qui pourrait alimenter une hausse supplémentaire des tarifs sur les bourses de l’électricité. Les modélisations prévisionnelles indiquent en outre la possibilité d’un effondrement particulièrement précoce du vortex polaire dès le début du mois de novembre, ce qui pourrait accentuer les risques de vagues de froid et de périodes sans vent dès la mi-novembre.

La situation des réserves dans les pays baltes
En Lettonie, la Commission de régulation des services publics (SPRK) note que le taux de remplissage de la réserve souterraine de gaz d’Inčukalns s’établissait à 51 % au 1er novembre, comparé à 49,8 % une semaine auparavant et à 59,2 % un an plus tôt, tandis que le remplissage moyen des stockages en Europe atteignait 74,7 % selon la même autorité. La SPRK relève par ailleurs que la législation européenne adoptée en 2022 impose un remplissage des stockages à 90 %, tout en prévoyant une exception pour la Lettonie qui l’oblige à remplir son installation à hauteur de 35 % de sa consommation nationale. Les sources mentionnent également que les pays baltes dépendent des importations en hiver, s’appuyant sur les livraisons d’électricité en provenance de Finlande et de Suède ainsi que sur les importations de gaz via les terminaux GNL de Klaipėda et d’Inkoo, tout en soulignant que le marché subit l’influence des craintes d’incidents potentiels sur l’infrastructure énergétique régionale.
« Nous ne sommes pas à l’abri de la hausse des prix. Les prix du gaz naturel en Lettonie sont étroitement liés à l’indice européen TTF, tandis que les variations des prix du gaz influencent également le marché de l’électricité. Par conséquent, les conséquences de la hausse des prix pourraient toucher la Lettonie de la même manière que d’autres pays européens », a déclaré Roberts Samtiņš d’AJ Power.
Roberts Samtiņš, AJ Power
Cependant, les contrats à terme restent inférieurs aux pics de l’année 2022, année où le prix du gaz en Allemagne avait atteint jusqu’à 340 ou 345 euros par mégawattheure selon les données financières rapportées par les différentes analyses de presse.
« Cela signifie que les entreprises ont encore la possibilité d’atténuer les risques liés à la hausse des prix », a déclaré Roberts Samtiņš d’AJ Power.
Roberts Samtiņš, AJ Power
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