Vancouver : Une femme noire indemnisée après un contrôle discriminatoire

Une femme noire de Vancouver a obtenu l’équivalent de plus de 15.000 euros d’indemnisation après avoir été arrêtée et menottée par la police lors d’un contrôle routier en décembre 2020. Le tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique a jugé que cette intervention discriminatoire découlait de stéréotypes raciaux.

Selon les informations rapportées par Nos, l’affaire remonte à un mardi soir de décembre 2020, lorsque la plaignante se trouvait sur la banquette arrière d’une voiture aux côtés de trois autres personnes.

Un contrôle routier qui dégénère à Vancouver

Le véhicule à bord duquel voyageait Safiya Elshazly a été intercepté par les forces de l’ordre. Un agent a demandé à la passagère de présenter une pièce d’identité en raison d’une contravention visant le non-port de la ceinture de sécurité. Après avoir répondu qu’elle n’avait pas ses documents sur elle, la situation a rapidement pris une tournure conflictuelle. D’après le récit de la plaignante, le policier l’a immédiatement arrêtée pour obstruction avant de lui passer les menottes les bras dans le dos, à l’extérieur de la voiture.

La victime a souligné un traitement différencié flagrant par rapport au conducteur du véhicule, un homme blanc qui se trouvait dans la même situation d’absence de pièces d’identité. D’après ses déclarations, ce dernier a bénéficié d’un traitement poli, rassurant et respectueux de la part des autorités.

La violation des protocoles policiers reconnue par les témoins

Plusieurs policiers appelés à témoigner au cours de la procédure ont admis que la réaction de leur collègue contrevenait directement aux règles en vigueur. Le protocole standard exige qu’un fonctionnaire demande d’abord les informations personnelles de base — nom, date de naissance et adresse — afin de les vérifier dans les bases de données informatiques, plutôt que de procéder à une arrestation immédiate pour défaut de présentation de papiers.

L’incident a également donné lieu à des accusations infondées de la part d’un autre agent arrivé sur les lieux. Des enregistrements sonores ont permis d’entendre ce policier affirmer que la femme était behoorlijk dronken (passablement ivre), une affirmation vigoureusement contestée par l’intéressée, qui a rappelé qu’elle ne consommait pas d’alcool pour des raisons religieuses. Le même fonctionnaire lui a ensuite ordonné de rester immobile pour l’empêcher prétendument de s’enfuir, alors même qu’elle ne s’était guère déplacée.

Le tribunal condamne les stéréotypes raciaux et le profilage

Du côté de la hiérarchie policière, la défense soutenait que la plaignante n’avait subi aucun préjudice réel et que l’interpellation reposait exclusivement sur son comportement, rejetant toute motivation liée à des beschermde kenmerken (caractéristiques protégées) comme la race ou la couleur de peau.

Les membres du tribunal des droits de la personne ont balayé cet argumentaire, estimant qu’il était plus probable qu’autrement que le stéréotype associant les personnes noires à la criminalité avait influencé le comportement des agents. Ils ont ainsi souligné qu’elle avait été soumise à une surveillance injustifiée tout en étant ciblée par des propos dénigrants.

Le tribunal a conclu que la décision d’arrêter la femme et de la maîtriser physiquement avait été influencée par le stéréotype de la « femme noire en colère » ainsi que par une exigence disproportionnée d’obéissance envers les personnes perçues comme racialement « autres ». Tribunal des droits de la personne de la Colombie-Britannique

Indemnisation financière pour préjudice et matériel endommagé

Pour réparer l’atteinte portée à sa dignité, à ses sentiments et à son respect de soi, l’instance quasi-judiciaire a condamné les parties concernées à verser à Safiya Elshazly la somme de 25.000 dollars canadiens, représentant environ 15.550 euros. S’ajoute à ce montant une compensation financière de près de 900 euros destinée au remplacement de son téléphone portable, détérioré au cours de l’intervention musclée.

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