Un squelette exceptionnel de Nanotyrannus surnommé « Jodi », découvert dans le Montana en 2019, a été adjugé pour 47,3 millions de dollars le 27 octobre 2026 chez Sotheby’s à New York, pulvérisant son estimation initiale et relançant le vif débat sur la commercialisation privée des fossiles scientifiques.
Jodi adjugé 47,3 millions de dollars chez Sotheby’s à New York
Un spécimen fossilisé d’une rareté absolue a trouvé preneur ce mardi pour la somme de 47,3 millions de dollars, frais de vente inclus, lors d’une session organisée par la maison Sotheby’s à New York. Cette enchère dépasse largement l’estimation de départ, qui oscillait entre 6 et 9 millions de dollars. L’identité de l’acheteur n’a pas été divulguée immédiatement par la maison de ventes.
Ce montant propulse Jodi au rang de deuxième fossile de dinosaure le plus cher jamais vendu aux enchères. Le record absolu reste détenu par un squelette de Tyrannosaurus rex nommé « Gus », qui avait atteint 50,1 millions de dollars au même endroit en juillet dernier. Jodi devance ainsi l’ancien détenteur de la deuxième place, un stégosaure baptisé « Apex » vendu 44,6 millions de dollars en 2024.
La découverte de Jodi dans le Montana en 2019
Vieux d’environ 67 millions de années, le spécimen mesure près de 6 mètres de long pour une hauteur de 2,9 mètres sur son cadre d’exposition. D’après les documents de Sotheby’s, la structure osseuse comprend environ 191 éléments fossilisés issus d’un seul et même animal, incluant un crâne quasi complet doté de 53 os et d’une cinquantaine de dents à divers stades de développement.

L’histoire de ce prédateur commence en 2019 dans le Montana, plus précisément sur des terres privées de la formation de Hell Creek, près de la ville de Jordan. C’est la propriétaire terrienne Jodi Pierson qui a découvert le fossile, ce qui lui a valu de donner son prénom au squelette. L’excavation a ensuite été menée par le paléontologue commercial Clayton Phipps. L’aventure du spécimen a également fait l’objet d’une couverture télévisuelle dans la série documentaire Dino Hunters
diffusée sur Discovery Channel en 2020.
Une étude confirme l'existence du Nanotyrannus
Exposé en 2023 à la foire Frieze Masters à Londres, le squelette était alors présenté sous le nom de Chomper
et étiqueté comme un jeune Tyrannosaurus rex, avec un prix affiché de 20 millions de dollars. Cette appellation a changé.
La controverse sur la nature du Nanotyrannus a pris fin grâce à une étude publiée dans la revue Nature en octobre 2025. Des chercheurs ont analysé les cernes de croissance microscopiques à l’intérieur des os conservés et ont constaté qu’il s’agissait d’adultes pleinement formés et non de juvéniles.
James Napoli a déclaré : « Nous savons désormais qu’ils ont coexisté. »
Cette recherche a recensé plus de 150 différences anatomiques entre les deux espèces, notamment des bras plus longs et des griffes plus grandes chez le Nanotyrannus. L’étude suggère même que le T. rex a pu occasionnellement se nourrir de Nanotyrannus.

Des experts dénoncent la vente de spécimens capitaux
La Society of Vertebrate Paleontology s’oppose fermement à ces transactions, estimant que les spécimens capitaux doivent résider dans des institutions publiques pour garantir leur accessibilité permanente aux chercheurs.
Comme l’a souligné Steve Brusatte : « Nous venons réellement de découvrir que le Nanotyrannus existe bel et bien, et voilà que l’un des plus beaux squelettes s’apprête à être vendu au plus offrant ; il est angoissant de penser qu’il puisse disparaître dans les coffres d’un collectionneur plutôt que d’être exposé dans un musée où il pourrait émerveiller et inspirer les enfants, les familles et le grand public. »
De nombreuses revues scientifiques exigent que les spécimens décrits dans les publications soient conservés dans des collections publiques pour permettre la vérification des résultats par les pairs. Cassandra Hatton, responsable des sciences et de l’histoire naturelle chez Sotheby’s, soutient que les acteurs privés jouent un rôle indispensable.

Cassandra Hatton a affirmé : « Nous avons absolument besoin de fouilleurs privés qui investissent leur propre argent. »
Le sort de Jodi demeure suspendu au choix de son acquéreur anonyme, laissant ouverte la question de savoir si ce spécimen unique de l’histoire des tyrannosaures restera accessible à la science ou disparaîtra dans une collection privée.
Pour aller plus loin