Le 21 mai 2026, Stephen Colbert a clos onze ans d’histoire télévisuelle avec un ultime épisode du Late Show qui mêlait humour absurde, hommages musicaux et une pointe de satire politique, sous le regard d’une foule en liesse devant l’Ed Sullivan Theater de New York.
Ce n’était pas qu’un adieu à une émission, mais la fin d’une époque pour la télévision américaine. Entre les blagues sur le pape Léon XIV refusant des hot-dogs, l’apparition surprise de Paul McCartney, et une performance musicale improvisée transformant le théâtre en boule à neige, Colbert a offert un spectacle aussi mémorable que son héritage controversé. Derrière les rires, une décision économique masquait peut-être une guerre plus profonde : celle que Donald Trump mène depuis des années contre les médias qu’il juge hostiles.
Un dernier épisode chargé de symboles (et de hot-dogs)
L’humour de Colbert a toujours été une arme à double tranchant : une satire mordante des politiques américains, mais aussi une capacité à désamorcer les tensions avec des sketches décalés. Dans son ultime monologue, il a joué avec les codes de son émission en imaginant que le pape Léon XIV (un anachronisme volontaire, le vrai pape étant François) était son dernier invité. Problème : le souverain pontife fictif a refusé de descendre de scène, prétextant que les collations proposées – des hot-dogs – n’étaient pas à la hauteur de son rang. Une référence transparente aux attentes des élites politiques, mais aussi une pique contre les standards hollywoodiens.

C’est alors que Paul McCartney, invité d’honneur, a pris le relais avec une élégance qui contrastait avec l’absurde du moment. Le musicien, venu avec une photo encadrée des Beatles pour l’Ed Sullivan Theater (lieu mythique de leur première apparition américaine en 1964), a discuté avec Colbert de créativité et de nostalgie. Leur échange, à la fois personnel et musical, a offert un contrepoint poignant à l’humour grinçant du début. Comme pour rappeler que derrière le Late Show, il y avait aussi une carrière artistique légendaire.
« Je pense que tu serais un dernier invité parfait. »
Le moment le plus surréaliste est venu quand Colbert a laissé McCartney couper symboliquement le courant du théâtre. Sous les applaudissements, les lumières se sont éteintes pour laisser place à une animation transformant l’Ed Sullivan Theater en boule à neige – clin d’œil à l’enfance de McCartney et métaphore de la fin d’une ère. Une touche de magie qui a scellé l’adieu.
La guerre froide entre Trump et les médias : un contexte explosif
Officiellement, CBS a justifié l’annulation du Late Show par des raisons économiques. Mais comme le souligne Le Soleil, cette décision coïncide avec une période de tensions extrêmes entre Donald Trump et les médias. Le président, qui n’a jamais caché son mépris pour le Late Show, a même intenté un procès contre CBS après une interview accordée à 60 Minutes. L’accord à l’amiable de 16 millions de dollars conclu en 2025 a été qualifié par Colbert lui-même de « gros pot-de-vin » – une formule qui résume l’ambivalence de sa relation avec la chaîne.
Les audiences du Late Show restaient solides (entre 2,4 et 2,8 millions de téléspectateurs par épisode), mais l’environnement médiatique s’est radicalisé. La décision de CBS arrive alors que la chaîne tente de se repositionner dans un paysage télévisuel dominé par les réseaux sociaux et les plateformes de streaming. Une fin programmée, donc, mais dont les véritables motivations restent floues.
Les invités surprise : quand le spectacle dépasse la fiction
Si l’épisode a marqué les esprits, c’est aussi grâce à ses invités improvisés. Bryan Cranston, Paul Rudd et Tim Meadows sont apparus en coulisses pour protester (avec humour) contre leur exclusion du dernier segment. Leur présence, aussi spontanée que leur colère feinte, a rappelé l’esprit de camaraderie qui régnait dans l’équipe du Late Show. À l’inverse, Tig Notaro et Ryan Reynolds ont apporté leur touche d’absurde dans le segment « Meanwhile », prouvant que même à la fin, l’émission restait un terrain de jeu pour les stars.

Le clou du spectacle musical est venu avec la reprise de « Jump Up » par Elvis Costello, Jon Batiste, Louis Cato et les musiciens en résidence. Une performance énergique qui a culminé avec l’arrivée surprise de McCartney sur scène pour un « Hello, Goodbye » improvisé. Le public, en liesse, a envahi la scène aux côtés des membres de l’équipe – dont l’épouse de Colbert, Evie McGee Colbert – pour un final émouvant.
Que reste-t-il du Late Show après Colbert ?
La fermeture du Late Show pose une question cruciale : quel avenir pour la télévision de fin de soirée à l’ère des réseaux sociaux ? Avec des audiences stables mais un modèle économique fragilisé, CBS devra trouver un successeur à la hauteur. Le défi est de taille : Colbert avait su créer un équilibre unique entre satire politique, interviews légendaires et humour absurde – un mélange difficile à reproduire.
Pour les fans, cet ultime épisode restera un hommage à l’audace et à la créativité. Pour les observateurs, il symbolise peut-être la fin d’une époque où les talk-shows nocturnes étaient des lieux de débat et de rire partagé. Une chose est sûre : comme l’a dit Colbert lui-même, « nous avons eu besoin de votre énergie pour offrir le meilleur ». Et cette énergie, le public l’a apportée jusqu’au bout.
Reste à savoir si CBS osera renouveler l’expérience avec un autre animateur, ou si cette décision marque le début d’une ère plus prudente – et moins satirique – pour la télévision américaine.



