La police turque a arrêté des dizaines de personnes et perquisitionné des bars gays et des domiciles d’activistes dans le cadre d’une vaste campagne gouvernementale visant à protéger les valeurs familiales, provoquant une vive réprobation internationale et des manifestations de rue à Istanbul ce mardi.
Selon le ministre de la Justice Akın Gürlek, des procédures judiciaires ont été engagées contre 162 suspects, neuf associations et 13 entreprises répartis dans 15 provinces. Les actions coordonnées s’inscrivent dans une campagne officielle intitulée « Ma famille est en sécurité », déployée sous la coordination de plusieurs parquets généraux. Selon Amnesty International, les descentes policières menées depuis dimanche ont permis d’arrêter au moins 60 personnes lors de raids ciblant les bureaux et les domiciles de plusieurs militants LGBTQ+, ainsi que des lieux fréquentés par la communauté.
Raids ciblés à Istanbul et Ankara contre les associations et bars LGBTQ+
La vague d’interpellations a touché directement les structures associatives et les espaces de vie de la communauté. L’association a indiqué pour sa part qu’au moins 50 militants avaient été arrêtés, dont plus de 10 à leur domicile, et que son journal en ligne KaosGL.org avait été bloqué par les autorités.
À Istanbul, les forces de l’ordre ont mené des descentes dans des districts tels que Beyoğlu et Şişli, perquisitionnant des bars gays et des boîtes de nuit fréquentées par la communauté.
Manifestations de protestation devant le tribunal principal d’Istanbul
Mardi, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant le principal tribunal d’Istanbul pour exiger la libération des personnes interpellées pendant le week-end. brandissant des banderoles et scandant des slogans, les protestataires ont fait face à un important dispositif policier qui a procédé à plusieurs arrestations. Parmi les banderoles déployées figurait le message Être LGBTQ n’est pas un crime, tandis que la foule scandait Vive la lutte pour la liberté ! selon l’agence de presse AFP.

Ce que nous voyons actuellement est profondément troublant. Un manifestant, via l’agence AFP
Les procureurs justifient ces mesures en affirmant détenir des preuves selon lesquelles des mineurs et des enfants seraient inappropriéement influencés sur des questions liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Du côté du gouvernement, les descentes sont reliées à des enquêtes portant sur la prostitution, l’obscénité et la corruption de mineurs.
Une vision présidentielle axée sur la décennie de la famille et de la population
Le durcissement des mesures étatiques s’inscrit dans un agenda politique plus large promu par le président Recep Tayyip Erdoğan. Le ministre de la Justice Akin Gurlek a explicitement lié ces opérations à la vision gouvernementale « 2026-2035 – Décennie de la famille et de la population » ainsi qu’à une circulaire présidentielle visant à contrer la baisse des taux de natalité et le vieillissement démographique. Le chef de l’État turc a par le passé qualifié à plusieurs reprises les personnes LGBTQ de pervers tenus pour responsables de la chute de la natalité.

Bien que les relations homosexuelles ne constituent pas un délit au regard de la loi turque, la marge de manœuvre de la communauté ne cesse de se réduire. La célèbre marche des fiertés d’Istanbul est interdite de manière ininterrompue depuis 2015, et les organisations de défense des droits humains dénoncent une dérive autoritaire croissante.
Indignation des instances européennes et des ONG locales
La campagne de répression a immédiatement suscité de vives condominations de la part des institutions internationales et des associations de défense des droits de la personne. La Commission européenne a fait part de son inquiétude par la voix de son porte-parole Christian Wigand, qui a exprimé la préoccupation de l’exécutif européen face aux arrestations et procédures judiciaires récentes visant des militants, des associations et des entreprises.
Nacho Sánchez Amor, le rapporteur du Parlement européen pour la Turquie, a qualifié les interpellations d’escalade choquante de la répression et a exhorté les autorités à cesser d’instrumentaliser les valeurs familiales pour persécuter une minorité, qualifiant cette imposition d’un agenda moral de violation flagrante des droits fondamentaux et des engagements internationaux de la Turquie menant le pays sur une voie sombre dans une publication sur X relayée par Firstpost. Du côté de Strasbourg, le commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, s’est également déclaré préoccupé par cette série de descentes ciblant la société civile.

En Turquie, l’Association des droits de l’homme a qualifié les opérations policières de manipulation politique visant à imposer un modèle familial unique, en déclarant sur X que le vrai nom de cette opération n’est pas Ma famille est en sécurité ; c’est la discrimination menée par l’État, la politique de la peur et le démantèlement de la société civile selon les citations rapportées par Firstpost, tandis qu’Amnesty Türkiye a rappelé que la défense des droits humains et des libertés des minorités sexuelles ne constituait en aucun cas un crime, exigeant la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues.
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