Minneapolis sous tension : les observateurs de l’immigration visés par des opérations inquiétantes
Minneapolis, Minnesota – La peur règne dans les communautés immigrées du Minnesota, alors que des observateurs indépendants signalent une intensification des opérations d’expulsion menées par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et la Border Patrol, malgré les promesses de désescalade du nouveau chef de l’opération “Metro Surge”, Tom Homan. Des incidents troublants, dont des disparitions mystérieuses, alimentent les inquiétudes quant à une répression accrue et à des atteintes aux libertés civiles.
L’opération “Metro Surge”, décrite par le Département de la Sécurité intérieure comme la plus vaste opération d’application de la loi en matière d’immigration de l’histoire des États-Unis, cible la population sans papiers du Minnesota. Des groupes de soutien locaux, se faisant appeler “commuters”, se sont organisés pour surveiller les activités fédérales et alerter les communautés concernées.
Le 9 février, une observatrice a disparu après avoir alerté ses collègues, via un canal de communication crypté, qu’elle était encerclée par des agents fédéraux alors qu’elle suivait le véhicule où un ami avait été embarqué. “Aidez-moi, s’il vous plaît”, a-t-elle imploré, sa voix montant en cris, avant que la communication ne soit coupée. Son SUV a été retrouvé abandonné, moteur tournant, dans les rues enneigées de Minneapolis. Cet incident, qualifié d'”enlèvement” par les observateurs, est l’un des quatre signalés ce jour-là, dont trois en moins de 30 minutes.
“Elle avait tellement peur. La terreur dans sa voix était vraiment horrible”, témoigne Kaegan Recher, un autre observateur présent sur les lieux, dans une déclaration à The Intercept.
L’arrivée de Tom Homan à la tête de “Metro Surge” avait initialement suscité l’espoir d’un changement de tactique. Homan avait annoncé un “retrait” de 700 agents fédéraux, après une période marquée par des accusations de brutalité policière et d’arrestations illégales sous la direction de son prédécesseur, Gregory Bovino. Trois personnes, dont deux citoyens américains, Renee Good et Alex Pretti, avaient été tuées lors d’interventions policières au cours des trois semaines précédant le changement de commandement.
Cependant, les faits sur le terrain contredisent les promesses de désescalade. Le groupe Defrost MN, qui collecte des données sur les opérations d’ICE, a signalé une “augmentation des enlèvements” – incluant les arrestations de membres de la communauté immigrée et d’observateurs – depuis la prise de fonction de Homan. Malgré des ordres contraires, des agents continuent d’utiliser la force et des agents chimiques contre les observateurs, selon le groupe.
Les chiffres confirment cette tension. Le 9 février, 66 personnes ont été embarquées à bord d’un avion de déportation depuis l’aéroport international de Minneapolis-St. Paul, le nombre le plus élevé depuis près de deux semaines.
La situation a plongé les communautés immigrées dans un état de terreur. Des dizaines de milliers de familles comptent sur l’aide d’églises et d’organisations caritatives pour se nourrir et survivre. Les écoles ont rétabli des cours en ligne pour les élèves trop effrayés pour se rendre en classe, et des volontaires patrouillent les abords des établissements scolaires pour dissuader les agents fédéraux de cibler les parents lors des déposes et des récupérations d’enfants.
Les conséquences économiques sont également désastreuses. Les prestataires de soins de santé locaux estiment une baisse de 25 % des visites aux urgences et aux cliniques, tandis que les entreprises locales perdent plus de 20 millions de dollars par semaine. Les entreprises appartenant à des immigrés sont particulièrement touchées, avec des pertes de revenus allant de 80 à 100 % et de nombreuses fermetures.
Tom Homan a déclaré que le succès de l’opération dépend de l’acceptation par le public de la mission d’ICE, qui consiste à réaliser les “déportations massives” promises par le président Trump. Il a également affirmé que 158 personnes avaient été arrêtées pour entrave à l’action des forces de l’ordre au cours du dernier mois, dont 85 cas ont été acceptés pour poursuites.
Les arrestations sont souvent suivies d’une détention de plusieurs heures au Bishop Henry Whipple Federal Building, un bâtiment situé sur le site de l’ancien Fort Snelling, un camp de concentration utilisé pendant la guerre américano-dakota de 1862. Les observateurs s’inquiètent de la collecte d’informations sur les citoyens américains par les autorités fédérales, notamment à travers la création de bases de données sur les critiques du gouvernement.
Récemment, des agents d’ICE ont annoncé qu’ils donneraient “un seul avertissement” aux observateurs avant de les arrêter. Recher a reçu cette information peu avant la disparition de sa collègue.
“J’entends de moins en moins parler d’enlèvements réussis, ce qui est une bonne chose”, a-t-il déclaré. “Mais j’entends de plus en plus parler d’enlèvements d’observateurs.”
La situation au Minnesota met en lumière les tensions croissantes entre les autorités fédérales et les communautés locales, ainsi que les préoccupations concernant le respect des droits civils dans le cadre des opérations d’immigration. L’avenir de ces communautés, et la protection des observateurs qui tentent de les soutenir, restent incertains.
