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USA : Poursuite pour meurtre après des frappes maritimes controversées

Les familles de victimes de frappes américaines en mer des Caraïbes poursuivent le gouvernement pour « homicides délibérés »

Port-d’Espagne, Trinité-et-Tobago – Les familles de Chad Joseph, 26 ans, et Rishi Samaroo, 41 ans, deux citoyens trinidadien tués lors d’une frappe américaine en mer le 14 octobre 2025, ont intenté une action en justice contre le gouvernement des États-Unis pour « homicide involontaire » et « exécution extrajudiciaire ». La plainte, déposée mardi, dénonce une campagne d’attaques « sans précédent et manifestement illégale » menée par les forces américaines en mer des Caraïbes et dans l’océan Pacifique.

L’American Civil Liberties Union (ACLU), le Center for Constitutional Rights, l’ACLU du Massachusetts et le professeur de droit Jonathan Hafetz de Seton Hall Law School représentent les familles dans cette affaire. Ils estiment que les frappes, autorisées par l’ancien président Donald Trump, constituent une violation flagrante du droit international.

« Ces deux hommes ont été assassinés sans aucune forme de procédure régulière », a déclaré Steven Watt, avocat principal du programme des droits de l’homme de l’ACLU, à l’Intercept. « Il s’agissait d’un meurtre. »

Selon la plainte, l’action en justice sera portée devant un tribunal fédéral américain en matière maritime, en vertu de la loi sur la mort en haute mer (Death on the High Seas Act). Les plaignants invoquent également des violations du droit des nations, notamment des exécutions extrajudiciaires, en vertu de l’Alien Tort Statute. La loi Suits in Admiralty Act, quant à elle, lève l’immunité souveraine des États-Unis, permettant ainsi aux familles de poursuivre le gouvernement.

Un bilan de plus en plus lourd

L’incident du 14 octobre a coûté la vie à six civils, selon des informations rapportées par l’Intercept. Le jour même, Donald Trump avait annoncé sur son réseau social Truth Social avoir ordonné une « frappe cinétique létale » contre un navire « affilié à une organisation terroriste désignée ». Il avait qualifié les six hommes à bord de « narcoterroristes ».

Lenore Burnley, la mère de Chad Joseph, a exprimé son désespoir à l’Intercept peu après avoir appris la mort de son fils. « Je ne veux pas y croire. Pas mon enfant », a-t-elle déclaré. « Quelqu’un nous a appelés. Ils ont dit qu’il était sur le bateau. » Elle a refusé de s’adresser à Trump, confiant son chagrin à Dieu.

Rishi Samaroo, l’autre victime trinidadienne, était également de retour du Venezuela, où il travaillait à l’élevage et à la fabrication de fromage. Sa sœur, Sallycar Korasingh, a déclaré : « Rishi appelait notre famille presque tous les jours, puis un jour, il a disparu et nous n’avons plus jamais eu de ses nouvelles. Si le gouvernement américain pensait qu’il avait fait quelque chose de mal, il aurait dû l’arrêter, le charger et le détenir, pas le tuer. Ils doivent être tenus responsables. »

Des frappes contestées et une justification controversée

Depuis septembre, l’armée américaine a mené 36 frappes connues contre des bateaux en mer des Caraïbes et dans l’océan Pacifique, détruisant 37 embarcations et tuant au moins 126 civils. La plus récente attaque, survenue le 23 janvier dans le Pacifique, a fait deux morts et un disparu, dont la recherche a été abandonnée le 25 janvier, l’homme étant présumé décédé.

Des experts en droit de la guerre et des membres du Congrès, de tous bords politiques, dénoncent ces frappes comme des exécutions extrajudiciaires illégales. Ils soulignent que l’armée n’est pas autorisée à cibler délibérément des civils – même des suspects – qui ne représentent pas une menace imminente. Cette pratique marque une rupture significative avec les méthodes traditionnelles de lutte contre le trafic de drogue, qui privilégient l’arrestation des suspects.

L’administration américaine justifie ces frappes en invoquant un état de « conflit armé non international » avec des « organisations terroristes désignées ». Le ministère de la Justice a également produit un avis classifié qui, selon ses dires, fournit une base juridique à ces frappes. Cependant, la plainte déposée par les familles souligne que « quel que soit le contenu de ce mémorandum secret, il ne peut rendre illégales les exécutions manifestement illégales ».

Un manque de transparence et de responsabilité

L’Intercept a révélé que l’armée américaine avait tué deux survivants de la première frappe du 2 septembre dans une attaque de suivi. Ces hommes, agrippés aux débris de leur bateau, ont été visés 45 minutes après la première frappe, sur ordre de l’amiral Frank Bradley, alors chef du Commandement des opérations spéciales conjointes.

Le Commandement Sud des États-Unis a également été critiqué pour son incapacité à tenir un décompte précis des attaques et du nombre de personnes tuées. Il peine également à gérer les signalements de dommages collatéraux, ce qui a conduit le Pentagone à accepter directement les réclamations pour dommages et intérêts.

Le ministre des Affaires étrangères trinidadien, Sean Sobers, a déclaré après la frappe du 14 octobre que le gouvernement n’avait aucune information reliant Joseph ou Samaroo à des activités illégales.

Cette affaire soulève des questions fondamentales sur le respect du droit international, la responsabilité des États-Unis et la protection des civils dans les opérations militaires. La poursuite intentée par les familles pourrait ouvrir la voie à une enquête plus approfondie sur ces frappes controversées et à une éventuelle réparation pour les victimes et leurs proches.

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