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Américain incarcéré au Salvador : l’inaction de Biden et l’ombre de Trump

Un Américain emprisonné à El Salvador : l’ombre de Bukele et les déportations de Trump

Canton la Estancia, El Salvador – Walter Josué Huete Alvarado pensait ne pas avoir à craindre lorsque la police est arrivée à la fête. Citoyen américain, avec un simple contrôle routier pour conduite en état d’ivresse en Californie dans son passé, il était de retour dans son pays natal pour une visite. Pourtant, les tatouages sur ses mains ont suffi à le faire embarquer, accusé d’être membre du gang MS-13. Son passeport américain n’a pas été un obstacle.

L’histoire d’Alvarado, incarcéré à El Salvador depuis mai 2023, illustre une crise croissante : celle des citoyens américains et résidents détenus dans les prisons salvadoriennes, souvent sur la base de preuves ténues et dans un contexte de répression généralisée. Son cas, révélé par The Intercept, met en lumière les failles d’un système judiciaire submergé et les conséquences de politiques migratoires de plus en plus dures, tant sous l’administration Biden que sous celle de Trump.

L’ascension de Bukele et la criminalisation de masse

L’arrestation d’Alvarado coïncide avec l’ascension de Nayib Bukele, le président salvadorien qui a gagné en popularité en promettant de mettre fin à la violence des gangs. En 2022, après une recrudescence des meurtres, Bukele a décrété un “état d’exception”, suspendant les droits constitutionnels et donnant à la police des pouvoirs accrus. Cette mesure, renouvelée à 39 reprises, a conduit à l’arrestation de plus de 90 000 personnes, soit près de 2% de la population, dont un nombre significatif de mineurs.

Si les homicides ont diminué, les organisations de défense des droits humains dénoncent une criminalisation de masse, où jusqu’à la moitié des personnes détenues n’ont aucun lien avéré avec des gangs. Les prisons salvadoriennes, déjà surpeuplées, fonctionnent désormais à plus de 300% de leur capacité. Le centre de détention du terrorisme (CECOT), une prison ultramoderne, est devenu le symbole de cette répression, avec des images virales montrant des détenus entassés et humiliés.

Un silence diplomatique et des promesses non tenues

L’administration Biden était au courant de la détention d’Alvarado dès 2023, mais a choisi une approche diplomatique discrète, privilégiant le dialogue avec Bukele plutôt que la condamnation publique. L’espoir était de maintenir la coopération salvadorienne en matière d’immigration et de lutte contre le trafic de drogue, et de profiter de l’éventuel accord avec le Fonds Monétaire International pour obtenir plus de transparence.

Cette stratégie a laissé Alvarado à son sort. Malgré les preuves suggérant son innocence – un rapport de police reconnaissant l’ambiguïté de ses tatouages et l’absence de liens avec des gangs – il a été transféré de prison en prison, sans procès. Son histoire est d’autant plus troublante qu’elle se déroule alors que l’administration Biden se présentait comme un défenseur des droits humains à l’échelle mondiale.

Le spectre de Trump et les déportations massives

Ironie du sort, c’est désormais une seconde administration Trump, alignée sur la politique répressive de Bukele, qui pourrait détenir la clé de la libération d’Alvarado. Les déportations massives de ressortissants étrangers, y compris des citoyens américains, vers El Salvador, ont déjà commencé sous la première présidence Trump et pourraient s’intensifier.

Le cas d’Alvarado n’est pas isolé. Jorge Palacios, avocat de l’organisation Socorro Jurídico Humanitario, estime qu’un nombre inconnu de citoyens et résidents américains sont détenus dans les prisons salvadoriennes, souvent après avoir été accusés d’appartenance à des gangs sur la base de simples tatouages ou de soupçons infondés.

Un impact dévastateur sur les familles

L’incarcération d’Alvarado a eu un impact dévastateur sur sa famille, tant aux États-Unis qu’à El Salvador. Ses filles, en particulier, souffrent de son absence. Sa plus jeune, âgée de deux ans au moment de son arrestation, demande si son père est mort. Sa famille a été harcelée en ligne par des partisans de Bukele, accusés d’être des criminels.

Un modèle dangereux qui se propage

L’expérience d’El Salvador, avec son modèle de répression et de suspension des droits constitutionnels, inquiète les observateurs internationaux. Des pays voisins commencent à adopter des mesures similaires, ce qui pourrait conduire à une criminalisation de masse et à une violation des droits humains à l’échelle régionale.

Le cas de Walter Josué Huete Alvarado est un avertissement. Il souligne la nécessité d’une vigilance accrue, d’une protection des droits fondamentaux et d’une diplomatie plus assertive pour défendre les citoyens américains et les résidents vulnérables à l’étranger.

Ressources supplémentaires :

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