En avril 2026, le démontage d’un prototype LG Rollable non commercialisé a révélé la complexité technique extrême des écrans déroulables. Ce constat relance le débat : cette technologie représente-t-elle l’avenir de la mobilité ou n’est-elle qu’un cul-de-sac d’ingénierie face à la maturité des téléphones pliables ?
La mécanique complexe derrière l’illusion du mouvement
LG Rollable
L’intérêt pour les écrans déroulables a connu un regain soudain lorsque le vidéaste Zack Nelson, de la chaîne JerryRigEverything, a procédé au démontage complet d’un prototype LG Rollable. Cet appareil, probablement l’un des rares exemplaires fonctionnels au monde, a dévoilé une architecture interne d’une sophistication rare, bien loin de la simplicité apparente d’un smartphone classique.
Pour permettre à l’écran OLED flexible de s’étendre sans se plier, les ingénieurs ont dû intégrer un système de propulsion complexe. Le dispositif repose sur deux moteurs à engrenages qui déplacent l’affichage le long d’un rail à denture droite. Pour maintenir la planéité de la dalle lors de l’extension, trois bras mécaniques montés sur ressorts interviennent en soutien, tandis que des liaisons semblables à des fermetures éclair parcourent les bords de l’écran pour le verrouiller dans le châssis.
L’expérience utilisateur est même pensée de manière sensorielle : un carillon audio accompagne l’expansion, une fonction qui semble servir autant à l’immersion qu’à masquer le bruit surprenant des moteurs. Pour protéger les composants sensibles, des poils internes tapissent le logement afin de bloquer la poussière et les débris.
L’écran, capable de passer d’environ 5,5 pouces à près de 7,5 pouces — une taille proche de celle d’un iPad mini — s’adapte en temps réel grâce à un logiciel qui anime les fonds d’écran et redimensionne les vidéos. Pourtant, cette prouesse technique a un coût en termes de complexité.
« surdimensionné »
Zack Nelson, via memeburn.com
Un inventaire de prototypes sans lendemain commercial
Samsung's Rollable Phone – Hands On Video
Malgré ces démonstrations impressionnantes, le marché des téléphones déroulables reste inexistant. Depuis plusieurs années, les géants de la technologie multiplient les concepts présentés lors de salons professionnels, mais aucun n’a encore franchi l’étape de la vente en magasin.
Samsung a présenté son concept « Mobile Slidable » lors du MWC 2026, capable de passer verticalement de 5,1 à 6,7 pouces.
Le Motorola Rizr propose un déploiement de l’écran autour du bord inférieur de l’appareil.
Le Tecno Phantom Ultimate offre une extension horizontale de 6,5 à 7,1 pouces.
Oppo a été l’un des pionniers avec son concept X présenté fin 2020.
LG avait teasé un modèle lors du CES 2021, passant de 6,8 à 7,4 pouces, avant de quitter définitivement le marché des smartphones.
Cette absence de commercialisation soulève une question fondamentale : la technologie est-elle prête, ou les fabricants attendent-ils une rupture technologique qui permettrait de réduire la complexité matérielle ?
Le défi posé par la maturité des écrans pliables
cluster (priority): Android Police
Alors que les téléphones déroulables stagnent dans les laboratoires, les appareils pliables, eux, ont déjà conquis une part du marché. Des séries comme le Samsung Flip ou le Google Pixel Fold sont désormais des produits matures, portés par une demande pour des formats compacts et polyvalents.
Les utilisateurs de ces technologies apprécient notamment la compacité des modèles qui se replient, facilitant leur transport dans des poches étroites. La possibilité de contrôler la musique ou de répondre rapidement via un demi-écran est également un atout ergonomique majeur. Cependant, les préoccupations des utilisateurs de téléphones pliables ne sont pas négligeables.
Les critiques se cristallisent principalement autour de trois axes :
La fragilité de la charnière, qui reste une source d’inquiétude constante pour la durabilité.
L’autonomie de la batterie, souvent impactée par la gestion de l’écran supplémentaire et l’espace restreint pour le stockage énergétique.
La vitesse de charge, qui tend à être moins rapide que sur les modèles traditionnels.
Si les problèmes de pixels morts ou d’écrans défaillants restent statistiquement rares, ils provoquent une frustration intense chez les propriétaires, compte tenu du prix élevé de ces appareils et du coût des garanties de protection.
En fin de compte, le choix entre le déroulable et le pliable est un arbitrage entre la promesse d’un écran sans pli et la réalité d’une technologie déjà éprouvée, mais encore perfectible. Le succès des téléphones déroulables dépendra de leur capacité à offrir une fiabilité supérieure à celle des charnières actuelles, sans pour autant devenir des usines à gaz mécaniques.