Le rover Perseverance de la NASA a mesuré pendant plus de quatre ans la poussière martienne accumulée sur des échantillons de matériaux de combinaisons spatiales. Les résultats ont été publiés le 27 octobre 2026 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Ils confirment pour la première fois sur place la présence de particules ultrafines capables d’atteindre les poumons et le cerveau des futurs astronautes.
Des dimensions microscopiques et des seuils médicaux critiques
Jusqu’à présent, les instruments sur place distinguaient des poussières d’environ 3 micromètres. L’instrument PIXL du rover a détecté des fractions bien plus petites. Il confirme que le sol martien abrite à la fois des particules fines de moins de 2,5 micromètres et des particules ultrafines d’environ 100 nanomètres.
Scott VanBommel, chercheur à l’Université Washington à Saint-Louis et auteur principal de l’étude, a souligné que les plus petits débris restent obstinément fixés, contrairement aux plus gros agrégats qui se détachent au fil du temps.
Sur Terre, les matières particulaires inférieures à 2,5 micromètres pénètrent profondément dans les alvéoles pulmonaires et passent dans le sang. Les particules de 100 nanomètres ou moins peuvent emprunter le nerf olfactif depuis la cavité nasale pour remonter directement vers le cerveau. Pour encadrer ce risque sanitaire, la NASA a mis en place un groupe de travail spécialisé en février 2026. Ce comité a recommandé une limite d’exposition fixée à 0,1 mg/m³ sur une période de 24 heures pour les missions de courte durée.
Cette initiative fait suite aux observations menées pendant plus de 1 645 sols par l’équipe scientifique. Selon Katie Stack Morgan, scientifique de projet pour Perseverance, ces efforts englobent des démonstrations technologiques variées. Elle travaille au Jet Propulsion Laboratory de la NASA en Californie du Sud. Les travaux de MOXIE et d’Ingenuity font partie de ces recherches, tout comme les échantillons de combinaisons spatiales. Les effets sur la santé humaine dépendront directement de la quantité inhalée par les membres d’équipage ainsi que de la durée globale de leur exposition au milieu extérieur.
Le piège électrostatique des tissus de combinaisons
L’analyse des cinq échantillons de tissus embarqués par Perseverance révèle que le choix des matériaux n’est pas neutre. Des charges statiques sont générées par les frottements atmosphériques. Les échantillons de Téflon et de Vectran ont ainsi retenu en moyenne des particules d’environ 2 micromètres. D’autres surfaces présentaient des particules allant de 0,1 à 0,3 micromètre. Cette sélectivité physique implique que la composition extérieure des tenues d’exploration détermine directement la fraction polluante que l’équipage ramène à l’intérieur des habitats pressurisés.
Sur le plan chimique, la poussière martienne se distingue de la poussière lunaire rencontrée lors du programme Apollo. Si la roche lunaire reste très abrasive en raison de son absence d’érosion, les grains de Mars ont été arrondis par les tempêtes et les vents. Shaunna Morrison, minéralogiste martienne à l’Université Rutgers ayant participé au groupe de travail, qualifie cette poussière de défi exceptionnel en raison de sa finesse extrême et de sa propension à adhérer par électricité statique aux surfaces.
Les parades technologiques en phase de test
L’agence spatiale développe de nouvelles architectures pour contrer l’infiltration de ces contaminants dans les futurs quartiers d’habitation. Elle conçoit des sas à double chambre et des suitports permettant d’enfiler la combinaison depuis l’extérieur. Les ingénieurs explorent également des méthodes de nettoyage actives. En mars 2025, un bouclier électrodynamique utilisant des champs électriques pour repousser les poussières a été testé sur la Lune à bord de l’alunisseur Blue Ghost de Firefly Aerospace.
La poussière représente un défi pour l’exploration de surface depuis le programme Apollo. Perseverance fournit à nos ingénieurs et à nos médecins de vol des mesures qu’ils peuvent utiliser pour améliorer nos conceptions actuelles bien avant que les premiers astronautes n’arrivent sur Mars.
Lindsay Hays, directrice par intérim de la Division des sciences planétaires de la NASA
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