OpenAI évalue actuellement la location d’un centre de données dans l’Ohio, un projet soutenu par Nvidia, selon des informations rapportées par The Information. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie d’expansion massive de l’infrastructure de l’entreprise, valorisée à 500 milliards de dollars lors d’une levée de fonds de 6,6 milliards de dollars en octobre 2025. Ce mouvement stratégique souligne la dépendance critique des entreprises d’intelligence artificielle envers les infrastructures physiques, un secteur où la disponibilité de l’énergie et la proximité des réseaux de fibre optique deviennent des avantages concurrentiels majeurs.
Expansion stratégique et besoins en infrastructure
L’intérêt d’OpenAI pour des capacités accrues dans l’Ohio témoigne de la pression exercée par le développement intensif de ses modèles d’intelligence artificielle. La société, qui a popularisé l’IA générative avec le lancement de ChatGPT en novembre 2022, dépend fortement de ressources de calcul colossales. Selon les données publiques, Microsoft a déjà investi plus de 13 milliards de dollars dans l’organisation, fournissant notamment les ressources de cloud computing via Azure. Ces investissements sont essentiels pour maintenir l’entraînement des modèles de la série GPT, qui exigent des milliers de processeurs graphiques (GPU) fonctionnant en tandem.


Le choix de l’Ohio, une plaque tournante émergente pour les infrastructures numériques américaines, permettrait à OpenAI de renforcer ses capacités de traitement. Bien que l’entreprise soit basée à San Francisco, ses besoins techniques dépassent largement le cadre de ses installations initiales. La collaboration avec Nvidia, leader mondial des puces pour l’IA, est un élément déterminant de cette stratégie, garantissant l’accès au matériel nécessaire pour entraîner des modèles toujours plus complexes. Dans le secteur technologique, le recours à des centres de données dédiés, ou « colocation », permet aux entreprises de contourner les contraintes de latence tout en négociant directement des tarifs préférentiels avec les fournisseurs d’énergie, une pratique devenue courante parmi les géants de la « Big Tech » pour sécuriser la puissance requise par les clusters de serveurs.
Une structure financière en pleine mutation
La volonté d’OpenAI de sécuriser ses propres centres de données intervient dans un contexte de restructuration profonde. En 2025, l’entreprise a converti sa filiale à but lucratif en une société de type « Public Benefit Corporation » (PBC), dont 26 % sont détenus par l’organisation à but non lucratif d’origine. Cette évolution structurelle, entamée en 2019 par la création d’une filiale pour attirer les capitaux, vise à stabiliser le financement de ses activités de recherche. En passant au statut de PBC, OpenAI cherche à concilier ses obligations fiduciaires envers ses investisseurs avec sa mission sociale initiale, une structure juridique qui devient une norme pour les entreprises technologiques cherchant à lever des fonds importants tout en maintenant une mission éthique affichée.
Malgré des promesses de capital initiales importantes lors de sa fondation en 2015 — notamment de la part d’Elon Musk, Sam Altman et Reid Hoffman — les fonds réellement collectés ont longtemps été inférieurs aux attentes, avec seulement 133,2 millions de dollars reçus d’ici 2021 selon les déclarations fiscales. La récente valorisation à 500 milliards de dollars marque un changement d’échelle radical pour l’organisation. Ce saut financier reflète l’optimisme des marchés financiers concernant la monétisation future de l’IA, malgré les coûts opérationnels élevés liés à l’infrastructure matérielle et à l’acquisition de talents spécialisés.
Défis opérationnels et gouvernance
Le développement rapide de l’entreprise ne s’est pas fait sans heurts. En 2024, environ la moitié des chercheurs spécialisés dans la sécurité de l’IA ont quitté OpenAI, invoquant une dépriorisation des objectifs de sécurité au sein de l’organisation. Ce mouvement de départ souligne une tension persistante entre la course à la puissance de calcul et la mission initiale de l’entreprise, définie par ses fondateurs en 2015 comme la garantie que l’intelligence artificielle générale (AGI) profite à l’humanité. La perte de ces experts pose des questions sur la capacité de l’entreprise à anticiper les risques liés au déploiement de systèmes de plus en plus autonomes.

La gouvernance a également été mise à l’épreuve. En novembre 2023, le conseil d’administration avait évincé le PDG Sam Altman, invoquant un manque de confiance, avant de le réintégrer cinq jours plus tard après une reconfiguration du conseil. Cet épisode, qui a suscité une vive attention médiatique et l’inquiétude des investisseurs, a mis en lumière la fragilité d’une structure de gouvernance complexe où le contrôle est partagé entre des entités à but non lucratif et des intérêts commerciaux. Parallèlement, l’entreprise fait face à des procédures judiciaires entamées en 2023 et 2024 pour violation présumée du droit d’auteur, des entreprises médiatiques et des auteurs contestant l’utilisation de leurs œuvres pour l’entraînement des modèles GPT. Ces litiges pourraient établir des précédents juridiques majeurs sur la manière dont les données protégées par le droit d’auteur sont utilisées pour le « training » des modèles d’IA, un sujet au cœur des débats sur la propriété intellectuelle à l’ère numérique.
L’issue des négociations concernant le centre de données dans l’Ohio reste incertaine, mais elle confirme la volonté d’OpenAI de s’affranchir d’une dépendance totale vis-à-vis des infrastructures tierces, tout en consolidant son avance technologique sur le marché mondial de l’IA. Ce projet s’inscrit dans une tendance plus large où les entreprises d’IA cherchent à intégrer verticalement leur chaîne d’approvisionnement, allant de la conception des puces à la gestion physique des serveurs, afin de garantir une continuité de service indispensable à leur modèle économique.
