Un rapport de l'Organisation mondiale de la santé publié le 20 octobre 2026 détaille les disparités sociales et économiques face aux maladies non transmissibles à travers le monde. L’étude analyse l’impact de huit dimensions socio-économiques, révélant que le genre, les revenus et l’éducation influencent fortement l’exposition aux risques et l’accès aux soins.
L’emprise des facteurs socio-économiques sur les maladies non transmissibles
Les maladies non transmissibles, telles que les cancers, les affections cardiovasculaires, le diabète et les maladies respiratoires chroniques, représentent les trois quarts des décès dans le monde. Pourtant, elles ne frappent pas uniformément les populations. S’appuyant sur des données nationales collectées entre 2013 et 2022, un rapport inédit de l’Organisation mondiale de la santé examine comment l’âge, le genre, le revenu, l’éducation, le lieu de résidence, le handicap, l’emploi et le statut migratoire modèlent la trajectoire sanitaire de chaque individu, de l’exposition initiale jusqu’au traitement.
Intitulé « The State of inequality: noncommunicable diseases and their risk factors », ce document constitue selon l’agence sanitaire le premier effort mondial visant à mesurer de manière systématique les inégalités liées à ces pathologies, d’après les précisions rapportées sur le site officiel de l’organisation. Un document d’accompagnement intitulé « The hidden inequalities behind noncommunicable diseases: from evidence to action » détaille par ailleurs les méthodes permettant de transformer ces données en actions concrètes.
Nous savons que les inégalités sont ancrées dans tous les aspects de la santé, mais il s’agit du premier effort visant à les mesurer systématiquement à l’échelle mondiale pour les MNT
, a déclaré le Dr Ahmad Reza Hosseinpoor, responsable de l’équipe de suivi des inégalités en santé à l’OMS, dans un communiqué relayé par Le Nouvelliste. L’expert a également souligné, selon l’agence onusienne, que ces analyses mettent en relief les populations délaissées ainsi que les cas où l’absence de données freine la compréhension globale.
Disparités de genre dans les habitudes de vie et le diagnostic
Les profils de risque sanitaire diffèrent nettement selon les sexes. Le tabagisme et l’alcoolisme touchent une proportion beaucoup plus importante d’hommes que de femmes. Le tabagisme concerne ainsi 32,5 % des hommes, contre 6,6 % des femmes, tandis que la consommation d’alcool s’établit à 52,2 % chez les hommes contre 35,4 % chez ces dernières.
À l’inverse, les femmes affichent des taux supérieurs en matière d’obésité et de mauvaise alimentation, cette dernière affectant 18,4 % d’entre elles, contre 13,8 % des hommes. La sédentarité touche également davantage les femmes, avec un taux de 33,8 % contre 28,7 % pour les hommes.
Concernant l’hypertension, l’écart s’inverse légèrement avec une prérogative masculine de 34,5 % contre 31,7 % chez les femmes. L’OMS note toutefois que des taux de diagnostic et de traitement plus élevés chez les femmes peuvent expliquer cette variation statistique.
L’obstacle des revenus et de l’éducation face au dépistage
Le niveau d’instruction et la situation financière redéfinissent l’accès à la prévention. Dans les pays à faible et moyen revenu observés par l’agence sanitaire, les populations les moins instruites enregistrent des taux d’hypertension et de diabète plus élevés. Le dépistage du cancer du col de l’utérus demeure très limité chez les femmes les plus pauvres et les moins éduquées.
L’exposition aux risques environnementaux subit la même fracture économique. La quasi-totalité des personnes les plus pauvres, soit 99,9 %, subissent une exposition directe à la pollution liée à l’utilisation de combustibles pour cuisiner, contre seulement 21,4 % des plus riches. De plus, les hommes les plus défavorisés fument davantage, avec un taux de 25,5 %, que les hommes les plus favorisés qui affichent 12,9 %. Concernant l’alcool, la tendance s’inverse curieusement dans les pays étudiés, la consommation s’avérant plus importante chez les personnes aisées (26,3 %) que parmi les foyers les plus pauvres (19,2 %), d’après l’agence onusienne.
L’impact de la géographie et les appels à l’action de l’OMS
Le lieu de vie accentue ces fractures. Les ménages ruraux subissent une exposition accrue à la pollution de l’air intérieur et disposent d’un accès nettement plus restreint au diagnostic de l’hypertension ainsi qu’au dépistage du cancer du col de l’utérus. Les citadins présentent en revanche des taux plus élevés de consommation d’alcool, d’obésité et d’inactivité physique.
Face à ce constat, l’organisation onusienne exhorte les gouvernements à renforcer la fiscalité sur le tabac, l’alcool et les boissons sucrées, jugée particulièrement efficace auprès des foyers à bas revenus. L’institution recommande également d’intégrer des indicateurs d’équité dans les politiques de santé publique nationales.
Les données sur les inégalités ne servent pas seulement à documenter des différences (…) Elles aident les pays à mieux adapter leurs politiques et leurs programmes, à identifier les lacunes en matière de couverture et à suivre si les progrès profitent à tous les groupes de population
, a souligné le Dr Alain Labrique, directeur du Département Données, santé numérique, analyses et IA de l’OMS.
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