Afrique : Les Experts Préconisent une Refonte des Systèmes de Santé face aux MNT

Les pays africains font face à un double défi sanitaire majeur, marqué par la persistance des maladies infectieuses et la hausse rapide des maladies non transmissibles (MNT) telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète et le cancer, selon une analyse sectorielle. Alors que la région a longtemps concentré ses efforts sur le VIH/sida, la tuberculose, le paludisme et Ebola, les changements démographiques, l’urbanisation rapide ainsi que l’évolution des régimes alimentaires et de l’activité physique accélèrent cette transition épidémiologique.

Les systèmes de santé africains confrontés à une double charge épidémiologique

Les données de l’Organisation mondiale de la santé confirment cette tendance : dans la région africaine, les MNT sont devenues la principale cause de mortalité, représentant 37 % des décès en 2019, contre 24 % en 2000. Face à cette réalité, les experts estiment que la question n’est plus de savoir si les systèmes de santé doivent se transformer, mais avec quelle rapidité ils peuvent devenir plus préventifs, connectés et résilients.

Impact croissant des maladies chroniques et des troubles associés

La charge des maladies non transmissibles en Afrique englobe plusieurs pathologies majeures aux conséquences sanitaires et économiques lourdes. Les maladies cardiovasculaires constituent la cause la plus fréquente de décès liés aux MNT sur le continent, représentant environ 13 % de l’ensemble des décès et 37 % de ceux causés par les MNT.

Concernant le diabète, le nombre de personnes atteintes s’élevait à 24 millions en 2021, et les prévisions estiment une augmentation de 129 % pour atteindre 55 millions d’ici 2045. Pour le diabète de type 2 spécifiquement en Afrique subsaharienne, le nombre de cas est projeté en hausse de près de 150 %, passant de 19 millions en 2019 à 47 millions d’ici 2045, d’après un rapport publié par le Boston Consulting Group.

Noncommunicable diseases
Photo: afro.who.int

Le cancer représente également un défi critique : en 2020, l’Afrique a enregistré environ 1,1 million de nouveaux cas et 700 000 décès. Bien que le continent ne représente que 5,7 % de l’incidence mondiale du cancer, il concentre une part plus élevée des décès, soit plus de 7 %, et les taux de mortalité par cancer sur le continent devraient dépasser la moyenne mondiale de 30 % au cours des vingt prochaines années. Les cancers les plus fréquents chez les adultes incluent le cancer du sein (16,5 %) et celui du col de l’utérus (13,1 %).

À cela s’ajoute la charge de la santé mentale et des troubles neurologiques, qui pèsent lourdement sur les populations :

  • Les troubles mentaux, neurologiques et liés à l’utilisation de substances représentent plus de 6 % du total des années de vie ajustées sur l’incapacité, touchant plus de 116 millions d’individus (afro.who.int).
  • La drépanocytose demeure une préoccupation majeure de santé publique, avec 75 % des 300 000 à 400 000 nouveau-nés atteints chaque année dans le monde qui naissent en Afrique.

    Les affections sensorielles et bucco-dentaires touchent une large part de la population, sachant que 44 % des habitants de la région souffrent de maladies bucco-dentaires, 111 millions de personnes en Afrique subsaharienne présentent une forme de déficience visuelle et 40 millions souffrent d’une perte auditive invalidante.

Pistes de réformes et intégration des systèmes alimentaires

Pour contrer cette dynamique, les spécialistes préconisent une refonte structurelle articulée autour de plusieurs axes prioritaires :

Food
Photo: farmersreviewafrica.com
  • Intégrer la prévention, le dépistage et le suivi des MNT dans les soins de santé primaire et les services communautaires.
  • Mettre en place des modèles de financement durables pour protéger les soins essentiels et réduire la part des dépenses assumées directement par les familles.
  • Accélérer la coopération réglementaire, notamment à travers l’Agence africaine des médicaments, pour garantir l’accès à des technologies et des médicaments de qualité tout en luttant contre les produits falsifiés.
  • Exploiter les outils numériques et les données interopérables pour identifier les lacunes et assurer la continuité des soins.

    Building Resilient Healthcare Systems For Africa’s Rising Burden Of NCDs
    Photo: Africa

Parallèlement, le rapport du Boston Consulting Group souligne la nécessité d’intégrer les systèmes alimentaires et de santé en agissant sur les causes profondes des maladies liées à l’alimentation. Les programmes d’alimentation scolaire, qui touchent plus de 85 millions d’enfants à travers le continent (soit environ un tiers des élèves inscrits) et sont financés à plus de 80 % par les gouvernements nationaux, constituent une plateforme institutionnelle stratégique pour améliorer la nutrition infantile, soutenir l’économie agricole locale et réduire les dépenses de santé à long terme.

Sur le même sujet

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.