Les hommes meurent plus jeunes que les femmes dans la majeure partie du monde, un écart de santé qui ne s’explique pas uniquement par la biologie. Une nouvelle série de trois études publiées dans The Lancet souligne que les environnements de vie, les conditions de travail et les inégalités structurelles dictent largement ces disparités de mortalité et de morbidité.
Un écart de santé persistant
Aux États-Unis, le rapport du National Center for Health Statistics montre que l’espérance de vie des hommes a augmenté de 0,7 an de 2023 à 2024, plus vite que celle des femmes, réduisant ainsi l’écart entre les sexes de 5,3 ans à 4,9 ans.
Les causes de ces décès précoces sont multiples. Chez les hommes de moins de 50 ans, le suicide demeure l’une des causes de décès principales.

L’influence des déterminants commerciaux
Les auteurs de la série, parmi lesquels des chercheurs de la Liverpool School of Tropical Medicine (LSTM) comme la professeure Sally Theobald et le Dr Webster Mavhu, pointent du doigt le rôle des industries commerciales. Le tabac, l’alcool et les paris sportifs exploitent des vulnérabilités spécifiques. Par exemple, les taux élevés de tabagisme chez les hommes ont généré 55 milliards de dollars de bénéfices avant impôts pour six grandes entreprises de tabac en une seule année, alors que le tabac est responsable de plus de 20 % des décès masculins après 30 ans dans les régions à forte prévalence.
Par ailleurs, les hommes représentent 90 % des 11,5 millions de prisonniers dans le monde, une population souffrant de taux élevés de troubles mentaux et de maladies chroniques.
La nécessité d’une approche structurelle
Les travaux, co-auteurs par des experts des universités de Sheffield, Glasgow et Pennsylvanie, de l’Université Monash en Malaisie, du think tank Global 50/50, et du James P Grant School of Public Health au Bangladesh, remettent en question la vision traditionnelle qui isole la santé masculine des systèmes de pouvoir. La série constitue des analyses et des cadres politiques fondés sur des données existantes.

Les chercheurs insistent sur le fait que la santé des hommes est façonnée par des rôles sociaux et des inégalités structurelles. L’équipe souligne également les disparités au sein même des populations masculines : en Inde, les hommes issus des castes opprimées ont une espérance de vie de 60 ans, contre 66 ans pour ceux des castes supérieures. Au Royaume-Uni, les fonctionnaires de rang inférieur subissent un déclin de santé physique post-retraite équivalent à huit ans par rapport à leurs pairs de rang supérieur.
Pour les auteurs, l’enjeu est de transformer les politiques publiques en adoptant une approche intersectionnelle qui lie le genre au revenu, à la race et à l’éducation. La série appelle les agences internationales et les gouvernements à mieux documenter les besoins des hommes marginalisés et à favoriser une masculinité positive.
Les lecteurs souhaitant approfondir ces enjeux ou préoccupés par leur propre santé sont invités à consulter des professionnels de santé qualifiés pour discuter de dépistages recommandés ou de soutien en santé mentale. Comme le suggèrent les auteurs, la démarche de santé ne doit pas être perçue comme un jeu à somme nulle, mais comme un levier pour l’équité en santé globale.
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