Des chercheurs de la Batista Lab au Ragon Institute ont identifié une faille dans la conception des vaccins actuels contre le paludisme. En ciblant des régions négligées de la protéine PfCSP, comme la répétition mineure et la jonction, une nouvelle approche expérimentale sur des modèles murins parvient à bloquer significativement l’accès des parasites au foie.
Si l’Organisation mondiale de la santé recommande actuellement deux vaccins, le RTS,S et le R21, ces interventions affichent des limites en matière d’efficacité et de durée de protection. Une étude récente menée par des chercheurs de la Batista Lab, rattachée au Ragon Institute of Mass General Brigham, au MIT et à Harvard, jette un nouvel éclairage sur ces limites biologiques et propose une solution technique innovante.
La domination de la région majeure dans les vaccins actuels
Les parasites responsables du paludisme sont recouverts d’une protéine de surface appelée PfCSP. Les anticorps capables de se lier à cette protéine peuvent neutraliser l’infection avant qu’elle ne s’installe. Toutefois, la protéine PfCSP n’est pas homogène et comporte plusieurs régions distinctes. Les vaccins actuels, à l’instar du R21, exposent le système immunitaire à une seule et unique zone : la répétition majeure, une longue séquence d’acides aminés répétés.
Le système immunitaire réagit facilement à cette zone visible, mais délaisse deux autres régions tout aussi importantes, la répétition mineure et la jonction. Bien que plus difficiles d’accès, ces deux zones constituent les cibles des anticorps anti-paludiques les plus puissants découverts à ce jour. Lorsque les chercheurs ont administré la protéine complète ou le composant utilisé par le vaccin R21 à des souris dotées de gènes d’anticorps humains, la région majeure a totalement éclipsé le reste de la réponse immunitaire, rendant les cellules cibles des anticorps puissants inactives.
Une stratégie peptidique pour stimuler les anticorps puissants
Pour contourner cette concurrence immunologique, l’équipe scientifique a testé une méthode différente. Plutôt que d’employer la protéine entière, ils ont utilisé un court peptide conçu spécifiquement pour exposer la répétition mineure, sans l’interférence de la région majeure. En l’absence de compétition, les cellules immunitaires correspondantes se sont activées, ont proliféré et ont acquis les caractéristiques des anticorps protecteurs matures.

L’étape suivante a consisté à combiner la protéine de type R21 avec deux peptides courts distincts, ciblant respectivement la répétition mineure et la jonction. Cette approche combinée a permis d’engager simultanément les trois types cellulaires. D’après l’étude publiée dans le Journal of Experimental Medicine, cette formulation a été la seule à réduire de manière significative le nombre de parasites parvenant à atteindre le foie lors d’une exposition ultérieure.
Les défis de l’implémentation et les perspectives de recherche
L’analyse approfondie menée avec des collaborateurs des National Institutes of Health, de Johns Hopkins University et de Columbia University a également révélé qu’une liaison plus forte d’un anticorps ne garantit pas nécessairement une meilleure protection. La manière dont l’anticorps se lie s’avère plus déterminante que la force brute de fixation.

Plutôt que de remplacer les solutions existantes, cette découverte suggère la possibilité d’enrichir les vaccins actuels pour inciter le système immunitaire à reconnaître les parties du parasite qu’il ignore habituellement. Des essais cliniques sur l’homme devront toutefois être menés avant d’envisager une quelconque application thérapeutique, ouvrant une voie concrète pour perfectionner la prévention contre le paludisme.
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