« Je suis coupable, je regrette »

Il présente ses excuses. « Je suis coupable », poursuit le trentenaire. « En quatre ans de vie commune, je n’ai jamais levé la main sur ma femme », insiste-t-il. Sauf cette fois donc. Le prévenu ne s’arrête pas là. « Je regrette ce que j’ai fait, c’est indéfendable. Je m’excuse pour le misérable spectacle offert aux voisins. » Il parle pendant de longues minutes en introduction de son procès devant le tribunal correctionnel de Thionville. « Rien ne peut justifier qu’on lève la main sur une femme. » Il termine son monologue en plissant les yeux, la voix dans les aigus, mouchoir à la main.

Le président du tribunal en oublierait presque de rappeler les faits. Jeudi 16 juin, au Konacker, à Hayange, un voisin prévient la police. Un homme vient de frapper sa compagne au pied de l’immeuble, en pleine matinée.

Une dispute

La dispute a démarré un peu plus tôt dans l’appartement du couple. La victime est enceinte de quatre mois. Elle raconte qu’elle a essuyé une première gifle. Son conjoint a jeté un vase sur elle, balancé la table basse. Elle s’est réfugiée sur le balcon, il l’a rentrée de force. Elle a simulé un malaise pour qu’il ouvre la porte du logement. La jeune femme aurait ainsi pu s’échapper avant qu’il ne la rattrape. Des voisins ont tenté de s’interposer. L’agresseur les aurait violemment repoussés.

Il s’est laissé interpeller. Mais les policiers avaient appelé des renforts par sécurité. Ils ont découvert un appartement retourné avec des traces de coups donnés dans les murs. « C’était déjà comme ça avant qu’on vive dedans », se défend le prévenu. Tee-shirt blanc, bas de jogging noir, cheveux et barbe foncés, il minimise les violences dans l’appartement. « J’aime ma femme », sanglote-t-il. « Je suis gentil et respectueux. » Il en profite pour glisser qu’il a des problèmes de sommeil, des problèmes d’argent. « Je ne veux pas lui montrer, je veux qu’elle ne manque de rien », ajoute-t-il en montant encore la voix dans les aigus.

L’avocat applaudit

L’avocat de la victime est à deux doigts d’applaudir. Il salue « un excellent jeu d’acteur ». Il maintient que sa cliente est sous le choc. Elle présentait des ecchymoses au visage et au tibia. Six jours d’ITT lui ont été prescrits. Et ce n’est pas la première fois que la police intervient auprès du couple.

Le tribunal prononce cinq mois de prison ferme et dix mois de prison avec sursis à l’encontre du trentenaire, maintenu en détention à l’issue du procès. Le sursis est soumis à une interdiction de contact avec son ex pendant deux ans. Il lui sera aussi interdit de détenir une arme et de paraître à leur appartement à sa sortie de prison. « Ce n’est pas à votre épouse de quitter le domicile », explique le président.

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