La Food and Drug Administration (FDA) a accordé, le 22 mai 2026, une approbation accélérée au bulevirtide-gmod, commercialisé sous le nom Hepcludex, pour le traitement des adultes atteints d’une infection chronique par le virus de l’hépatite delta (VHD). Ce médicament devient la première thérapie approuvée aux États-Unis pour cette forme sévère d’hépatite virale. Cette autorisation s’appuie sur les dispositions de la procédure d’approbation accélérée de la FDA, qui permet d’approuver des médicaments pour des maladies graves lorsqu’il existe un besoin médical non satisfait, sur la base d’un critère de substitution susceptible de prédire un bénéfice clinique.
Une avancée thérapeutique pour une pathologie sévère
Le virus de l’hépatite delta (VHD) représente une menace clinique majeure, car il nécessite la présence du virus de l’hépatite B (VHB) pour pénétrer dans les hépatocytes et se répliquer. Cette co-infection aggrave considérablement le pronostic des patients. Selon les données publiées par Gilead Sciences, le VHD est associé à une progression rapide de la maladie hépatique, augmentant les risques de défaillance du foie et de décès par rapport à une infection par le VHB seul. Les complications cliniques incluent notamment la cirrhose décompensée et le carcinome hépatocellulaire, des issues souvent plus précoces chez ces patients co-infectés que chez ceux atteints d’une monoinfection par le VHB.

Aux États-Unis, les estimations suggèrent que le VHD affecte entre 2 % et 4 % des personnes vivant avec une hépatite B chronique, soit une population située entre 40 000 et 80 000 individus. Avant cette décision, les cliniciens ne disposaient que d’options hors étiquette, principalement l’interféron pégylé, souvent jugé insuffisant ou mal toléré par les patients en raison de son profil d’effets secondaires systémiques lourds. L’arrivée d’Hepcludex modifie la stratégie thérapeutique nationale pour cette population spécifique.
« L’approbation d’aujourd’hui comble une lacune critique dans les soins aux patients atteints d’une infection chronique par le VHD, qui, jusqu’à présent, n’avaient aucune thérapie approuvée par la FDA à leur disposition. » Wendy Carter, directrice par intérim du Bureau des maladies infectieuses au sein du Centre d’évaluation et de recherche sur les médicaments de la FDA, via Pharmacy Times.
Mécanisme d’action et résultats cliniques
Le bulevirtide est un peptide myristoylé conçu pour imiter une région de l’antigène de surface du VHB. En ciblant le récepteur NTCP (sodium taurocholate cotransporting polypeptide) utilisé par les virus pour pénétrer dans les cellules hépatiques, le traitement bloque l’entrée du VHD, réduisant ainsi la charge virale au sein du foie. Cette inhibition compétitive empêche le cycle de réplication virale, ce qui constitue une approche novatrice par rapport aux antiviraux directs ou aux immunomodulateurs utilisés dans d’autres formes d’hépatites.
L’efficacité du traitement a été validée par l’étude pivot de phase 3, nommée MYR301. Les résultats ont démontré une amélioration statistiquement significative de la réponse virologique et biochimique chez les patients traités par rapport au groupe témoin ayant reçu un traitement différé. À la 48e semaine, 48 % des participants du groupe traité avec 10 mg de bulevirtide ont atteint le critère principal, contre seulement 2 % dans le groupe témoin. Ce critère composite combinait une charge virale indétectable ou une baisse d’au moins 2 log10 UI/mL, couplée à une normalisation de l’alanine aminotransférase (ALT), un marqueur clé de l’inflammation hépatique.
Le Dr Ira Jacobson, du département de médecine de la NYU Grossman School of Medicine, souligne la complexité de la gestion de cette pathologie. « Le virus de l’hépatite delta est associé à une progression rapide de la maladie hépatique et à un risque élevé de complications hépatiques graves, voire potentiellement mortelles. » Dr. Ira Jacobson, MD, via Gilead Sciences.
Perspectives et conditions d’utilisation
L’approbation accélérée accordée par l’agence de réglementation américaine est conditionnée à la démonstration continue du bénéfice clinique dans le cadre d’essais de confirmation, conformément aux exigences réglementaires standards pour cette voie d’accès. Les données présentées au congrès de l’Association européenne pour l’étude du foie en 2025 ont toutefois renforcé la confiance dans la durabilité de la réponse, 90 % des patients ayant maintenu une charge virale indétectable deux ans après la fin du traitement lors des phases d’observation prolongées.

Les professionnels de santé sont appelés à surveiller les effets indésirables potentiels, notamment les réactions au site d’injection, les céphalées, la fatigue, les douleurs abdominales et les risques de réactions d’hypersensibilité. Gilead Sciences a également précisé que la surveillance régulière de la fonction hépatique est requise pour tous les patients sous traitement. Cette avancée, bien que limitée aux patients sans cirrhose ou avec une cirrhose compensée, marque un tournant pour la prise en charge des maladies hépatiques chroniques aux États-Unis. Le laboratoire prévoit une disponibilité immédiate dans les réseaux de pharmacies spécialisées, marquant l’aboutissement d’un processus de développement clinique rigoureux supervisé par les autorités sanitaires américaines.
Le traitement, administré par injection sous-cutanée quotidienne, nécessite une éducation thérapeutique des patients pour garantir l’observance, un facteur déterminant pour l’efficacité du blocage du récepteur NTCP. L’approbation d’Hepcludex par la FDA clôt un cycle d’examen réglementaire intensif, soulignant le rôle crucial des données de phase 3 dans la validation de nouvelles molécules contre des agents pathogènes rares mais hautement pathogènes.













