L’aimant supraconducteur de 330 tonnes du projet ITER a atteint une intensité de 34 kiloampères (kA) le 2 novembre dernier, lors d’une campagne d’essais menée dans le sud de la France. Ce seuil franchi correspond à la moitié du courant nominal que l’équipement devra supporter au sein du tokamak pour confiner le plasma.
Une prouesse cryogénique au service de la modélisation
La pièce, baptisée « bobine de champ toroïdal n° 17 », affiche une imposante forme en D. Pour atteindre son état supraconducteur, elle a été refroidie à 4 kelvins, soit environ -269 °C. Entamée en août au sein de l’installation dédiée aux essais cryogéniques du site, cette opération visait à mesurer la déformation physique de l’aimant sous l’effet des forces électromagnétiques. Cette structure expérimentale sert de banc d’essai grandeur nature : elle permet de valider les systèmes cryogéniques, le vide, les alimentations et les systèmes de contrôle avant toute installation définitive.
Les données collectées confirment les simulations théoriques des ingénieurs. « Atteindre 34 kA et confirmer que la bobine se comporte comme prévu par les modèles est une étape importante », a souligné Adrien Deydier, ingénieur mécanique en chef chez ITER. Au-delà de la performance brute, ces tests ont permis aux équipes de tester la résistance électrique des joints et de roder les mécanismes de détection de perte de supraconductivité, les « quench ».

Logistique et montée en charge
Le 30 octobre, la bobine n° 17 a quitté le banc d’essai pour être placée sur un châssis de transport. Elle attend désormais son intégration dans le module de secteur final de la chambre à plasma. L’installation ne restera pas inactive longtemps : après une première expérimentation sur la bobine n° 7 en mai 2026 à 10 kA, le site doit accueillir la bobine n° 19, une unité de secours, dont le refroidissement est programmé pour avril 2027.
Le défi des 68 kA
Le passage au courant nominal de 68 kA exigera des aménagements techniques supplémentaires. Le programme prévoit notamment des tests de marge thermique : les ingénieurs chaufferont délibérément certaines sections pour provoquer une perte de supraconductivité et éprouver l’efficacité des systèmes de protection. Ces mesures sont vitales, car tout défaut du système magnétique pourrait compromettre l’intégrité du réacteur.

À terme, le confinement magnétique d’ITER reposera sur une architecture complexe de 18 bobines toroïdales, six bobines poloïdales et un solénoïde central. Si la validation de la bobine n° 17 marque un succès, la capacité du système à maintenir sa stabilité opérationnelle sous une charge doublée reste la question centrale pour les prochaines phases d’essais.
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