L’industrie musicale australienne a banni fin août la musique entièrement générée par intelligence artificielle de ses classements officiels suite au succès d’une reprise de Madonna. Alors que l’Australie sévit pour protéger la création humaine, le secteur musical en Suisse prépare des mesures similaires.
La question n’est plus seulement théorique. Alors que les plateformes de streaming se remplissent de pistes générées en quelques secondes par des logiciels, les gestionnaires de classements mondiaux doivent tracer une limite stricte entre les outils de production modernes et les créations purement synthétiques. La décision prise en Australie par l’Australian Recording Industry Association marque un tournant pour les hit-parades internationaux.
L’onde de choc du faux titre de Madonna dans les classements
L’élément déclencheur de la mesure prise en Australie est directement lié à un succès fulgurant sur les ondes. Derrière ce succès se trouvait le DJ et producteur Josh Fawaz, dont la version comportait des éléments générés par des machines.
Bien que le producteur ait indiqué que seuls le chant et la batterie provenaient d’une intelligence artificielle, la controverse a poussé l’organisme officiel à agir sans délai. La règle entrée en vigueur le 31 août exclut de manière catégorique les œuvres créées entièrement ou principalement par des machines, tout en maintenant l’autorisation des logiciels utilisés comme de simples instruments de travail dans le processus de composition, d’après les précisions de la radiotélévision suisse SRF.
La riposte réglementaire qui se prépare en Suisse
En Suisse, la situation évolue également, bien qu’aucune interdiction formelle n’ait encore été prononcée pour l’instant. Des morceaux conçus à l’aide de l’intelligence artificielle font régulièrement leur apparition dans la hit-parade nationale. Parmi les exemples les plus marquants figurent le remix de Stromaes Papaoutai
qui a atteint la huitième place au mois de janvier, ainsi que les titres I Run
et Let Me Be
au cours de l’année 2026.

Face à ces évolutions, la branche musicale suisse s’organise. Lorenz Haas, directeur général de l’IFPI Suisse, l’association professionnelle des labels de musique, a indiqué que le règlement des classements était en cours de révision avec le même objectif qu’en Australie. Le processus doit s’achever d’ici la fin de l’année.
Lorenz Haas, directeur général de l’IFPI Suisse, a indiqué que le règlement des classements était actuellement révisé avec la même finalité qu’en Australie.
Le défi technique de la détection et l’impact économique sur le streaming
La difficulté majeure pour les responsables des classements réside dans la complexité de la détection. Il est devenu extrêmement simple de générer des chansons entières en quelques lignes de texte grâce à des programmes comme Suno ou Udio. Certains services de streaming comme Deezer estiment que la moitié de la musique nouvellement téléchargée au cours de certains mois est déjà entièrement synthétique, représentant des dizaines de milliers de morceaux par jour.

Malgré ce volume massif, l’impact réel sur les habitudes d’écoute reste limité pour l’instant. Selon Lorenz Haas, les titres soupçonnés d’être générés par IA se situent dans une proportion infime et ne sont pratiquement pas écoutés en haut des classements. Pour encadrer ces pratiques, Spotify a de son côté introduit des mesures d’identification des artistes artificiels dès le mois de septembre, tandis que les tribunaux commencent à restreindre l’utilisation non autorisée de catalogues protégés pour l’entraînement des modèles algorithmiques, à l’instar d’une décision récente du tribunal régional de Munich rapportée par la source bavaroise.
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