Les craintes inflationnistes et les tensions géopolitiques pèsent sur les marchés
New York – Les marchés financiers mondiaux ont connu une semaine tumultueuse, tiraillés entre des données économiques américaines plus fortes que prévu, des tensions persistantes au Moyen-Orient et une incertitude croissante quant à la trajectoire de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. Les inquiétudes concernant une inflation tenace, exacerbées par les récentes flambées des prix de l’énergie, ont incité les investisseurs à revoir leurs anticipations concernant les baisses de taux d’intérêt en 2026 et au-delà.
Les indices boursiers ont subi leur quatrième semaine consécutive de baisse, tandis que les prix du pétrole ont connu des fluctuations importantes. Le Brent a atteint 112,19 dollars le baril avant de retomber, et le West Texas Intermediate (WTI) s’est stabilisé à 98,32 dollars, restant à son plus haut niveau depuis l’été 2022.
La réaction du marché obligataire a été particulièrement notable. Les rendements du Trésor américain ont augmenté de manière significative depuis la fin février, date de début des tensions au Moyen-Orient. Le rendement à 10 ans a clôturé la semaine à 4,382 %, contre 3,94 % le 27 février. Le rendement à deux ans, plus sensible aux attentes concernant les actions de la Fed, a grimpé à 3,90 %, contre 3,37 % sur la même période.
Ce mouvement a conduit à une inversion de la courbe des taux, avec le rendement à deux ans dépassant désormais de 0,26 point de pourcentage le taux des fonds fédéraux effectifs actuel. Ce phénomène, qui n’avait pas été observé depuis le début de 2023, suggère que les investisseurs anticipent une hausse des taux d’intérêt par la Fed.
Les marchés parient désormais sur une probabilité de près de 40 % d’une hausse des taux d’intérêt d’ici octobre, abandonnant l’idée de baisses de taux en 2026 et début 2027. Cette évolution reflète les craintes d’une inflation qui pourrait s’étendre au-delà de l’énergie et des matières premières pour affecter l’ensemble de l’économie.
Lundi, l’annonce inattendue du président Trump sur son réseau social Truth Social, reportant les frappes militaires contre l’Iran pour cinq jours en raison de « discussions très bonnes et productives », a provoqué une baisse des prix du pétrole et un léger recul des rendements du Trésor. Cependant, l’impact à long terme de cette annonce reste incertain.
Au-delà des tensions géopolitiques, les données économiques américaines ont alimenté les inquiétudes inflationnistes. L’indice des prix à la production (IPP) a augmenté de 0,7 % en février, plus du double des 0,3 % prévus. L’IPP hors alimentation et énergie, qui donne une indication plus précise des pressions inflationnistes sous-jacentes, a progressé de 0,5 %, après une hausse de 0,8 % en janvier. Sur un an, l’augmentation atteint 3,9 %, un niveau jamais vu depuis février 2023.
Ces chiffres suggèrent que l’inflation sous-jacente pourrait atteindre 0,4 % en février, marquant le troisième mois consécutif à ce niveau. Un tel scénario compromettrait les efforts de la Fed pour ramener l’inflation à son objectif de 2 %.
La Fed a reconnu ces défis, en relevant ses prévisions de l’inflation sous-jacente à 2,7 % pour la fin de l’année, contre 2,5 % précédemment. Le président de la Fed, Jerome Powell, a souligné que les hausses de tarifs douaniers et le choc énergétique contribuent à une désinflation plus lente.
La situation est d’autant plus délicate que le marché du travail montre des signes de faiblesse. Les créations d’emplois privées sont quasi nulles ces derniers mois, et la croissance de l’offre de main-d’œuvre pourrait également être à l’arrêt. Cette incertitude a conduit à une divergence entre les prévisions de la Fed, qui anticipe toujours une baisse de taux en 2026, et les attentes du marché, qui penchent désormais vers une hausse.
Powell a souligné que la Fed surveillera attentivement les risques pour son double mandat de stabilité des prix et de plein emploi, et qu’elle ajustera sa politique en fonction des données économiques à venir.
Dans ce contexte volatil, les experts conseillent aux investisseurs de maintenir une perspective à long terme et de diversifier leurs portefeuilles. La situation actuelle est caractérisée par une multitude de risques à court terme, tels que les tarifs douaniers, les conflits géopolitiques, le ralentissement du marché du travail et l’impact de l’intelligence artificielle, qui sont en grande partie hors de contrôle.
