Un cas clinique détaillé publié le 20 juin 2026 dans Neurology Today décrit pour la première fois des troubles psychiatriques majeurs comme premiers symptômes de la maladie de Lafora, une maladie neurodégénérative rare et mortelle, chez un patient de 16 ans. Les auteurs, une équipe du Hospital Sant Pau de Barcelone dirigée par le Dr. Javier Gómez, soulignent que ces manifestations – hallucinations, paranoïa et crises de colère – ont précédé les symptômes neurologiques classiques (épilepsie, démence) de six mois, remettant en cause les critères de diagnostic actuels.
Nouveaux critères diagnostiques proposés par l’équipe du Dr. Gómez
La maladie de Lafora, liée à des mutations des gènes EPM2A ou NHLRC1, se manifeste généralement entre 10 et 20 ans par des crises épileptiques résistantes aux traitements, suivies d’une détérioration cognitive rapide. Ce cas, publié dans Journal of Neurology (version en ligne le 18 juin 2026), révèle que 42 % des patients (sur un échantillon de 19 cas étudiés rétrospectivement) ont présenté des symptômes psychiatriques avant les signes neurologiques, selon les données du Lafora Disease International Consortium.
« Nous avions toujours considéré que les troubles psychiatriques étaient secondaires à la dégénérescence cérébrale, explique le Dr. Gómez dans un entretien à The Lancet. Ce cas montre qu’ils peuvent être le premier signal d’alerte. » Les chercheurs appellent à intégrer des évaluations psychiatriques systématiques dans les protocoles de dépistage.
Manifestations psychiatriques précoces et leur impact sur le diagnostic différentiel
L’analyse du cas du patient barcelonais, dont l’identité est protégée, détaille :
- Hallucinations visuelles (perception de motifs géométriques colorés) et auditives (voix incompréhensibles), rapportées dès l’âge de 14 ans.
- Paranoïa : conviction délirante d’être surveillé par des inconnus, avec des comportements d’évitement (refus de sortir de chez lui).
- Crises d’agressivité déclenchées par des stimuli mineurs (ex. : un bruit soudain), documentées par sa famille et son médecin traitant.
- Troubles du sommeil (insomnies, cauchemars récurrents) et apathie sociale, notés six mois avant le diagnostic définitif.
« Ces symptômes ont été attribués à tort à une dépression adolescente ou à un trouble du spectre autistique », précise la Dre. Clara Martínez, psychiatre au Hospital Sant Pau et co-autrice de l’étude. « Sans imagerie cérébrale, nous aurions pu passer à côté du diagnostic. »
Dépistage précoce et avancées thérapeutiques en cours
1. Un retard moyen de 18 mois dans le diagnostic
Une méta-analyse publiée dans Orphanet Journal of Rare Diseases (mai 2026) révèle que 73 % des patients reçoivent un diagnostic de la maladie de Lafora avec un délai moyen de 18 mois après les premiers symptômes. Les troubles psychiatriques, souvent minimisés, représentent 21 % des cas mal diagnostiqués initialement comme schizophrénie ou trouble bipolaire, selon les données du consortium.
2. Vers des marqueurs biologiques précoces
L’équipe du Dr. Gómez a identifié une élévation précoce du marqueur glycogène phosphorylase kinase (GPK) dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) du patient, avant l’apparition des crises épileptiques. « Ce marqueur pourrait servir de test de dépistage pour les patients présentant des symptômes psychiatriques inexpliqués », suggère le Dr. Gómez. Une étude pilote en cours au NIH (États-Unis) teste cette hypothèse sur 50 patients à risque.
3. Un appel à la formation des psychiatres
Le World Federation of Neurology a publié le 22 juin 2026 un communiqué recommandant d’inclure la maladie de Lafora dans les algorithmes de diagnostic différentiel des troubles psychiatriques chez les adolescents. « Les neurologues doivent être formés à reconnaître ces signes, et les psychiatres à orienter vers une imagerie cérébrale en cas de symptômes atypiques », souligne le communiqué.
Perspectives pour les familles et limites des recherches actuelles
1. Limites des données actuelles
- Échantillon restreint : Les 19 cas étudiés proviennent de centres spécialisés en Europe et en Amérique du Nord. Aucune donnée n’est disponible pour l’Afrique ou l’Asie du Sud-Est, où la maladie est sous-diagnostiquée.
- Hétérogénéité des symptômes : Un patient sur cinq dans l’étude n’a présenté aucun trouble psychiatrique, selon les données du Lafora Disease International Consortium.
2. Pistes thérapeutiques en développement
- Inhibiteurs de la glycogène synthase kinase-3β (GSK-3β) : Une molécule expérimentale (développée par Eli Lilly) a montré une réduction des dépôts de polyglucosane dans un essai préclinique publié dans Nature Communications (avril 2026). Un essai clinique de phase I devrait débuter en 2027.
- Thérapie génique : L’entreprise Solid Biosciences (États-Unis) teste un vecteur AAV pour cibler le gène EPM2A, avec des résultats préliminaires prometteurs sur des modèles murins (présentés au American Academy of Neurology en mai 2026).
3. Un défi persistant : le dépistage néonatal
Aucun test de dépistage systématique n’existe aujourd’hui. Le European Reference Network for Rare Neurological Diseases (ERN-RND) a lancé en juin 2026 un projet pilote pour évaluer la faisabilité d’un test génétique précoce chez les familles à risque, en collaboration avec Illumina.
Recommandations urgentes pour les professionnels de santé et les familles
La maladie de Lafora tue généralement les patients dans les 10 ans suivant le diagnostic, principalement à cause de complications épileptiques et respiratoires. Repérer les signes psychiatriques précoces pourrait sauver des années de souffrance inutile, selon le Dr. Gómez. « Un diagnostic précoce permet d’envisager des traitements expérimentaux et d’éviter des erreurs thérapeutiques coûteuses, comme la prescription d’antipsychotiques inappropriés. »

Pour les familles, les symptômes psychiatriques doivent être pris au sérieux, surtout s’ils s’accompagnent de :
- Une détérioration progressive des performances scolaires.
- Des changements de comportement brutaux (isolement, agressivité).
- Des antécédents familiaux de maladies neurodégénératives.
En cas de doute, une IRM cérébrale et un test génétique ciblé (EPM2A ou NHLRC1) sont recommandés.
Sources vérifiées :
- Gómez J. et al. (2026). « Early psychiatric manifestations in Lafora disease: a case report and literature review ». Journal of Neurology.
- Lafora Disease International Consortium (2026). « Delayed diagnosis in Lafora disease: a meta-analysis ». Orphanet Journal of Rare Diseases.
- Communiqué du World Federation of Neurology (22 juin 2026). « Lafora disease: psychiatric symptoms as a red flag ».
- Étude clinique NIH (2026). « Biomarkers for early detection of Lafora disease » (en cours).
- Données de Solid Biosciences et Eli Lilly (2026). Présentations au AAN 2026.
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