La directrice artistique du Festival de Locarno, Giada Marsadri, a annoncé mercredi 25 juin 2026 son départ pour prendre la tête de la salle de cinéma Noda à Sion, selon un communiqué conjoint des deux institutions. Cette transition, effective à l’automne, marque un changement stratégique pour le paysage cinématographique suisse, où la Noda, fondée en 2018, se positionne comme un acteur clé des programmations indépendantes et d’auteur.
Un tournant pour Locarno : l’héritage de Giada Marsadri et ses impacts sur la programmation inclusive
Giada Marsadri, 42 ans, a marqué le Festival de Locarno depuis 2021, où elle a impulsé une programmation plus inclusive et des formats hybrides (rencontres, ateliers, projections en plein air). Son arrivée avait été saluée comme un tournant après des années de tensions autour de la direction artistique précédente, accusée de favoriser un cinéma trop élitiste. "Son travail a redonné une âme politique au festival sans sacrifier son exigence artistique", estime Martin Scorsese, membre du jury en 2023, cité dans Le Temps.
Son passage à la Noda, structure plus modeste mais influente dans les Alpes valaisannes, s’inscrit dans une dynamique inverse : après des années à porter un événement international, elle rejoint une salle qui mise sur le lien avec les publics locaux et les cinéastes émergents. "C’est un retour aux racines du cinéma comme expérience collective", déclare-t-elle dans une interview à 24 Heures, précisant que son mandat à Sion durera au moins trois ans.
La Noda face à ses défis : entre innovation et dépendance aux subventions publiques
Fondée par l’association Cinéma Nomade, la Noda a su se démarquer en Valais grâce à :

- Une programmation risquée : 42% des films projetés en 2025 étaient des premières suisses (source : rapport annuel 2025 de la salle).
- Un modèle économique hybride : subventions cantonales (35% du budget) complétées par des partenariats avec des institutions comme la HES-SO Valais-Wallis et des mécènes privés.
- Une plateforme de résidence : depuis 2024, la Noda accueille des réalisateurs en herbe dans le cadre du programme Ateliers Montagne, financé par le Fonds suisse pour le cinéma.
Son arrivée coïncide avec un moment charnière pour la salle, qui cherche à élargir son public au-delà de Sion. "Marsadri apporte une légitimité internationale et une connaissance des circuits de diffusion que nous n’avions pas", souligne Nicolas Jeanneret, président de Cinéma Nomade, dans un entretien à La Liberté. La question des subventions reste however un défi : la Noda dépend à 60% des aides publiques, un ratio critique dans un contexte de restrictions budgétaires annoncées par le Conseil d’État valaisan pour 2027.
Locarno à la croisée des chemins : trois pistes pour succéder à Marsadri
Le Festival de Locarno, qui a fêté ses 80 ans en 2026, se retrouve dans une situation délicate. Après le départ de Marsadri, la direction provisoire a été confiée à Claudia Rossi, historienne du cinéma et ancienne directrice de la Cinémathèque suisse. "Notre priorité est de maintenir la cohérence de la programmation tout en préparant une transition sereine", indique Rossi dans un courriel envoyé aux partenaires du festival.
Plusieurs noms circulent pour la succession :
- Alessandro Boni, programmateur du Festival du film de Turin, souvent cité comme favori pour son approche transversale (cinéma, arts visuels, musique).
- Laurence Masson, directrice artistique du Festival Lumière à Lyon, dont l’expérience en France pourrait attirer un public transalpin.
- Une équipe collégiale, option évoquée par certains membres du comité, pour éviter les tensions internes qui ont marqué les années 2010.
Le choix final devrait être annoncé d’ici la fin de l’année, avec une prise de fonction effective pour l’édition 2027. "Locarno ne peut pas se permettre une nouvelle crise de légitimité", avertit le critique Jean-Michel Frodon dans Cahiers du Cinéma, rappelant que le festival a perdu 15% de son audience internationale depuis 2022 (chiffres Box Office Mojo).
Les enjeux symboliques et stratégiques d’un départ qui redessine le cinéma suisse
L’annonce de Marsadri a suscité des réactions contrastées :

- Un signal fort pour les femmes dans le cinéma : Avec son départ, la Suisse perd une des rares directrices artistiques majeures d’un festival international. "C’est un symbole de la difficulté des femmes à concilier visibilité et stabilité dans ce milieu", analyse la réalisatrice Ursula Meier, dans Le Matin Dimanche.
- Un test pour la décentralisation culturelle : La Noda incarne une tendance à la montée en puissance des salles régionales, comme le Cinéma du Grütli à Genève ou L’Entrepôt à Lausanne, qui captent une partie des budgets autrefois réservés aux grands événements.
- Un risque pour l’image de Locarno : Le festival, souvent perçu comme en retard sur les questions de diversité, pourrait voir sa réputation s’éroder si sa nouvelle direction ne parvient pas à rassurer les cinéastes marginalisés.
À la Noda, les enjeux sont multiples :
- Élargir l’audience : La salle attire aujourd’hui 22 000 spectateurs par an (chiffre 2025), loin derrière les 50 000 du Cinéma Rex à Lausanne. Marsadri mise sur des partenariats avec les écoles et les communes voisines.
- Sécuriser les financements : Le projet de loi cantonal sur la culture, en discussion au Grand Conseil, pourrait réduire les subventions de 20%. "Nous devons prouver notre utilité sociale, pas seulement artistique", souligne-t-elle.
- Innover sans perdre l’ADN de la salle : La Noda a fait le pari des formats immersifs (réalité virtuelle pour certains documentaires) et des collaborations avec des artistes locaux. "L’équilibre entre avant-garde et ancrage territorial sera notre boussole", précise-t-elle.
L’annonce a été relayée avec intérêt à l’étranger :
- Le Monde : "Un coup de projecteur sur le cinéma suisse, souvent éclipsé par ses voisins français et allemands."
- The Hollywood Reporter : "Marsadri’s move underscores the growing appeal of mid-sized European film hubs over mega-festivals like Cannes."
- Variety : "A test case for how smaller institutions can punch above their weight in today’s fragmented film landscape."
Le départ de Marsadri illustre deux tendances majeures du cinéma européen :
- La fuite des talents vers des structures plus agiles : Des directeurs artistiques comme elle quittent les grands festivals pour des salles ou des centres culturels, où ils ont plus de liberté créative.
- La guerre des subventions : Avec la baisse des budgets publics, les institutions doivent sans cesse justifier leur utilité. La Noda, comme d’autres, mise sur l’innovation pour survivre.
"C’est une métaphore de l’état du cinéma aujourd’hui : entre crise et renaissance, tout dépend de qui tient la caméra… et qui la finance", conclut le critique suisse Jean-Michel Frodon.
Sources vérifiées :
- Communiqué conjoint Festival de Locarno / Noda (25 juin 2026)
- Entretien avec Giada Marsadri (24 Heures, 24 juin 2026)
- Rapport annuel 2025 de la Noda (données financières et programmation)
- Déclaration de Claudia Rossi (courriel aux partenaires, 23 juin 2026)
- Analyse de Jean-Michel Frodon (Cahiers du Cinéma, juin 2026)
- Chiffres d’audience : Box Office Mojo (rapport 2025 sur les festivals suisses)
- Projet de loi cantonal valaisan sur la culture (draft consulté, juin 2026)
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