Inde-États-Unis : Un accord commercial partiel pour réduire les tensions, mais des critiques persistent
New Delhi – L’Inde et les États-Unis ont annoncé un cadre d’accord commercial provisoire visant à réduire les droits de douane sur certains produits indiens, une initiative qui intervient après des mois de tensions commerciales et de pressions américaines sur New Delhi pour qu’elle réduise sa dépendance au pétrole russe. L’annonce, faite vendredi, a immédiatement suscité des critiques de la part de l’opposition indienne, qui dénonce un accord trop favorable à Washington.
L’accord fait suite à l’annonce, la semaine dernière, par l’ancien président américain Donald Trump de son intention de réduire les droits de douane sur les importations en provenance d’Inde. Ces droits avaient été imposés six mois auparavant dans le but d’inciter New Delhi à revoir sa politique d’achat de pétrole russe, une source d’énergie bon marché mais critiquée par les États-Unis.
Selon les termes de l’accord, les droits de douane sur les produits indiens seront abaissés de 25% à 18%. Cette concession intervient après que le Premier ministre indien Narendra Modi a accepté, selon les déclarations de Trump, de cesser d’acheter du pétrole russe.
Les deux pays se sont dits satisfaits de cet accord, le qualifiant de “réciproque et mutuellement bénéfique”. Ils se sont engagés à poursuivre les négociations en vue d’un accord commercial plus large, incluant des engagements d’accès au marché supplémentaires et le renforcement des chaînes d’approvisionnement.
L’Inde s’engage également à “éliminer ou à réduire les droits de douane” sur les produits industriels américains, ainsi que sur une large gamme de produits alimentaires et agricoles. Trump avait même évoqué la possibilité pour l’Inde de réduire ses taxes d’importation sur les produits américains à zéro et d’acheter pour 500 milliards de dollars de produits américains, dans le cadre d’une stratégie visant à obtenir un accès plus important au marché et des droits de douane nuls sur la plupart des exportations américaines. Il a également signé un décret exécutif révoquant les droits de douane de 25% imposés l’année précédente sur certains produits indiens.
Cependant, l’accord n’a pas été accueilli favorablement par tous. Les partis d’opposition indiens ont dénoncé un accord déséquilibré, préjudiciable aux secteurs sensibles tels que l’agriculture. New Delhi s’était historiquement opposée à l’imposition de droits de douane sur ces secteurs, qui emploient une part importante de la population indienne.
Le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, a tenté de rassurer en affirmant que l’accord protège les “produits agricoles et laitiers sensibles”, tels que le maïs, le blé, le riz, l’éthanol, le tabac et certains légumes. Il a également souligné le potentiel de l’accord pour stimuler les exportations indiennes vers les États-Unis, estimant qu’il pourrait créer des centaines de milliers d’emplois.
Goyal a précisé que les droits de douane sur une large gamme de produits indiens exportés vers les États-Unis, notamment les produits pharmaceutiques génériques, les pierres précieuses et les pièces d’avion, seront réduits à zéro, renforçant ainsi la compétitivité des exportations indiennes.
Cet accord intervient dans un contexte de multiplication des accords commerciaux pour l’Inde. Récemment, New Delhi a conclu un accord de libre-échange avec l’Union européenne, qui pourrait affecter près de deux milliards de personnes après près de deux décennies de négociations. Cet accord permettra le libre-échange de la plupart des marchandises entre les 27 États membres de l’UE et l’Inde, couvrant des secteurs allant du textile à la pharmacie, et réduisant les droits de douane élevés sur le vin et les voitures européennes. L’Inde a également signé un partenariat économique global avec Oman en décembre et conclu des négociations pour un accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande.
L’Inde semble donc adopter une stratégie de diversification de ses partenaires commerciaux, cherchant à équilibrer ses relations avec les États-Unis, l’Europe et d’autres pays de la région. L’impact à long terme de ces accords sur l’économie indienne et sur les relations internationales reste à voir.
