Duterte : santé fragile et bataille juridique pour une éventuelle libération
La Haye, Pays-Bas – L’ancien président philippin Rodrigo Duterte est au center d’une nouvelle bataille juridique devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Son équipe de défense plaide pour un arrêt indéfini des procédures en raison de sa santé déclinante, invoquant des problèmes cognitifs qui l’empêcheraient de se défendre efficacement.
L’avocat de Duterte a mis en avant une détérioration de ses capacités cognitives, soulignant qu’il ne pourrait pas participer pleinement à son procès. Cette argumentation s’accompagne d’une demande de libération temporaire, proposant un exil dans un pays tiers non divulgué, hors de la juridiction philippine.
Cette demande se heurte à une forte opposition de l’accusation et, surtout, des victimes de la sanglante guerre contre la drogue menée sous sa présidence. Ces dernières craignent que Duterte ne puisse pas être tenu responsable de ses actes s’il était libéré,et redoutent une possible intimidation.La CPI doit maintenant évaluer la validité des arguments de la défense, ainsi que l’accord d’un pays tiers pour accueillir Duterte pendant la durée de la procédure. L’approbation du président philippin actuel, Ferdinand Marcos Jr.,serait également nécessaire pour faciliter un éventuel retour de Duterte aux Philippines,sous conditions imposées par la Cour.
Parallèlement, la CPI est confrontée à une question de juridiction non résolue. Une autre préoccupation majeure est l’absence de représentant légal désigné pour les victimes.L’Asian Human Rights Commission (AHRC) a exhorté la CPI à nommer rapidement un avocat pour les victimes, parmi les trois Philippins accrédités par la Cour spécialisée dans les cas liés à la guerre contre la drogue : Joel Butuyan, Gilbert Andres et Conti.
Contexte : La guerre contre la drogue aux Philippines et la CPI
La guerre contre la drogue lancée par Rodrigo Duterte en 2016 a fait des milliers de morts, principalement des personnes issues de milieux défavorisés. Des organisations de défense des droits de l’homme et la CPI ont accusé Duterte d’avoir orchestré des crimes contre l’humanité, notamment des meurtres extrajudiciaires.
La CPI a ouvert une enquête sur les allégations de crimes contre l’humanité aux Philippines en 2021,malgré le retrait du pays de la cour en 2019. La CPI a maintenu sa juridiction sur les crimes commis pendant que les Philippines étaient membre, et a continué à enquêter sur les événements survenus avant le retrait du pays.Cette affaire soulève des questions cruciales sur la responsabilité des dirigeants politiques pour les violations des droits de l’homme, et sur l’efficacité de la justice internationale pour rendre compte des crimes les plus graves. L’issue de cette procédure aura des implications importantes pour les victimes, pour les Philippines, et pour la lutte contre l’impunité à l’échelle mondiale.
