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Mexique : à Juárez, la gasoline reste 4,26 pesos plus chère qu’à El Paso

Un écart fiscal qui défie la logique économique

À Ciudad Juárez, la gasolina coûte jusqu’à 26,99 pesos le litre, soit 4,26 pesos de plus qu’à El Paso, où le prix maximal atteint 22,73 pesos — une différence qui alourdit le budget des conducteurs mexicains de plus de 850 pesos pour un réservoir de 200 litres, selon les données croisées de la Comisión Nacional de Energía (CNE) et de la plateforme Gas Buddy, publiées ce mercredi 27 mai 2026. Alors que la guerre entre les États-Unis et l’Iran maintient les prix mondiaux sous tension, cette disparité s’explique avant tout par la structure fiscale mexicaine, où près de 40 % du coût du carburant revient aux impôts — un fardeau que les consommateurs américains n’ont pas à supporter.

Un écart fiscal qui défie la logique économique

Le différentiel de 4,26 pesos par litre entre Juárez et El Paso n’est pas une anomalie conjoncturelle, mais le résultat d’un système fiscal mexicain où les Impuestos Especiales sobre Producción y Servicios (IEPS) et la Impuesto al Valor Agregado (IVA) s’empilent de manière contre-intuitive. Selon le professeur Ricardo Melgoza, chercheur à l’Universidad Autónoma de Ciudad Juárez (UACJ), “presque 40 % du prix de chaque litre est constitué d’impôts purs. Par exemple, 6,70 pesos actuels par litre de gasolina proviennent de l’IEPS, et ce que beaucoup ignorent, c’est que l’IVA est calculé après l’ajout de cet IEPS — ce qui revient à doubler le paiement de l’impôt.”

“Casi el 40 por ciento del precio de cada litro es de puros impuestos. Por ejemplo, 6.70 pesos actualmente de cada litro de gasolina es de IEPS, y lo que mucha gente no sabe es que el IVA se calcula después de que se le agregó el IEPS al precio, o sea, se duplica el pago del impuesto.”

Cette mécanique fiscale crée un paradoxe économique : si le Mexique supprimait ces surtaxes, les conducteurs américains pourraient être tentés de traverser la frontière pour faire le plein à Juárez, où le carburant deviendrait soudainement compétitif. “Ils appliquent des impôts sur des impôts, ce qui n’est pas correct”, souligne Melgoza. “Sans l’IVA, on économiserait deux ou trois pesos par litre. La situation serait inversée : ce seraient les Américains qui viendraient s’approvisionner ici.”

El Paso : où la gasolina coûte moins cher malgré la crise mondiale

À l’inverse, les prix à El Paso reflètent une structure fiscale plus légère et une concurrence accrue entre les stations-service. Selon les données de Telemundo El Paso, le prix le plus bas enregistré ce mercredi pour l’essence régulière s’élève à 2,98 dollars le gallon (soit environ 18,36 pesos mexicains), contre un maximum de 3,22 dollars en moyenne dans la région. Les stations les plus économiques incluent des enseignes comme Murphy USA, Valero ou Costco, où les prix oscillent entre 2,98 et 3,05 dollars.

El Paso : où la gasolina coûte moins cher malgré la crise mondiale
Pour
El Paso : où la gasolina coûte moins cher malgré la crise mondiale
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Station Adresse Prix (dollars/gallon)
Murphy USA 11701 Pebble Hills Boulevard 2,98
Murphy Express 3590 North Zaragoza Road 2,99
Valero 2300 North Zaragoza Road 2,99
Alon & 7-Eleven 2100 North Zaragoza Road 2,99
Costco 6101 Gateway Boulevard West 2,99
Circle K 1239 North Zaragoza Road 3,02
Sam’s Club 11360 Pellicano Drive 2,99

Cette disparité s’explique en partie par l’absence d’IEPS et d’IVA sur les carburants aux États-Unis, où les prix sont principalement déterminés par les coûts de production, la concurrence et les taxes locales. À Juárez, même avec un subsidio fédéral censé amortir le choc des prix internationaux, les impôts fédéraux et locaux maintiennent les prix artificiellement élevés — un phénomène que les experts qualifient de “distorsion fiscale”.

La guerre Iran-États-Unis : un contexte qui aggrave les tensions

Le conflit géopolitique entre les États-Unis et l’Iran, déclenché le 28 février 2026 par une attaque américaine suivie d’un blocage de facto du détroit d’Ormuz — par où transite 20 % du pétrole et du gaz liquéfié mondial — a injecté une volatilité supplémentaire sur les marchés énergétiques. Trois mois après le début des hostilités, les négociations pour rouvrir le golfe Persique traînent en longueur, sans date précise pour un désescalade.

Cette instabilité se répercute directement sur les prix des carburants. À Juárez, le coût maximal du diesel atteint 26,99 pesos le litre, contre 22,73 pesos à El Paso — une différence qui se traduit par un surcoût de 850 pesos pour un réservoir de 200 litres, typique d’un véhicule utilitaire. Pour les transporteurs, cette surcharge représente un handicap compétitif majeur dans une région déjà marquée par une économie frontalière fragile.

Un paradoxe culturel : quand la “gasolina” devient symbole

Ironiquement, cette crise fiscale et géopolitique survient alors que la chanson “Gasolina” de Daddy Yankee, sortie en 2004, reste un hymne culturel en Amérique latine. Le refrain — “A ella le gusta la gasolina (Dame más gasolina)” — résonne aujourd’hui avec une ironie cruelle pour les Mexicains, qui paient bien plus cher leur “gasolina” que leurs voisins américains. Le tube, disponible sur Genius, célèbre la liberté et l’énergie, mais dans la réalité de 2026, le carburant symbolise plutôt une charge financière écrasante.

Un paradoxe culturel : quand la "gasolina" devient symbole
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— Extrait du refrain de “Gasolina”, Daddy Yankee (2004)

Cette juxtaposition entre la culture populaire et la réalité économique soulève une question : jusqu’où le Mexique peut-il maintenir cette distorsion fiscale sans risquer un exode des consommateurs vers le marché américain ? Les experts estiment que sans réforme, la différence de prix pourrait inciter les conducteurs à faire le plein de l’autre côté de la frontière — un scénario déjà observé dans d’autres régions frontalières, comme Tijuana.

Que se passe-t-il maintenant ? Trois scénarios possibles

  • Réforme fiscale urgente : Le Mexique pourrait être contraint de réduire l’IEPS ou de modifier le calcul de l’IVA pour aligner les prix sur ceux des États-Unis, comme le suggèrent certains économistes.
  • Renforcement des contrôles frontaliers : Pour éviter une fuite des consommateurs, les autorités pourraient imposer des restrictions sur les achats transfrontaliers de carburant, comme cela existe déjà pour certains produits.
  • Adaptation des comportements : Les Mexicains pourraient augmenter leur recours aux véhicules électriques ou aux covoiturages, comme réponse à la hausse des coûts.

À court terme, la situation reste incertaine. La guerre en Moyen-Orient pourrait s’étendre, maintenant les prix mondiaux à un niveau élevé, tandis que les négociations pour rouvrir le détroit d’Ormuz peinent à aboutir. Pour les conducteurs mexicains, une chose est sûre : sans changement majeur, le plein à Juárez restera un calvaire financier — et la “gasolina” continuera de coûter bien plus cher qu’à El Paso.

Sources : Diario de Juárez, Telemundo El Paso, Genius.

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