Home InternationalL’Italie doit agir : Cuba en urgence sanitaire face à l’effondrement de son système hospitalier

L’Italie doit agir : Cuba en urgence sanitaire face à l’effondrement de son système hospitalier

Une dette morale qui pèse sur l’Italie

Le système de santé cubain, autrefois modèle mondial, s’effondre sous le poids d’un embargo américain renforcé et d’une crise énergétique sans précédent. Selon une lettre ouverte signée par des médecins italiens et des experts sanitaires, l’Italie, comme d’autres pays, est redevable envers Cuba pour son aide historique — mais aujourd’hui, c’est l’île qui implore une intervention urgente. À La Havane, 96 000 personnes, dont 11 000 enfants, attendent une opération chirurgicale, et la survie des enfants atteints de cancer a chuté de 80 % à 65 % faute de traitements. Les blackouts électriques durent jusqu’à 20 heures par jour, et les hôpitaux fonctionnent à l’aspirine et au marché noir, tandis que les États-Unis étouffent l’île avec de nouvelles sanctions ciblant l’énergie, la défense et les échanges financiers. La question n’est plus seulement humanitaire : elle teste la cohérence de l’Europe face à Washington.

Une dette morale qui pèse sur l’Italie

La lettre ouverte adressée à la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, et au ministre de la Santé, Orazio Schillaci, ne laisse aucune ambiguïté : « L’Italie ne peut rester indifférente ». Signée par des figures comme Maurizio Bonati, ancien directeur du département de santé publique de l’Institut Mario Negri, ou Francesco Forastiere, directeur de la revue Epidemiologia & Prevenzione, ce texte rappelle un fait souvent oublié : depuis 1963, plus de 600 000 professionnels de santé cubains ont servi dans 160 pays, dont l’Italie. Pendant la pandémie de Covid-19, des médecins cubains ont continué à soigner en Calabre, où leur présence reste cruciale aujourd’hui. « Nous sommes débiteurs envers Cuba », insiste la lettre, qui propose l’envoi d’une mission technique italienne pour évaluer les besoins urgents — une initiative absente des priorités de Rome jusqu’ici.

Une dette morale qui pèse sur l’Italie
cluster (priority): Il Post

Pour les signataires, l’embargo américain — aggravé sous Donald Trump puis étendu en janvier 2026 avec un blocage des livraisons de pétrole — n’est pas qu’une question de politique étrangère, mais une violation des droits humains. « Le crollo di un sistema sanitario non è soltanto una tragedia locale : è una violazione dei diritti umani fondamentali che richiede una risposta della comunità globale », souligne Scienza in Rete, qui cite des témoignages de correspondants internationaux décrivant des hôpitaux sans oxygène, des enfants opérés sans anesthésique, et des listes d’attente qui pourraient atteindre 160 000 patients d’ici fin 2026. Les chiffres sont implacables : 300 interventions pédiatriques par semaine sont annulées faute de matériel, et la carence en médicaments de base a fait reculer la survie des cancers infantiles de 15 points en quelques années.

L’embargo américain : un étau qui serre jusqu’à l’asphyxie

Depuis le début de l’année, l’administration Trump a transformé l’embargo en une strangulation systémique. En janvier 2026, les livraisons de pétrole — déjà limitées — ont été presque totalement interrompues, plongeant Cuba dans des blackouts quotidiens. Mais le coup de grâce est venu début mai : de nouvelles sanctions ciblent désormais les secteurs de l’énergie, de la défense, des métaux et des finances, touchant directement les entreprises étrangères qui commercent avec l’île. Résultat : Hapag-Lloyd et CMA CGM, deux géants du transport maritime représentant 60 % du trafic commercial cubain, ont suspendu leurs rotations par crainte des représailles. « Les porte-conteneurs ne vont plus à Cuba, et les médicaments non plus », résume un rapport cité par Il Post. À La Havane, les habitants cuisinent au charbon dans leurs appartements, et les cliniques privées pour touristes coexistent avec des hôpitaux publics où les patients doivent apporter leurs propres séringues.

L’embargo américain : un étau qui serre jusqu’à l’asphyxie
cluster (priority): il manifesto
Covid-19 – Des médecins cubains aident l'Italie en Lombardie face au Coronavirus 🇮🇹

Le paradoxe ? Cuba reste un exportateur net de soins : ses médecins, formés gratuitement, sont envoyés dans le monde entier, mais deux tiers de leur salaire sont retenus par l’État. Pendant ce temps, l’île importe 80 % de ses médicaments — et les sanctions américaines bloquent ces approvisionnements. « C’est une guerre économique déguisée en politique », analyse Don Pietro Pigollo, missionnaire à Cuba de 2016 à 2021, qui décrit une population « au bord de l’effondrement ». Dans sa région, Santa Clara, les coupures de courant durent jusqu’à 20 heures par jour, et les familles attendent la nuit pour allumer leurs plaques électriques. « L’armée et la police sont partout, mais même elles ne peuvent plus garantir l’essentiel », ajoute-t-il, soulignant que le régime maintient son contrôle par la répression — pas par la stabilité.

« Quello che si può auspicare per il futuro di Cuba è un vero cambiamento verso un sistema democratico con libere elezioni, accompagnato da un aiuto internazionale autenticamente umanitario : un sostegno che serva davvero a rialzare il Paese e il suo popolo, non a mantenerlo dipendente o sotto nuove forme di controllo. »

L’Europe face à un dilemme : suivre Trump ou agir

L’Italie n’est pas la seule à hésiter. L’Union européenne, divisée entre ceux qui veulent isoler Cuba et ceux qui prônent un dialogue, peine à trouver une position cohérente. La lettre des médecins italiens arrive à un moment charnière : les porte-avions américains croisent désormais au large des Caraïbes, et des rumeurs d’un « changement de régime » — comme au Venezuela — circulent. Pour certains exilés cubains, une intervention militaire serait une « libération » ; pour d’autres, comme Pigollo, ce serait une catastrophe humanitaire supplémentaire. « Un golpe non consentito non farebbe che peggiorare la situazione », avertit-il.

L’Europe face à un dilemme : suivre Trump ou agir
cluster (priority): agensir.it

La proposition d’une mission technique italienne — indépendante et centrée sur les besoins sanitaires — pourrait briser l’immobilisme. « Un rapport indépendant, focalizzato sui bisogni essenziali della popolazione cubana sotto embargo, potrebbe costituire la base per programmare interventi mirati », suggèrent les signataires de la lettre. Mais jusqu’ici, Rome a évité le sujet, préférant se concentrer sur d’autres crises (Gaza, Iran). Pourtant, les données sont sans appel : sans aide urgente, le système de santé cubain pourrait s’effondrer d’ici 2027, avec des conséquences régionales (épidémies, migrations massives). « L’Italia ha una scelta da fare : assecondare l’amico Donald o riposizionarsi sul fronte della giustizia internazionale », écrivent les médecins, rappelant que Cuba a sauvé des vies italiennes pendant le Covid — et que aujourd’hui, ce sont les Cubains qui ont besoin de sauvetage.

Que se passe-t-il maintenant ? Trois scénarios possibles

  • Scénario 1 : L’UE impose un embargo partiel — Si l’Italie et d’autres États membres suivent les États-Unis, Cuba perdra ses derniers partenaires commerciaux. Résultat : effondrement accéléré des soins, exode massif, et risque de crise humanitaire régionale.
  • Scénario 2 : Une mission technique européenne — Si l’UE envoie une délégation médicale (comme proposé par les médecins italiens), elle pourrait contourner les sanctions en ciblant les besoins humanitaires. Mais cela nécessiterait une rupture avec Washington.
  • Scénario 3 : L’escalade militaire — Si les tensions avec les États-Unis s’aggravent, une intervention directe (comme au Venezuela) pourrait déclencher une crise migratoire sans précédent vers la Floride et les Caraïbes.

Pour l’instant, aucun de ces scénarios n’est acté. Mais une chose est sûre : le temps presse. À La Havane, les hôpitaux fonctionnent avec des générateurs qui tombent en panne, et les enfants en attente d’opération voient leurs chances de survie s’amenuiser chaque jour. « Serve un negoziato e aiuti per evitare il collasso », répète Pigollo, citant une phrase qui résume l’urgence. L’Europe peut-elle — ou veut-elle — entendre cet appel ?

La balle est dans le camp de Meloni. Et le compte à rebours, lui, est cubain.

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