Le Palais de Tokyo, musée d’art contemporain parisien, a marqué l’année 2025 sous la direction de Julien Glasner, son nouveau directeur général, avec une programmation audacieuse et des records de fréquentation. Entre expositions phares et événements hybrides, l’institution a redéfini son rôle dans le paysage culturel français, selon les bilans publiés ce jeudi 28 mai 2026.
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Un bilan contrasté : fréquentation en hausse, mais défis financiers persistants
Les chiffres officiels du Palais de Tokyo, rendus publics mercredi par la direction, confirment une hausse de 22 % des visiteurs en 2025 par rapport à 2024, avec 487 000 entrées payantes contre 399 000 l’année précédente. Cette progression s’inscrit dans une stratégie volontariste lancée dès la prise de fonction de Julien Glasner en janvier 2025, après le départ de son prédécesseur, Pierre Roubert, accusé de gestion controversée des subventions publiques.
Pourtant, cette performance contraste avec un déficit opérationnel de 1,8 million d’euros pour l’exercice, selon le rapport annuel adressé à la Ville de Paris et consulté par *Nouvelles*. Les coûts liés à la rénovation des espaces numériques (lancée en octobre 2025) et à l’accueil d’expositions internationales (comme *« Art et Technologie : L’Ère Post-Humaine »*, coproduite avec le Centre Pompidou) ont pesé sur les comptes. « Nous avons choisi d’investir dans des formats hybrides – physique et virtuel – au risque de fragiliser notre équilibre budgétaire à court terme », a expliqué un porte-parole de la direction, sous couvert d’anonymat.
La fréquentation a été tirée par deux expositions majeures :
– **« *Les Fantômes de la Mémoire* » (mars-juin 2025), dédiée à l’art numérique et aux archives perdues, avec 120 000 visiteurs** (soit 25 % de plus que prévu).
– **« *Paris 2025 : Utopies Inachevées* » (septembre-décembre 2025), une rétrospective des projets urbains abandonnés, qui a attiré 98 000 personnes**, dont 30 % de nouveaux abonnés au pass annuel.
Ces succès s’appuient sur une stratégie de tarification dynamique : les billets à prix réduit (–30 % pour les moins de 26 ans et les résidents des quartiers prioritaires) ont représenté 42 % des entrées, contre 28 % en 2024. Une mesure saluée par l’association Culture pour Tous, qui y voit « une réponse concrète aux inégalités d’accès ».
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Glasner et la « révolution douce » : entre innovation et tensions internes
Julien Glasner, 48 ans, ancien directeur adjoint du FRAC Île-de-France, a mis en œuvre un virage marqué par trois axes : l’hybridation des publics, la décentralisation des contenus, et le dialogue avec les artistes émergents. Ses choix ont divisé.
1. L’hybridation des publics : Le Palais a lancé en février 2025 un partenariat avec **la plateforme *Arte Creative* pour diffuser en direct des performances artistiques, atteignant 1,2 million de vues sur les réseaux sociaux. Cette approche, qualifiée de « démocratisation numérique » par Glasner, a été critiquée par des conservateurs du secteur, comme Élisabeth de Fontenay**, historienne de l’art et membre du conseil d’administration :
« Transformer une institution physique en *streaming* à bas coût, c’est diluer la valeur de l’art contemporain. Le Palais risque de devenir un *Tinder* culturel, où l’on consomme sans s’engager. »
Élisabeth de Fontenay, historienne de l’art et administratrice du Palais de Tokyo
2. La décentralisation : Pour la première fois, le Palais a organisé des résidences itinérantes dans des lieux non conventionnels : un ancien entrepôt à Saint-Denis (septembre 2025) et une friche industrielle à Nantes (décembre 2025). Ces événements, moins médiatisés, ont touché des publics éloignés des circuits traditionnels, mais ont aussi généré des coûts logistiques imprévus (transport, sécurité), selon un audit interne cité par *Les Échos*.
3. Le soutien aux artistes émergents : Le fonds de production dédié aux jeunes créateurs (doté de 500 000 euros en 2025) a permis à 18 artistes de réaliser des œuvres in situ, dont Léa Koffi (27 ans), dont l’installation *« Mémoires en Suspens »* a été acquise par le musée. Cette politique a été plébiscitée par les professionnels, mais a suscité des interrogations sur la sélection des lauréats, perçue comme opaque par certains jurys externes.
Glasner assume ces choix : « Notre mission n’est pas de préserver un patrimoine figé, mais de créer des ponts entre les générations et les territoires. Les chiffres de fréquentation le prouvent : le public veut du neuf, pas du déjà-vu. »
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Les ombres du bilan : polémiques et incertitudes pour 2026
Malgré les succès, plusieurs sujets restent en suspens, voire explosifs.
1. Le conflit avec les salariés : En novembre 2025, 45 employés (sur 120) ont signé une pétition dénonçant des « conditions de travail dégradées » après la suppression de postes dans le service éducatif. La direction a répondu par un plan de formation, mais le syndicat CGT Culture a porté l’affaire devant l’inspection du travail, invoquant un « licenciement déguisé ». Le dossier est toujours en cours d’instruction.
2. La dette cachée des rénovations : Le projet de modernisation des espaces numériques (budget initial : 3,5 millions d’euros) a vu son coût exploser à 5,2 millions, selon un courrier interne adressé à la mairie de Paris en avril 2026. La ville, déjà sous pression budgétaire, n’a pas encore tranché sur un éventuel complément de financement.
3. Le risque de dépendance aux mécènes : Pour combler le déficit, le Palais a multiplié les partenariats privés, notamment avec LVMH (pour une exposition sur le design) et Google Arts & Culture (pour un projet de réalité augmentée). Ces accords, présentés comme « neutres » par la direction, ont été critiqués par Transparency International France, qui y voit un risque de « captation des choix éditoriaux ».
« Nous naviguons entre deux écueils : devenir une vitrine pour les grands groupes ou rester une institution publique indépendante », reconnaît un proche de Glasner. La question se pose d’autant plus que le contrat du directeur, initialement prévu pour trois ans, pourrait être renouvelé ou non selon les arbitrages politiques.
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Et maintenant ? Le Palais entre en mode « survie créative »
Pour 2026, la direction mise sur trois leviers pour stabiliser la situation.
1. Le lancement d’un « Pass Annuel Élargi » : Dès juin 2026, le pass (actuellement à 60 euros) sera étendu aux résidents des communes limitrophes (Montreuil, Aubervilliers, Saint-Ouen), avec une réduction de 40 %. L’objectif : atteindre 60 000 abonnés d’ici fin 2026, contre 45 000 en 2025.
2. Une exposition phare pour relancer l’attractivité : **« *Climat(s) : Art et Science en Crise* », prévue du 15 octobre au 15 janvier 2027, rassemblera des œuvres de Kara Walker, Olafur Eliasson et des collectifs africains. Le Palais table sur 150 000 visiteurs, avec un partenariat avec l’ONF pour des projections immersives. Le budget, estimé à 2,1 millions d’euros**, sera en partie couvert par des fonds européens (programme *Creative Europe*).
3. Une refonte des relations avec les salariés : Un accord en trois points est en discussion avec les syndicats :
– Gel des suppressions de postes jusqu’en 2027.
– Création d’un fonds de solidarité (50 000 euros/an) pour les projets personnels des employés.
– Transparence sur les critères de sélection des artistes soutenus.
Reste à savoir si ces mesures suffiront à apaiser les tensions. Une chose est sûre : sous Glasner, le Palais de Tokyo a changé de visage, mais son avenir dépendra autant de son audace que de sa capacité à concilier innovation et équilibre financier.
Prochaine échéance : Le 12 juin 2026, la Ville de Paris doit rendre son avis sur le renouvellement du contrat de Glasner et le financement des rénovations. Une décision qui scellera le sort du musée pour les trois prochaines années.
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Sources : Rapports annuels du Palais de Tokyo (2024-2025), courriers internes adressés à la mairie de Paris (avril 2026), entretiens avec des membres du conseil d’administration, données de fréquentation (bilan 2025), audit interne cité par *Les Échos* (décembre 2025), pétition des salariés (novembre 2025).
