Le candidat à la présidence péruvienne Roberto Sánchez, tête de liste de Juntos por el Perú (JP), se retrouve au cœur d’une bataille juridique alors que ses alliés historiques du mouvement Antauro tentent de faire annuler les accusations qui pèsent contre lui. Mercredi 27 mai 2026, un recours en habeas corpus a été déposé pour suspendre le procès qui pourrait le mener à cinq ans de prison pour fausse déclaration dans une procédure administrative. Pendant ce temps, les experts juridiques estiment que les preuves contre lui sont accablantes, tandis que ses détracteurs l’accusent de menacer la stabilité économique du pays.
Un recours en habeas corpus pour bloquer le procès
Deux figures clés du mouvement dissous Antauro, Tomás Soldevilla Guerra – fondateur du parti et membre du Comité Exécutif National – et Jesús Barboza Cruz, un avocat proche d’Antauro Humala, ont présenté un recours en habeas corpus devant le 7ᵉ Juge Constitutionnel de la Cour Supérieure de Justice de Lima. Leur objectif : annuler le procès engagé contre Roberto Sánchez pour fausse déclaration concernant les apports financiers de campagne entre 2018 et 2020. Selon El Comercio, la juge Malbina Saldaña Villavicencio a admis le recours à l’étude le 13 mai dernier. Les deux plaignants invoquent des irrégularités procédurales, bien que les documents bancaires – levés sous le sceau du secret – confirment des apports non déclarés par Sánchez lorsqu’il était président de son parti.

Ce recours intervient alors que Sánchez tente de se distancier publiquement d’Antauro Humala, condamné pour son rôle dans l’Andahuaylazo (2018), un soulèvement violent ayant coûté la vie à quatre policiers. Pourtant, des images récentes montrent que Barboza Cruz a participé à des événements aux côtés de Humala et de Ronald Atencio, un autre ex-candidat présidentiel ayant exprimé son soutien à Sánchez. Ces liens soulèvent des questions sur la crédibilité de la rupture affichée par le candidat.
Des preuves “accablantes” selon les experts
Pour l’ex-procureur anticorruption Alex Guerrero, interviewé par Canal N, les éléments accumulés contre Sánchez sont irréfutables. “La preuve contre Roberto Sánchez est contundente”, affirme-t-il, soulignant que les documents signés par Sánchez lui-même – alors qu’il était à la tête de son parti – attestent des fausses déclarations sur les financements de campagne. Guerrero rappelle que la Fiscalie a déjà franchi les étapes d’enquête préliminaire, d’instruction préparatoire et d’accusation formelle, avec une probabilité élevée de condamnation.

“El levantamiento del secreto bancario determinó y comprobó que sí hubo aportes y que declararon cero. Ahí está el delito.”
Initialement, trois chefs d’accusation étaient envisagés, mais après révision judiciaire, seul le délit de fausse déclaration dans une procédure administrative subsiste. Guerrero insiste : “Aujourd’hui, le juge doit ouvrir le procès oral, car il n’y a aucune raison de le retarder.” Il compare ce dossier à celui de Pedro Castillo, dont les accusations ont été archivées, mais souligne une différence majeure : “Ici, la preuve est accablante”. Selon lui, le procès pourrait être jugé en trois mois, une perspective qui contraste avec les stratégies de retardement mises en œuvre par les défenseurs de Sánchez.
Un risque économique et politique majeur
Au-delà des accusations judiciaires, les propositions économiques de Sánchez alimentent les craintes d’une crise. Dans une interview accordée à La Razón, l’économiste Edward Málaga Trillo tire la sonnette d’alarme : selon lui, un gouvernement Sánchez entraînerait une inflation galopante, une dévaluation de la monnaie, une hausse des prix et des pénuries. Il pointe du doigt le refus de Sánchez de reconnaître l’autonomie de la Banque Centrale du Pérou (BCRP) et son opposition à Julio Velarde, actuel président de l’institution, comme des menaces directes pour la stabilité économique.

“Sánchez generará inflación, devaluación de moneda, alza de precios y escasez.”
Málaga Trillo ajoute que le Congrès actuel, bien que limité dans son pouvoir d’intervention sur les dossiers pénaux, pourrait lancer des enquêtes d’office pour éclaircir les responsabilités de Sánchez. Cependant, il met en garde contre le risque de partialité de la Fiscalie, déjà critiquée pour des affaires comme celles de José Domingo Pérez ou Rafael Vela, où des poursuites politiques ont été suspectées. “Nous devons surveiller de près le contrôle politique du Parlement pour éviter que ces dossiers ne soient instrumentalisés”, avertit-il.
Que se passera-t-il dans les prochaines semaines ?
Plusieurs scénarios se dessinent. D’abord, le juge Juan Vidal Mercado, chargé du dossier, devra trancher sur la recevabilité du habeas corpus déposé par les partisans de Sánchez. Si le recours est rejeté, le procès oral pourrait s’ouvrir rapidement, avec un verdict possible d’ici septembre 2026. En parallèle, la campagne électorale bat son plein, et les accusations pesant sur Sánchez pourraient influencer le vote des indécis, notamment dans un contexte où la stabilité économique est une priorité pour les électeurs.
Enfin, au-delà de l’issue judiciaire, c’est la crédibilité de Sánchez qui sera mise à l’épreuve. Ses liens persistants avec le mouvement Antauro, malgré ses dénégations, ainsi que ses propositions économiques controversées, pourraient affaiblir son image alors qu’il affronte Keiko Fujimori dans une possible seconde manche électorale. Pour les observateurs, ce dossier illustre une fois de plus les défis démocratiques du Pérou, où justice et politique s’entremêlent souvent de manière explosive.
Une chose est sûre : cette affaire ne fera que s’intensifier dans les semaines à venir, avec des répercussions bien au-delà du simple cadre judiciaire.
