Cette flambée s’explique par une tension accrue sur l’approvisionnement des mines, les anticipations de droits de douane américains et une demande liée à l’intelligence artificielle.
Le marché mondial des métaux industriels traverse l’une des phases les plus dynamiques de son histoire récente. Cette hausse spectaculaire redéfinit l’équilibre des marchés des matières premières, alimentée par des contraintes structurelles d’offre et une demande technologique galopante.
Une flambée des cours portée par la Bourse de Londres et les projections bancaires
Le contrat à trois mois sur le cuivre à la Bourse de Londres s’affichait à environ 10,070 dollars la tonne le 12 septembre 2025. Un an plus tard, en septembre 2026, ce même contrat a franchi le cap des 14,700 dollars la tonne, avant d’atteindre un niveau record proche de 14,875 dollars la tonne au cours de la deuxième semaine de septembre, ce qui représente une augmentation avoisinant les 47% sur une période de douze mois. La dynamique haussière s’est poursuivie avec une série de records consécutifs, le métal ayant progressé lors de quatre séances successives pour toucher un sommet à 14,617 dollars la tonne sur la place londonienne, d’après les informations financières d’Investing.com.
Face à cette trajectoire ascendante, les institutions financières révisent leurs prévisions. Les analystes de JPMorgan anticipent ainsi l’atteinte d’un palier à 14,800 dollars la tonne pour le quatrième trimestre de 2026, soutenus par la tension persistante sur l’approvisionnement des mines et les incertitudes douanières.
Le choc de l’offre minière et la baisse de production en Amérique et en Afrique
Cette ascension des prix ne relève pas de la simple spéculation financière. Elle trouve son origine dans un déficit physique profond qui frappe la chaîne d’approvisionnement mondiale. Les données sectorielles indiquent une contraction de la production des mines de cuivre de l’ordre de 1,1% au cours du premier semestre de 2026. Cette baisse est imputable à des difficultés opérationnelles, à des retards dans le développement de nouveaux gisements et à un recul de l’extraction dans plusieurs nations productrices majeures, parmi lesquelles le Chili, l’Indonésie et la République démocratique du Congo.
Les experts redoutent que la production minière mondiale enregistre sa première baisse annuelle depuis 2017 si aucun redressement n’intervient. Cette vulnérabilité structurelle est accentuée par le fait que la mise en service de nouvelles mines exige des investissements massifs et des délais de gestation s’étalant sur plusieurs années, rendant toute réponse de l’offre particulièrement lente face à l’accélération de la demande.
L’impact des droits de douane américains et la redistribution des stocks mondiaux
Le commerce international du métal subit de plein fouet les anticipations de politiques protectionnistes. L’éventualité d’une imposition de taxes douanières par les États-Unis sur les importations de cuivre raffiné a provoqué une modification radicale des flux commerciaux. Les entreprises et les négociants se sont hâtés d’acheminer des cargaisons vers le marché américain afin de parer à une hausse des coûts d’importation.

Cette ruée vers les États-uns a provoqué un assèchement manifeste des stocks disponibles dans les entrepôts de la Bourse de Londres, accentuant les tensions sur le court terme. Cette configuration a maintenu la courbe des contrats à terme dans un état de « backwardation » prononcé, un profil de marché où les cours immédiats dépassent ceux des échéances lointaines, traduisant un déficit physique aigu et une demande pressante pour les volumes immédiatement livrables.
L’intelligence artificielle et la transition énergétique en tant que moteurs structurels
Au-delà des secousses conjoncturelles et des manœuvres logistiques, la structure de la demande mondiale de cuivre connaît une mutation profonde. Le développement intensif des centres de données indispensables à l’intelligence artificielle requiert des volumes considérables d’électricité ainsi qu’une refonte complète des infrastructures de transport et de distribution de courant. Les câbles et les équipements électriques nécessaires à cette transition numérique s’avèrent extrêmement gourmands en métal rouge.

Cette consommation technologique s’ajoute aux besoins traditionnels de la transition écologique, stimulés par l’expansion des énergies renouvelables, des réseaux électriques intelligents et de l’industrie des véhicules électriques. En Chine, premier consommateur mondial de la matière, les signaux d’alerte s’accumulent également. Les réserves répertoriées dans les entrepôts de la Bourse des futures de Shanghai ont chuté à leur plus bas niveau depuis 2024, tandis que le pays s’apprête à entrer dans sa saison de forte activité industrielle.
Les commandes émanant de la State Grid Corporation of China demeurent particulièrement robustes, témoignant de la pérennité des chantiers de modernisation du réseau électrique national. Néanmoins, face aux anticipations de l’International Copper Study Group tablant sur un rebond de la production minière de 1,6% en 2026 puis de 2,3% en 2027, l’équilibre à venir des marchés dépendra de la capacité réelle des exploitants à combler l’écart croissant entre les besoins de l’industrie et les volumes extraits.
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