Le système irlandais de santé mentale à bout de souffle : des patients psychiatriques incarcérés faute de places
Cloverhill, Irlande – Un juge irlandais a exprimé son inquiétude face au manque criant de ressources pour les patients psychiatriques, révélant un système à bout de souffle où des individus souffrant de troubles mentaux se retrouvent incarcérés faute de places disponibles dans les établissements spécialisés. La situation, mise en lumière par une enquête de RTÉ Investigates menée par Conor Ryan, expose les failles d’un système incapable de répondre aux besoins croissants en matière de santé mentale.
Au tribunal de Cloverhill, le juge Alan Mitchell a récemment été confronté à sept audiences visant à déterminer l’aptitude à être jugé de personnes accusées de divers crimes. Face à l’absence de solutions alternatives, il a menacé de classer sans suite des affaires criminelles si les patients ne pouvaient être admis dans un hôpital psychiatrique. "Je cherche des solutions créatives pour sortir les personnes ayant besoin de soins de santé mentale de prison", a-t-il déclaré.
Le problème central réside dans le manque de lits disponibles au sein du Central Mental Hospital (CMH), l’établissement psychiatrique de haute sécurité du pays. Selon Alan Doyle, avocat du HSE (Health Service Executive), l’ouverture de dix lits supplémentaires est envisagée d’ici fin mars, mais cette promesse reste incertaine. Le juge Mitchell a souligné que même si ces lits étaient disponibles, ils seraient rapidement occupés en raison de la forte demande à l’échelle nationale.
L’enquête de RTÉ a documenté le parcours de plusieurs patients psychiatriques détenus en attendant une place en hôpital. Parmi eux, un homme, désigné sous le nom de "Mr G", souffre de séquelles d’une maladie ayant causé des lésions cérébrales, manifestant des symptômes de démence temporale et adoptant des comportements erratiques. Un rapport du psychiatre de la prison, le professeur Conor O’Neill, a souligné qu’il nécessitait un environnement de soins adapté, comme une maison de retraite spécialisée, mais le financement de l’HSE pour cette solution reste bloqué. Son avocat, Alex McDonnell, a insisté sur le fait qu’il se trouvait dans un "environnement custodial alors qu’il ne devrait pas y être".
D’autres cas sont tout aussi préoccupants. Un homme dont l’identité est incertaine, se présentant sous différents noms et prétendant venir de "Jupiter", a été arrêté après avoir été refusé par plusieurs hôpitaux. Un autre patient, vivant dans la rue, souffre de schizophrénie et de troubles du comportement, et a été agressé en prison. Le professeur O’Neill a souligné que ces individus ont besoin de soins psychiatriques spécialisés, mais que le système actuel est incapable de leur fournir une assistance adéquate.
La suspension d’un ancien système de "libération thérapeutique", qui permettait de placer des personnes accusées de délits mineurs dans des établissements hospitaliers, a aggravé la situation. Aisling Ginger-Quinn, avocate, a déploré l’absence de solution de remplacement, soulignant que le processus d’obtention d’une place en hôpital peut être extrêmement long, entraînant une détérioration de l’état des patients en détention.
Le juge Mitchell a exprimé sa frustration face à cette impasse, évoquant la possibilité de classer sans suite des affaires criminelles si aucune alternative à la prison n’était disponible. Il a toutefois souligné que cette solution n’était pas idéale, car elle pourrait compromettre la sécurité des victimes.
Pour plus d’informations :
- RTÉ Investigates : The Psychiatric Care Scandal : https://www.rte.ie/player/series/rt%C3%A9-investigates-the-psychiatric-care-scandal/10020496-00-0000?epguid=IH10020495-26-0001
- Helplines – RTÉ : https://about.rte.ie/ie/helplines/
- Supporting People Affected By Mental Ill Health (Shine) : https://www.shine.ie/contact
