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Lituanie : les futurs médecins sous pression pour travailler 5 ans hors villes

Une obligation de service en échange de la gratuité des études

Le Parlement lituanien a adopté une réforme imposant aux futurs médecins bénéficiant de bourses d’État de travailler cinq ans dans les régions du pays. Cette mesure, destinée à lutter contre la pénurie de spécialistes, provoque une vive contestation des étudiants qui craignent une fuite des cerveurs et des violations constitutionnelles.

Une obligation de service en échange de la gratuité des études

Une obligation de service en échange de la gratuité des études
Photo: Laikas.lt
Le Seimas a validé des amendements à la loi sur la pratique médicale, créant de nouveaux postes de résidence financés par l’État. En contrepartie de ce financement, les étudiants devront s’engager à exercer dans une structure de santé située dans une région du pays faisant face à un manque de personnel. Selon les détails fournis par lsveikata.lt, le vote a été largement favorable avec 82 voix pour contre seulement 23. Le dispositif prévoit l’ajout de 20 places de résidence supplémentaires chaque année, avec un objectif de 60 places additionnelles sur trois ans d’ici 2027. Cependant, cette gratuité est assortie d’une clause de remboursement stricte : si un médecin rompt son engagement avant la fin des cinq ans, il devra restituer l’intégralité des frais de ses études. Actuellement, le coût d’une année de résidence s’élève à 9 500 euros, ce qui représente une dette de près de 60 000 euros pour un cursus complet de six ans.

Une réponse face à l’urgence démographique médicale

Cette réforme s’inscrit dans un contexte de déclin démographique des professionnels de santé. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoit que la Lituanie pourrait manquer de près de 600 médecins dans les années à venir. Les données de la santé indiquent que les pénuries sont déjà critiques dans certaines zones, notamment dans les régions de Šiauliai et d’Utena. Les projections pour l’année 2032 soulignent l’ampleur du défi à venir pour le système de santé national :
  • 269 médecins généralistes manquants
  • 207 spécialistes en médecine interne
  • 146 pédiatres
  • 134 médecins urgentistes

Le risque d’une fuite des cerveaux vers l’étranger

Malgré l’intention gouvernementale, les représentants des professionnels tirent la sonnette d’alarme. L’Association des jeunes médecins (JGA) soutient que la mesure est populiste et qu’elle ne traite pas la cause profonde du problème : les conditions de travail et l’attractivité des régions. Comme le rapporte tv3.lt, les étudiants craignent que cette contrainte ne les pousse directement vers l’émigration plutôt que vers les hôpitaux provinciaux.

“Nous voyons un danger, car la loi a été adoptée très rapidement. Même l’analyse d’impact n’a pas été effectuée.”

Une réponse face à l'urgence démographique médicale
Photo: tv3.lt
Surmenés et sous pression, les internes en médecine tirent la sonnette d'alarme
Erika Abromavičiūtė, membre du conseil d’administration de la JGA, via Lrytas L’association dénonce également un simple jeu de mots institutionnel. Pour la JGA, l’ajout de places “supplémentaires” n’est qu’une redistribution des ressources existantes au sein du budget global de la résidence, sans augmenter le nombre total de médecins formés. Cette situation laisse une part importante de diplômés sans option de spécialisation gratuite, les forçant à choisir entre l’engagement régional ou le départ du pays.

Un débat parlementaire sur la liberté individuelle

Au sein du Parlement, les opinions restent profondément divisées sur la question de la liberté de choix. Certains élus considèrent l’obligation comme une nécessité pour protéger les contribuables lituaniens.

“Si nous pensons que la liberté d’un être humain est de recevoir une éducation en Lituanie… et de partir ensuite travailler pour un autre pays, alors je suis contre cette liberté.”

Un débat parlementaire sur la liberté individuelle
Photo: LRT
Rimas Jonas Jankūnas, membre du Seimas, via tv3.lt À l’inverse, d’autres parlementaires, comme Jurgita Sejonienė, critiquent cette approche qui cible uniquement les médecins, alors que d’autres secteurs comme l’enseignement ou l’ingénierie souffrent de pénuries similaires. Selon les informations de LRT, le débat porte sur la distinction entre un choix volontaire et un système de répartition forcé rappelant les anciennes pratiques d’affectation d’État. Face à ce qui est perçu comme une mesure inconstitutionnelle, l’opposition parlementaire et la JGA envisagent de porter l’affaire devant le Tribunal constitutionnel. L’issue de ce recours pourrait déterminer si la Lituanie peut légalement lier le financement des études supérieures à une obligation de service géographique.

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