Seule véritable espèce de cheval sauvage au monde, le cheval de Prjevalski repeuple les steppes mongoles grâce à un programme de conservation international lancé dans le Nacionalni park Hustai. Autrefois déclaré disparu à l’état sauvage, cet animal au patrimoine génétique intact compte aujourd’hui plus de 350 individus dans son habitat d’origine.
Le cheval de Prjevalski, également connu sous le nom de takhi mongol, incarne le dernier survivant des équidés n’ayant jamais connu la domestication. Contrairement aux mustangs américains ou aux brumbies australiens qui descendent de chevaux domestiques retournés à l’état sauvage, la lignée génétique de cet animal reste totalement ininterrompue. Sa biologie le distingue nettement de ses cousins domestiques : il possède 33 paires de chromosomes, contre 32 pour les chevaux domestiques, offrant ainsi un aperçu direct sur le passé préhistorique des steppes eurasiennes.
De la découverte au bord de l’extinction dans les steppes
L’histoire moderne de cette espèce bascule en 1878, lorsque l’explorateur et officier russe Nikolaj Prževalski ramène une dépouille de l’Asie centrale. L’identification de cette nouvelle espèce par les scientifiques de Saint-Pétersbourg déclenche aussitôt une vague de captures destinées aux parcs zoologiques et aux collectionneurs européens. Face à la rapidité des adultes, les chasseurs s’en prennent aux poulains en abattant les étalons dominants pour disloquer les harems.
Entre 1897 et 1903, des dizaines de jeunes chevaux sont capturés, et beaucoup meurent pendant le transport. Conjuguée à l’expansion de l’élevage et à des hivers extrêmement rigoureux en Mongolija, cette pression humaine décime les populations. Le dernier takhi vivant à l’état sauvage est aperçu en 1969. L’espèce est alors officiellement déclarée éteinte dans la nature, sa survie reposant uniquement sur les douze derniers individus maintenus en captivité dans des zoos.
Le retour au pays dans le parc national de Hustai
La transition démocratique de la Mongolija au début des années 1990 ouvre la voie à un plan de réintroduction d’envergure. Une coopération internationale menée par la Fondacija za očuvanje konja Prževalskog (FPPPH) et des biologistes locaux permet de cibler le Nacionalni park Hustai, situé à environ cent kilomètres d’Ulan Bator.
En juin 1992, un premier convoi de seize chevaux en provenance des Pays-Bas arrive sur place. Les animaux subissent une période d’acclimatation en vastes enclos afin de réapprendre à faire face aux rigueurs climatiques locales.
Sandžmjatav Cendehu, rendžer du parc national de Hustai, a déclaré que c’était un sentiment très particulier, comparable à la naissance de son fils et de sa fille.
La vie au sein des harems et les défis de la coévolution
La population du parc dépasse aujourd’hui les 350 têtes, constituant le plus grand groupe autogéré de cette espèce au monde selon les données relayées par la RTS. Ces animaux s’organisent en harems stricts comprenant un étalon dominant, plusieurs juments et leur progéniture. Les jeunes mâles exclus de ces structures à l’âge adulte constituent des groupes de célibataires dans l’attente d’affronter les aînés.

La nature sauvage impose ses propres règles. Le principal prédateur de l’espèce reste le loup, qui élimine entre huit et douze poulains chaque année. Les équipes du parc observent la faune sans intervenir, estimant que cette confrontation biologique fait partie intégrante de l’équilibre écologique.
Prirodne posledice moraju da se dogode. Vukovi i konji podižu vojske jedni protiv drugih. Mi to zovemo koevolucija. Usukjargal Usku Dorj, biolog
Menaces persistantes pour l’avenir des takhis
Malgré ce succès de repeuplement, la pérennité de l’espèce reste fragile. La diversité génétique de la population actuelle demeure restreinte puisqu’elle dérive exclusivement du petit groupe d’origine sauvé de l’extinction. De surcroît, les modifications climatiques intensifient la fréquence des hivers rigoureux et mortels connus sous le nom de dzud
, capables d’anéantir des troupeaux entiers dans les steppes d’Asie centrale.
À ne pas manquer