L’élimination d’Ali Larijani, architecte de la sécurité iranienne, complique les perspectives de désescalade
Beyrouth – L’annonce par Israël de l’assassinat d’Ali Larijani, figure clé de la sécurité iranienne, intervient à un moment critique de la guerre en cours avec les États-Unis et Israël, et soulève des questions quant à la capacité de Téhéran à négocier une issue au conflit. Si confirmée, cette opération représente un coup dur pour le leadership iranien, déjà fragilisé par la mort, début de la guerre, du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.
Larijani, qui assurait de facto le rôle de chef de guerre après le décès de Khamenei, était un vétéran de la politique iranienne, bien que dépourvu des titres religieux traditionnellement associés aux plus hautes fonctions de la République islamique. Malgré ses déclarations incendiaires, il était perçu par certains observateurs comme un pragmatique, dont la disparition pourrait paradoxalement renforcer la détermination des éléments les plus intransigeants du régime.
L’opération israélienne a également ciblé le général Gholam Reza Soleimani, chef de la Basij, la milice volontaire du Corps des Gardiens de la Révolution, essentielle au maintien de l’ordre dans le pays. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a qualifié les deux hommes de membres de l’“axe du mal”, une expression utilisée par Israël pour désigner l’Iran et ses alliés, dont le Hamas et le Hezbollah.
L’absence de confirmation officielle de Téhéran n’a pas empêché la diffusion d’une note manuscrite attribuée à Larijani, honorant des marins iraniens tués lors d’une attaque américaine. Cette publication inattendue sur son compte X n’a pas permis de clarifier sa situation.
L’élimination de Larijani, qui a occupé pendant douze ans le poste de président du Parlement iranien et a été le principal négociateur sur le dossier nucléaire, soulève des interrogations sur l’avenir des pourparls potentiels. Certains analystes, comme Ellie Geranmayeh du European Council for Foreign Relations, estiment que l’objectif d’Israël est de bloquer les initiatives de cessez-le-feu et de négociation, Larijani étant considéré comme le principal artisan d’une éventuelle solution politique.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a réaffirmé son objectif de voir le peuple iranien renverser son gouvernement, appelant, à l’instar de l’ancien président américain Donald Trump, à une insurrection populaire.
Si l’opération constitue un succès du renseignement israélien et américain, certains experts craignent qu’elle ne se révèle contre-productive, en supprimant un interlocuteur potentiellement réaliste. Benjamin Radd, politologue à l’UCLA, souligne que Larijani, malgré sa responsabilité dans la répression violente des manifestations de janvier, possédait une expérience diplomatique et une compréhension des enjeux géopolitiques irremplaçables.
La disparition de Larijani s’ajoute à un contexte de leadership incertain en Iran, après la mort de Khamenei et la nomination controversée de son fils, Mojtaba Khamenei, à la tête du pays. Trump avait déjà exprimé son mécontentement face à cette transition, tout en restant évasif sur ses implications pour la guerre en cours.
L’avenir des négociations et la possibilité d’une désescalade du conflit dépendront désormais de la capacité des acteurs restants à trouver un terrain d’entente, dans un contexte de leadership affaibli et de tensions exacerbées.
