Université de Tel-Aviv : le bassin des hommes a évolué pour la marche

Des chercheurs de l’Université de Tel-Aviv ont découvert que le bassin des hommes modernes a subi une réécriture évolutive unique, plaçant l’articulation de la hanche vers l’avant. Selon une étude publiée dans Scientific Reports, cette géométrie spécifique agit comme un amortisseur d’énergie, facilitant la marche sur de longues distances.

L’anatomie masculine a longtemps été abordée comme une simple variante de celle des femmes, mais une recherche menée sous la direction du professeur Yoel Rak, issu du département d’anatomie et d’anthropologie de l’Université de Tel-Aviv, bouleverse les perspectives en anthropologie physique. L’équipe internationale, qui comprenait des collaborateurs d’Espagne, du Technion – Institut de technologie d’Israël à Haifa, de l’Université Bar-Ilan à Ramat Gan et du collège académique Ono, démontre que la véritable innovation évolutive au sein du genre humain se trouve chez l’homme moderne, et non chez Néandertal.

L’analyse comparative des spécimens de Kebara et de Sima de los Huesos

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont examiné et comparé les morphologies de deux pelvis de Néandertaliens mâles quasi complets. Le premier spécimen a été découvert dans la grotte de Kebara en Israël en 1983, nichée à une soixantaine de mètres au-dessus du niveau de la mer sur l’escarpement occidental de la chaîne du Carmel, au sein de la réserve de Ramat Hanadiv à Zichron Ya’acov. Le second spécimen provient du site de la Sima de los Huesos en Espagne, exhumé en 2001.

Malgré la robustesse et la stature imposante de ces individus, les mensurations du bassin néandertalien se rapprochent curieusement de celles des femmes humaines actuelles. Les scientifiques ont constaté que le bassin des Néandertaliens et celui des femmes d’aujourd’hui partagent une configuration ancestrale commune, tandis que les hommes Homo sapiens ont développé une structure radicalement modifiée.

Yoel Rak, de l’Université de Tel-Aviv, a souligné qu’il est fascinant de constater dans combien de proportions et de mesures le bassin du Néandertal mâle ressemble à celui d’une femme humaine.

Un mécanisme biomécanique pour la marche d’endurance

En mettant à l’échelle les pelvis néandertaliens pour les comparer aux équivalents chez Homo sapiens, l’équipe a mis en évidence un déplacement significatif de l’acétabulum, c’est-à-dire la cavité articulaire de la hanche. Chez l’homme moderne, cette structure anatomique est décalée vers l’avant d’environ 2,6 centimètres par rapport à la disposition ancestrale.

Ce décalage horizontal modifie la distance entre l’articulation et la ligne de gravité du corps. Selon les auteurs de l’étude parue dans Scientific Reports, cette modification transforme le bassin masculin en un dispositif d’amortissement sophistiqué.

L’équipe de recherche a indiqué dans Scientific Reports que bon nombre des différences entre le bassin du Néandertal mâle et celui de l’homme Homo sapiens semblent découler de la position antérieure inhabituelle des acétabulums chez les mâles de cette dernière espèce, ainsi que de l’augmentation consécutive de la distance horizontale antéropostérieure entre l’articulation et la ligne de gravité.

À chaque pas effectué par un homme moderne, le centre de masse du corps subit une chute naturelle qui exige de l’énergie pour être redressé. Grâce à la position avancée de la hanche, les muscles fléchisseurs de la cuisse emmagasinent de l’énergie potentielle pendant la descente, puis la restituent immédiatement pour propulser le corps vers le haut.

L’équipe de recherche a également expliqué dans Scientific Reports que, par conséquent, les articulations de la hanche masculine s’étaient déplacées vers l’avant pour créer un mécanisme de ressort intégré unique, transformant la foulée de l’homme en une machine hautement efficace et économe en énergie conçue pour la marche de longue distance.

Les contraintes obstétriques et l’héritage ancestral féminin

Si les hommes modernes ont bénéficié de cette adaptation économe en énergie, les femmes n’ont pas suivi la même trajectoire évolutive. Un déplacement similaire de l’acétabulum chez les femmes aurait entraîné un allongement du canal pelvien, provoquant des complications obstétricales majeures.

Par conséquent, les femmes conservent une morphologie plus proche de la configuration ancestrale que l’on observe également chez les Néandertaliens et vraisemblablement chez Homo erectus. Le bassin féminin reste relativement plat et doté d’un canal de naissance suffisamment large, préservant ainsi la viabilité des naissances au détriment du mécanisme de ressort optimisé pour la marche masculine.

Implications pour la mobilité et la subsistance préhistorique

Cette efficacité accrue dans la locomotion a pu offrir aux hommes modernes un avantage décisif dans leurs déplacements et leurs stratégies de subsistance à longue distance. L’aptitude à parcourir de vastes étendues à pied constitue un facteur déterminant pour suivre et traquer le gibier.

Men Evolved A Unique Pelvis That Puts A Spring In Their Step, But Women Have The Same Pelvis As Neanderthals
Photo: iflscience.com

Yoel Rak, de l’Université de Tel-Aviv, a fait remarquer que la chasse repose sur la capacité à suivre une proie sur de longues distances, ajoutant qu’on la tue en marchant, comme nous le savons très bien grâce à la littérature ethnographique.

Toutefois, le professeur Yoel Rak tempère toute interprétation sociologique trop rigide concernant la division sexuelle des tâches. Interrogé sur les comportements de chasse à travers l’histoire humaine, il rappelle que la démonstration repose strictement sur des données morphologiques et biométriques.

Yoel Rak, de l’Université de Tel-Aviv, a conclu qu’il ne pouvait rien affirmer au sujet de la chasse ou de tous ces scénarios, mais qu’il pouvait simplement dire — et la preuve en est dans les mesures et la géométrie — que cela confère aux hommes la capacité de parcourir de longues distances.

Une étude de l’Université de Tel-Aviv révèle pourquoi hommes et femmes marchent différemment

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