Ceuta : l’Espagne avait reçu des alertes du renseignement avant le drame

Le bilan des décès dans l’enclave espagnole de Ceuta a atteint au moins 72 personnes après qu’une marée humaine de plus de 50 000 migrants ait traversé la frontière depuis le Maroc. Des sources d’intelligence révèlent que le gouvernement espagnol avait reçu des avertissements préalables.

La situation humanitaire et politique à Ceuta s’est tendue de manière spectaculaire après qu’une affluence sans précédent de migrants ait submergé les forces de sécurité. Selon les informations rapportées par l’agence de presse Reuters, le nombre de décès a grimpé à 72 en raison de la découverte de cinq nouveaux corps le long de la côte de Ceuta. L’afflux massif, qui a débuté un jeudi de la semaine récente, s’est produit à l’un des deux seuls points de contact terrestre entre l’Union européenne et le continent africain.

Des alertes d’intelligence ignorées avant la fête du Trône au Maroc

Le gouvernement espagnol disposait d’informations préalables émanant de services de renseignement civils et militaires, avertissant d’un risque imminent de traversée massive dans l’enclave nord-africaine.

Les services de renseignement avaient notamment prévenu que le roi Mohammed VI pourrait accorder un geste de magn magnanimité à la frontière à l’occasion des célébrations de la fête du Trône marocaine. Des rapports successifs ont également documenté l’arrivée de bus transportant des citoyens de diverses régions du Maroc vers la ville voisine de Fnideq, connue sous le nom de Castillejos en espagnol, ainsi qu’une augmentation constante des traversées à la nage au cours des dix jours précédents.

Les critiques formulées par des sources militaires et civiles soulignent que Madrid n’a pas immédiatement déployé l’armée, bien que des unités stationnées à Ceuta et Melilla se soient tenues prêtes.

Des forces de l’ordre submergées et une gendarmerie marocaine passive

Au poste frontière du Tarajal, la Garde civile et la Police nationale se sont retrouvées totalement débordées par l’ampleur de la foule. Incapables d’endiguer l’entrée de dizaines de milliers de personnes à pied et par la mer, les agents sur place ont dû se concentrer sur l’assistance aux blessés. Des agents déployés ont également rapporté que la gendarmerie marocaine se tenait les bras croisés le long de la jetée et sur les voies d’accès, tandis que d’autres migrants escaladaient les clôtures et les toits des bâtiments.

Le chef de l’exécutif de Ceuta, Juan Jesus Vivas, a indiqué au journal El Pais que la morgue de la ville avait accueilli 88 corps, incluant des personnes décédées lors de tentatives de traversée plus réduites et périlleuses menées de nuit au cours des deux semaines précédentes. Du côté de l’exécutif central, le ministère de l’Intérieur a affirmé que la coopération avec le Maroc demeurait exemplaire, loyale et permanente.

Les déclarations du gouvernement et le contexte juridique

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a qualifié cette entrée massive de violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne, rejetant la responsabilité sur des réseaux de passeurs accusés d’exploiter une décision récente de la Cour suprême espagnole interdisant le refoulement immédiat des migrants rejoignant le territoire à la nage.

Ceuta : l’Espagne avait reçu des alertes du renseignement avant le drame
Photo: theobjective.com

Sánchez a également soutenu que les autorités marocaines avaient coopéré de manière rapide et constante dès le début de la crise, tandis que le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a renforcé la sécurité frontalière. Ce renforcement s’est traduit par l’envoi d’environ trente agents supplémentaires et d’une embarcation qui, selon les rapports, est tombée en panne quelques jours plus tard.

Réactions internationales et crise au sein de l’espace Schengen

L’ampleur de la crise a provoqué une onde de choc diplomatique à travers l’Union européenne. Vingt-deux États membres ont adressé une lettre réclamant des mesures coordonnées pour protéger les frontières extérieures du bloc. En réponse directe, l’Italie a suspendu pour une durée d’un mois les dispositions de voyage sans passeport de l’accord de Schengen avec l’Espagne.

Migrants wait in line to receive water from the Spanish military, following mass crossings of migrants on foot and by sea
Photo: Reuters

Alors que l’Espagne a récemment adopté une politique d’accueil plus ouverte en instaurant un programme visant à régulariser plus d’un demi-million de sans-papiers, le gouvernement a rejeté toute corrélation entre cette mesure et l’afflux à Ceuta, soulignant que les personnes entrées irrégulièrement dans l’enclave ne pouvaient pas circuler vers l’Espagne continentale ou le reste de l’espace Schengen.

Spanish government received intelligence warnings of Ceuta migrant surge according to a report
Photo: Euronews

Cela me peine profondément que de jeunes gens meurent en mer. Il n’est pas juste qu’en l’année 2026, des femmes accompagnées d’enfants âgés de tout juste deux mois traversent la mer pour y trouver la mort. Karima Abenaz, ressortissante française présente à Ceuta

Les autorités locales et sanitaires poursuivent les opérations de prise en charge, ayant porté à plus de 1 000 le nombre de personnes soignées depuis le début de la crise, tandis que des patrouilles de police et de l’armée ont été renforcées avec l’installation récente d’une barrière flottante de 500 mètres au large de la côte céutienne.

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