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Donald Trump a exigé lundi 25 mai 2026 que les nations arabes signent des accords de normalisation avec Israël dans le cadre des négociations pour mettre fin à la guerre avec l’Iran, transformant un conflit régional en un test géopolitique sans précédent. Dans un message publié sur Truth Social, le président américain a déclaré que cette condition était “mandatoire” pour toute entente, ciblant en premier lieu l’Arabie saoudite et le Qatar, tout en menaçant d’exclure les pays réticents des discussions. La demande survient après des appels téléphoniques tendus avec les dirigeants de huit pays arabes et musulmans, où Trump a insisté pour lier la fin des hostilités à une adhésion massive aux accords d’Abraham, un mécanisme diplomatique qu’il a lui-même lancé en 2020.
La stratégie du “tout ou rien” : lier paix iranienne et normalisation avec Israël
L’approche de Trump repose sur une équation simple : pour obtenir la paix avec Téhéran, les États arabes doivent reconnaître Israël. “Il est possible qu’un ou deux pays aient des raisons de ne pas le faire, mais la majorité devrait être prête, capable et disposée à faire de cet accord un événement historique”, a-t-il écrit, avant d’ajouter que l’Arabie saoudite et le Qatar devaient “signer immédiatement”. Cette condition a provoqué un silence gêné lors de l’appel téléphonique du week-end avec les dirigeants régionaux, selon un rapport exclusif d’Axios cité par plusieurs médias, dont ABC News et SMH. Les participants, dont le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, n’ont pas réagi immédiatement à cette exigence, révélant un fossé entre Washington et Riyad sur cette question sensible.
Cette tactique rappelle les méthodes de Trump lors de son premier mandat, où il avait réussi à convaincre les Émirats arabes unis (EAU) et Bahreïn de normaliser leurs relations avec Israël en 2020, malgré les réticences historiques. Mais aujourd’hui, le contexte est radicalement différent. La guerre avec l’Iran, déclenchée après les frappes israéliennes en Syrie et les contre-attaques iraniennes, a plongé la région dans une instabilité sans précédent. Les pays comme l’Arabie saoudite, qui avait jusqu’alors refusé toute normalisation sans une solution au conflit israélo-palestinien, se retrouvent désormais sous pression pour choisir entre deux options : s’aligner sur Washington ou risquer d’être marginalisés dans les négociations de paix.
Pour Trump, cette stratégie présente un double avantage. D’une part, elle élargit le champ des négociations en intégrant des acteurs clés comme l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, qui ont jusqu’à présent joué un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran. D’autre part, elle place Israël au cœur du processus, renforçant son alliance avec Benjamin Netanyahu alors que ce dernier fait face à une pression internationale croissante pour mettre fin à l’offensive dans la bande de Gaza. “Cela rendrait l’accord bien plus historique”, a souligné Trump, ajoutant avec enthousiasme : “Ce serait quelque chose de spécial si l’Iran rejoignait aussi les accords d’Abraham.”
“Il est possible qu’un ou deux pays aient des raisons de ne pas le faire, mais la majorité devrait être prête, capable et disposée à faire de cet accord un événement historique.”
Donald Trump, président des États-Unis, sur Truth Social
Les réactions régionales : entre scepticisme et calcul géopolitique
Les réactions dans la région reflètent un mélange de scepticisme et de calcul pragmatique. L’Arabie saoudite, bien que sous forte pression, maintient sa position historique : toute normalisation avec Israël est conditionnée à la création d’un État palestinien. Riyad a déjà fait savoir qu’elle ne signerait aucun accord unilatéral, comme l’ont rapporté The Guardian et SMH. Le Qatar, quant à lui, joue un rôle ambigu : allié historique de l’Iran, il pourrait difficilement s’engager dans une normalisation avec Israël sans provoquer une crise diplomatique majeure.
Les analystes, comme Dan Shapiro, ancien ambassadeur américain en Israël et désormais fellow à l’Atlantic Council, voient dans cette démarche une tentative de Trump pour “élargir le gâteau” diplomatique, une expression qu’il a utilisée pour décrire sa stratégie. “Quand un problème semble trop complexe, on essaie d’y intégrer d’autres acteurs pour le rendre plus gérable”, a-t-il expliqué sur X (anciennement Twitter). Cependant, Shapiro souligne que cette approche pourrait se retourner contre Trump si les pays arabes perçoivent cette condition comme une ingérence dans leurs affaires intérieures. “Les dirigeants régionaux savent que Trump agit par intérêt électoral, pas par idéalisme”, ajoute-t-il, rappelant que les accords d’Abraham avaient été signés en 2020 dans un contexte très différent, marqué par une alliance entre les États-Unis, Israël et les monarchies du Golfe contre l’Iran.
La Turquie, dirigée par Recep Tayyip Erdoğan, pourrait également poser problème. Ankara a toujours entretenu des relations tendues avec Israël, tout en maintenant des liens économiques et stratégiques avec Téhéran. Erdoğan a déjà critiqué Trump pour son soutien à Netanyahu, et il est peu probable qu’il accepte de s’aligner sur une position qui affaiblit davantage la position palestinienne. De plus, la Turquie cherche à jouer un rôle de médiateur indépendant dans le conflit, ce qui la place en porte-à-faux avec les exigences américaines.
Les accords d’Abraham : un bilan contrasté et un outil de pression
Les accords d’Abraham, signés pour la première fois en 2020 par les EAU, Bahreïn, le Soudan et le Maroc, avaient été présentés comme une révolution diplomatique. Mais leur bilan reste mitigé. Si les EAU et Bahreïn ont effectivement normalisé leurs relations avec Israël, les bénéfices économiques et sécuritaires pour ces pays sont loin d’être aussi spectaculaires que promis par Trump. Le Maroc, par exemple, a vu son accord avec Israël gelé par des troubles internes, tandis que le Soudan, en proie à une crise politique, n’a jamais pu ratifier son accord.
- Émirats arabes unis (EAU) et Bahreïn : Signataires en 2020, premiers pays arabes à reconnaître Israël depuis les accords de Camp David (1979). Bénéfices : accords de libre-échange, coopération militaire, mais tensions persistantes sur la question palestinienne.
- Maroc : A signé en 2020, mais l’accord n’a jamais été pleinement mis en œuvre en raison de l’instabilité politique interne.
- Soudan : Signataire en 2020, mais l’accord n’a jamais été ratifié en raison des conflits internes et de la transition démocratique avortée.
- Kazakhstan : A rejoint en 2023, bien qu’il n’ait jamais eu de relations diplomatiques officielles avec Israël avant 1992.
- Scénario 1 : Succès partiel : L’Arabie saoudite et un ou deux autres pays signent un accord de normalisation limitée, sans reconnaissance diplomatique complète. Trump obtient une victoire symbolique, mais la guerre avec l’Iran se poursuit.
- Scénario 2 : Échec et radicalisation : Les pays arabes refusent en bloc, affaiblissant Trump dans les négociations avec Téhéran. La guerre s’enlise, et les tensions entre Israël et ses voisins arabes s’intensifient.
- Scénario 3 : Accord global : Une coalition élargie (y compris l’Iran) signe les accords d’Abraham, transformant la région. Trump en fait un argument électoral majeur, mais les bénéfices concrets pour les populations restent limités.
