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Espriella lance ultimatum de 30 jours aux groupes armés : fin des négociations en Colombie ?

Un ultimatum qui divise : la fin des négociations ou un dernier appel

Le gouvernement colombien, confronté à une escalade de la violence des groupes armés illégaux, voit son héritage de la politique de « Paix totale » remis en question alors que le président élu Abelardo de la Espriella impose un ultimatum de 30 jours aux organisations criminelles pour se soumettre à la justice. Alors que les chiffres montrent une explosion des effectifs armés et une gouvernance criminalisée dans les territoires, les experts et les responsables politiques s’accordent sur un constat : la stratégie de dialogue a échoué.

Le 26 juin 2026, alors que la Colombie s’apprête à tourner la page d’un gouvernement marqué par la politique de « Paix totale », le président élu Abelardo de la Espriella a lancé un ultimatum sans précédent : les groupes armés illégaux ont 30 jours pour se soumettre au Code pénal colombien, sous peine de voir leurs négociations rompues. Une décision qui cristallise les divisions entre ceux qui estiment que la conciliation a trop longtemps prévalu, et ceux qui craignent une reprise des violences. Selon les données compilées par les agences de sécurité et les études académiques, cette approche a en réalité permis aux organisations criminelles de renforcer leur emprise territoriale, tout en réduisant les formes de violence les plus visibles – mais au prix d’une augmentation des extorsions, des menaces et du recrutement forcé de mineurs.

Un ultimatum qui divise : la fin des négociations ou un dernier appel ?

L’annonce d’Abelardo de la Espriella, qui succède à Gustavo Petro, s’appuie sur un diagnostic sans appel : la « Paix totale », lancée en 2022, a été un échec. Le sénateur Hernán Cadavid, figure du Centre Démocratique, a qualifié cette politique de « condescendance » envers les groupes armés, soulignant que « le pays continue de payer en termes politiques et économiques » les concessions accordées. Pour Cadavid, la seule voie désormais est le « sometimiento al Código Penal » – une soumission pure et simple à la loi, sans négociation préalable.

« Hoy el único camino, y por eso también votaron los colombianos, es que los grupos armados al margen de la ley se sometan al único camino legal que hoy existe, que es el sometimiento al Código Penal. Lo que ha quedado probado es que la condescendencia de la ‘Paz Total’, de quienes la promovieron en el Congreso y en el Gobierno, ha sido un absoluto fracaso para Colombia. »

Hernán Cadavid, sénateur du Centre Démocratique, lors d’une interview avec <a href="https://caracol.com.

Un ultimatum qui divise : la fin des négociations ou un dernier appel ?
Photo: ELTIEMPO.com

Cette position tranche avec celle d’Ariel Ávila, sénateur de l’Alianza Verde, qui reconnaît des « erreurs de gestion » dès le départ, notamment l’absence de protocoles clairs pour vérifier les cessez-le-feu. Pour lui, la Cour constitutionnelle a joué un rôle clé en exigeant un « marco de sometimiento » – un cadre juridique précis pour les négociations, cadre qui n’a jamais été défini. Résultat : les tentatives de dialogue avec le Clan del Golfo ou les dissidences des FARC, comme la Segunda Marquetalia, se sont soldées par des échecs, faute de mécanismes concrets.

« Pero el problema grave que hay, para que la gente me entienda, es que la ley permite entablar acercamientos y diálogos, pero la Corte Constitucional dijo que se requería un marco de sometimiento, cosa que no existe, así que todo lo de Medellín, todo lo del Clan del Golfo, pues es literalmente como humo porque, como no hay marco jurídico, no se podía dar. »

Ariel Ávila, sénateur de l’Alianza Verde, <a href="https://caracol.com.

Les chiffres noirs de la « Paix totale » : une gouvernance criminalisée

Derrière les déclarations politiques, les données peintent un tableau alarmant. Une étude de l’Université des Andes, publiée en juin 2026, révèle que les cessez-le-feu négociés entre 2022 et 2023 ont permis aux groupes armés de consolider leur contrôle territorial, mais en adoptant des méthodes moins visibles – et donc plus difficiles à combattre. Les chercheurs Daniel Mejía, Juan Fernando Vargas et Andrés Rivera ont analysé l’évolution de la violence dans des centaines de municipalités et constaté une hausse spectaculaire de certains délits :

Les chiffres noirs de la « Paix totale » : une gouvernance criminalisée
Photo: El Espectador
  • +337 % d’extorsions dans les zones sous influence des groupes bénéficiaires des cessez-le-feu.
  • +70 % de menaces contre les civils.
  • +168 % de recrutements forcés de mineurs.
  • +32 % de « gouvernance criminalisée » (retenues illégales, déplacements forcés, confinements).

Les auteurs du rapport parlent de « sustitución estratégica » : les groupes armés ont remplacé les massacres et les attentats – qui attiraient l’attention des médias – par des mécanismes de coercition plus discrets, comme l’extorsion systématique ou le contrôle des routes. « Los grupos explotaron el cese al fuego para consolidar el control territorial mediante formas menos visibles de coerción », concluent-ils.

Étude de l’Université des Andes, <a href="https://www.eltiempo.

Ces résultats sont confirmés par un rapport de la Contraloría générale de la République, qui souligne que la violence, bien que moins médiatisée, s’est intensifiée dans les zones où opèrent les dissidences des FARC et le Clan del Golfo. Par exemple, dans les régions sous influence de ces groupes, les homicidies n’ont pas augmenté – mais les populations civiles subissent désormais une pression constante via des mécanismes comme les retenues routières illégales ou les taxes imposées aux commerçants locaux.

L’échec stratégique : quand les groupes armés profitent des failles juridiques

Le gouvernement Petro avait misé sur la « Paix totale » pour désamorcer les conflits en engageant des dialogues avec des organisations comme le Clan del Golfo, les dissidences des FARC (notamment celles dirigées par Iván Mordisco et Calarcá), et même l’ELN. Mais selon les agences de sécurité regroupées dans l’Accam (Apreciación de las Capacidades Críticas de la Amenaza), cette approche a produit l’effet inverse : les groupes armés ont profité des cessez-le-feu pour s’organiser, tout en affaiblissant la gouvernabilité étatique dans certaines régions.

Abelardo de la Espriella issues ultimatum: one month for illegal groups to submit to the State

Le rapport de l’Accam, rendu public en juin 2026, révèle que les effectifs des groupes armés sont passés de 15 120 combattants en 2022 (au début du mandat Petro) à 27 367 en décembre 2025 – une hausse de près de 80 %. Le Clan del Golfo, dirigé par « Chiquito Malo », est celui qui a le plus progressé, avec près de 10 000 hommes sous les armes, selon les Forces militaires. L’ELN, quant à lui, a vu ses capacités croître de 25 %, tandis que les dissidences de Mordisco et Calarcá ont chacune augmenté de 11 %.

L’échec stratégique : quand les groupes armés profitent des failles juridiques

« El presupuesto básico para poder avanzar en una política de paz tiene que ser que haya una seguridad estable y que demuestre confianza a los colombianos, pero no al revés, no es abrirles todas las concesiones a los grupos armados al margen de la ley, porque lo que ha quedado demostrado es que, a mayores beneficios, pues mayores inexactitudes o ineficiencias. »

Hernán Cadavid, sénateur du Centre Démocratique, <a href="https://caracol.com.

Un autre problème majeur, souligné par l’Accam, est l’absence de distinction claire entre les « Grupos Armados Organizados » (GAO) et les « Grupos de Delincuencia Organizada » (GDO). La loi autorise les approches et les dialogues, mais sans cadre juridique précis, ces négociations sont devenues un vide juridique exploité par les organisations criminelles. Pire : ces groupes ont instrumentalisé des organisations sociales via le mécanisme du TPO (Territorios de Paz), les utilisant comme des « validadores » de leurs propositions lors des dialogues.

« Los GAO han instrumentalizado procesos de organizaciones sociales a través del denominado TPO, empleándolos como validadores de sus propuestas en escenarios de diálogo. »

Rapport de l’Accam, <a href="https://www.semana.

Que se passe-t-il maintenant ? L’ultimatum et ses risques

L’ultimatum de 30 jours lancé par Abelardo de la Espriella marque un tournant. Mais quelles en seront les conséquences ? Plusieurs scénarios se dessinent :

  • Un durcissement des positions : Si les groupes armés refusent de se soumettre, le nouveau gouvernement pourrait durcir les mesures sécuritaires, comme le suggère Hernán Cadavid, qui évoque les politiques « mano dura » du passé (notamment sous Álvaro Uribe Vélez). Cela pourrait inclure une reprise des opérations militaires ciblées.
  • Un affaiblissement des groupes : Si certains groupes acceptent de se soumettre, cela pourrait réduire leur capacité opérationnelle – mais au risque de voir d’autres organisations prendre leur place, comme ce fut le cas après les accords de La Havane avec les FARC.
  • Une escalade des violences : Les experts craignent que les groupes refusant de se soumettre intensifient leurs actions pour faire pression, notamment via des attaques contre les infrastructures étatiques ou des campagnes d’extorsion accrues.
  • Un débat constitutionnel : La question du « reconocimiento político » accordé à certaines dissidences (comme la Segunda Marquetalia) pourrait resurgir, alors qu’Ariel Ávila estime qu’il était « inapproprié » de reconnaître des groupes déjà négociés avec les FARC.

Reste une certitude : la Colombie entre dans une phase critique. Comme le souligne Las2orillas, la « Paix totale » a laissé un héritage complexe – des territoires où l’État a perdu le contrôle, des populations civiles pris en otage, et des groupes armés plus puissants que jamais. L’ultimatum d’Abelardo de la Espriella pourrait être le dernier appel avant une confrontation ouverte. Mais une chose est sûre : sans cadre juridique clair et sans stratégie sécuritaire cohérente, les risques de voir la violence resurgir sous une autre forme sont réels.

Pour les Colombiens, la question n’est plus de savoir si la « Paix totale » a échoué – les chiffres le prouvent. Elle est désormais : quel sera le prix à payer pour en sortir ?

« La paz constituye un mandato constitucional. También lo son la defensa de la soberanía, la protección de los ciudadanos y el monopolio legítimo de la fuerza. La dificultad comienza cuando esos principios parecen entrar en tensión. »

Analyse de Carlos Lagos, <a href="https://www.las2orillas.

<!– /wp:paragraph Hernán Cadavid, sénateur du Centre Démocratique, lors d’une interview avec la presse, a réaffirmé son soutien à la soumission des groupes armés au Code Penal.

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