Disparue en 1476 à l’âge de 23 ans, Simonetta Vespucci n’aurait pas succombé à la tuberculose comme le veut la tradition, plus de cinq siècles après sa mort. Une enquête scientifique menée par un endocrinologue italien attribue sa disparition prématurée à une tumeur hypophysaire, révélée par des détails anatomiques précis dissimulés dans les tableaux du maître.
La découverte d’un endocrinologue à Londres
L’énigme rebondit en 2016 au Victoria and Albert Museum à Londres.
C’est entre ces murs, lors de l’exposition Botticelli Reimagined
, que le professeur Paolo Pozzilli examine de près une œuvre rarement montrée au public. Ce spécialiste des hormones et du métabolisme, professeur émérite à l’université Campus Bio-Medico de Rome et professeur honoraire à l’université Queen Mary de Londres, s’arrête devant le Portrait allégorique d’une femme daté des environs de 1490.
L’examen minutieux de ce tableau inspiré du thème de la Vierge allaitante provoque l’étonnement du clinicien.
🎨 Simonetta Vespucci, la celebre musa di Sandro Botticelli ritratta ne "La nascita di Venere" e nella "Primavera", potrebbe non essere morta di tubercolosi a soli 23 anni come si è sempre creduto. A sostenerlo è un nuovo studio della Queen Mary University di Londra, pubblicato… pic.twitter.com/9hSVGo07ul
Le portrait, traditionnellement associé à Simonetta Vespucci, montre du lait jaillissant du sein de la jeune femme. Un tel détail interpelle l’endocrinologue. D’autant que les historiens s’accordent à dire que la Génoise était vraisemblablement infertile, n’ayant eu aucun enfant durant son mariage avec Marco Vespucci, alors même que son époux connaîtra une descendance lors de secondes noces.
Les indices dissimulés dans les toiles
L’équipe de recherche dirigée par Paolo Pozzilli pousse l’investigation. Elle analyse la représentation des yeux de la jeune femme dans plusieurs portraits signés par Sandro Botticelli, dont le chef-d’œuvre de La Naissance de Vénus
peint en 1485.
Surnommée La Bella Simonetta
et mariée dès l’âge de 16 ans, elle incarnait pour le peintre une source d’inspiration absolue au point qu’il demanda à reposer à ses pieds après sa mort.
Les conclusions publiées dans la revue scientifique Medical Humanities révèlent des modifications morphologiques frappantes. Les chercheurs décrivent un gonflement prononcé autour des yeux de la patiente, en particulier sur l’œil gauche et l’œil droit.
La membrane recouvrant le blanc de l’œil apparaît lâche ou plissée, tandis que les tissus sous-jacents se révèlent gorgés de liquide.
Ces altérations physiques, combinées à un strabisme manifeste où les yeux manquent de convergence, pointent directement vers une pathologie endocrinienne majeure.
L’hypophyse, cette glande endocrine minuscule nichée à la base du cerveau et placée sous le contrôle de l’hypothalamus, abritait selon toute vraisemblance une tumeur volumineuse.
Le regard réaliste du peintre décrypté
Pendant des siècles, la disparition brutale de cette icône de la Renaissance à l’âge de 23 ans en 1476 a été attribuée à tort à la tuberculose. L’étude actuelle démontre que la rigueur d’observation du peintre florentin a traversé les âges pour livrer un diagnostic post-mortem inédit.
Botticelli était un artiste brillant qui représentait ses sujets avec un grand réalisme. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait laissé dans ses peintures des traces médicales que nous sommes capables de déchiffrer des siècles plus tard.
Paolo Pozzilli, professeur honoraire de diabétologie et de recherche clinique à l’université Queen Mary de Londres, via Santemagazine
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