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Russie : série LGBTQ+ regardée illégalement malgré les risques de prison.

Une série romantique sur le hockey devient un acte de rébellion silencieuse en Russie

Moscou, Russie – Dans un pays où l’expression de l’amour entre personnes de même sexe est de plus en plus criminalisée, une série télévisée sur une romance gay dans le monde du hockey sur glace est devenue un phénomène clandestin, un acte de résistance discret pour une communauté LGBTQ+ forcée de se cacher. « Heated Rivalry », une production canadienne diffusée sur HBO Max, attire un public fidèle en Russie, malgré les risques encourus par ceux qui la regardent et en partagent le contenu.

La série met en scène la relation passionnée entre Ilya Rozanov, un joueur russe interprété par Connor Storrie, et Shane Hollander, un Canadien joué par Hudson Williams. Leur rivalité sur la glace se transforme en une liaison amoureuse secrète, un récit qui résonne particulièrement auprès d’un public russe privé de représentations positives de l’amour LGBTQ+. Les deux acteurs ont récemment été nommés porteurs de la flamme olympique pour les Jeux d’hiver de Milan Cortina, une ironie amère pour certains fans russes.

Depuis novembre 2023, la Cour suprême russe a interdit ce que le gouvernement qualifie de « mouvement LGBTQ+ », le désignant comme une organisation « extrémiste ». La loi russe punit la participation ou le financement d’une organisation extrémiste d’une peine pouvant aller jusqu’à 12 ans de prison. L’affichage de symboles comme le drapeau arc-en-ciel peut entraîner une amende ou une peine de prison.

« On se sent comme un criminel quand on regarde cette série », confie une jeune femme de 26 ans, vivant à Moscou, à NBC News, sous couvert d’anonymat par crainte de représailles. « C’est comme une protestation, une forme de rébellion. »

Malgré les dangers, la série a trouvé un public grâce au bouche-à-oreille, aux sites de streaming illégaux et aux applications de messagerie comme Telegram, où un groupe dédié compte plus de 45 000 membres. Les épisodes sont souvent sous-titrés en russe quelques heures après leur diffusion aux États-Unis.

Le phénomène souligne la répression croissante des droits LGBTQ+ en Russie, un pays où les « valeurs familiales traditionnelles » sont au cœur de la politique du président Vladimir Poutine. Selon le groupe de défense des droits Coming Out, 17 affaires pénales sont actuellement en cours en Russie concernant l’« extrémisme LGBTQ+ ». Les autorités ont récemment ouvert des enquêtes contre des responsables de plateformes de streaming en ligne pour avoir prétendument promu de la « propagande LGBTQ+ ».

Malgré ces risques, les fans russes trouvent des moyens subtils d’exprimer leur soutien à la série. Une jeune femme a aménagé un petit sanctuaire dans son appartement moscovite, avec des photos et des porte-clés des personnages. D’autres partagent des vidéos d’eux-mêmes patinant sur glace sur les réseaux sociaux, accompagnées de musiques tirées de la série.

Un homme de 33 ans a été aperçu portant un pull représentant des personnages d’un dessin animé soviétique classique sur le hockey, un clin d’œil subtil à « Heated Rivalry ». Il a partagé des messages sur Instagram, estimant que « rien ne se passerait » à moins d’être une personnalité publique ou un fonctionnaire du gouvernement. Il a également remarqué une augmentation du nombre de femmes assistant à des matchs de hockey, inspirées par la série.

Certaines marques russes tentent également de profiter discrètement de la popularité de la série, en vendant des bougies aux couleurs des maillots des personnages ou en intégrant des images de la série dans leurs publicités.

« La communauté LGBTQ+ russe est toujours vivante », affirme un jeune homme de 22 ans, également sous couvert d’anonymat. « Mais elle est passée à la clandestinité. »

Le succès de « Heated Rivalry » en Russie est d’autant plus frappant que le hockey est un sport particulièrement apprécié par Vladimir Poutine, lui-même un joueur passionné. En mars dernier, il avait même proposé à l’ancien président américain Donald Trump d’organiser un match entre des joueurs américains et russes.

La série, bien que regardée illégalement, a obtenu une note de 8,5 sur 45 000 votes sur Kinopoisk, un site russe d’évaluation de films similaire à IMDb. Elle témoigne d’un désir profond de représentation et d’acceptation dans un pays où l’amour et l’identité LGBTQ+ sont de plus en plus menacés.

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